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Invité Afrique

Comores: le général Mohamed Amiri Salimou, sur RFI

Audio 04:49
Le général Mohamed Amiri Salimou, en 2008  à  Fombini.
Le général Mohamed Amiri Salimou, en 2008 à Fombini. ©AFP

L'invité de RFI est l'ancien chef d'état major de l'Union des Comores, le général Mohamed Amiri Salimou. Devenu spécialiste des questions de terrorisme et de sécurité en Afrique, le général s'exprime sur la Somalie et l'action des shebabs. Il prépare aussi son retour en politique et n'exclut pas de se présenter à la présidentielle comorienne en 2016.

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RFI : Depuis plusieurs mois le conflit somalien s’est déplacé en territoire kényan, les shebabs mènent des offensives et des raids extrêmement meurtriers sur la côte kényane. Que faudrait-il faire, selon vous, pour les en empêcher, pour stopper cette descente des shebabs vers le Kenya ?

Général Salimou Mohamed Amiri : Vous savez comme le disait le professeur de Montbrial, « le terrorisme c’est l’usage général de guerre sans frontière et sans visage ». L’ennemi peut être partout, aujourd’hui, vous le trouvez dans cette région là, mais quand il va être acculé, il va passer dans d’autres régions. Ce qu’il faut faire, c’est qu’il faut un plus grand engagement de la communauté internationale. Je pense que cette communauté internationale a tiré les leçons de l’histoire. Je voudrais vous rappeler un exemple qui s’est passé à côté, en Ethiopie, il y a de cela bien longtemps, lorsque l’Italie a envahi l’Ethiopie -qui est un pays voisin-, la communauté internationale a dit « nous n’allons pas mourir pour le Négus ». Et si elle avait, à l’époque, accepté de mourir en quelque sorte pour le Négus, on aurait peut-être évité d’autres conflits après et, probablement, la Seconde Guerre mondiale. Alors aujourd’hui, la communauté internationale a commencé à en tirer les leçons, elle comprend qu’il faut intervenir, qu’il faut une action constante et régulière pour vaincre le terrorisme, il faut beaucoup de temps et beaucoup de constance.

Dans le cas somalien, est-ce qu’il faudrait que l’Amisom se déplace plus au sud ou peut-être même en territoire kényan pour éviter que les shebabs n’évoluent des deux côtés de la frontière pour terroriser la côte kényane ?

Cela peut être une stratégie mais les shebabs trouveront toujours un moyen d’aller ailleurs. La preuve, c’est qu’ils trouvent le moyen d’aller frapper jusqu’au cœur de l’Ouganda même, ou du Kenya. Cela peut-être une stratégie mais encore une fois, il faut beaucoup de vigilance parce que c’est une guerre asymétrique.

La réponse ne peut pas être uniquement sécuritaire, c’est ce que vous dites ?

[C’est] impossible [que la réponse soit uniquement sécuritaire], … il faudra [réfléchir]… à ce que les anglicisants appellent les « root causes », les causes profondes du conflit. Autrement dit, il faudra probablement un de ces jours mettre les Somaliens autour d’une table de négociation et régler les problèmes, qui sont politiques mais qui sont aussi au moins économiques.

Général Salimou, vous êtes Comorien, vous avez dirigé un temps la Force est-africaine en attente, l’une des cinq forces régionales qui vont composer la future Force africaine en attente et cette Force est-africaine est censée être opérationnelle, ce mois-ci en décembre 2014. Peut-on imaginer qu’elle puisse jouer un rôle dans cette crise entre la Somalie et le Kenya, dans cette crise somalienne ?

Il faut bien sûr s’attendre et même espérer que cette force en attente joue un grand rôle, mais encore une fois ce sera très limité parce qu’elle n’en a pas les moyens. J’ai toujours en tête que quand j’étais président des chefs d’état-major de la brigade de l’Afrique de l’est, il fallait lancer la manœuvre de Djibouti, qui entre dans ce cadre d’opérationnalisation de la brigade. Figurez-vous que des pays comme les Comores étaient obligés de n’y envoyer que des observateurs parce qu’ils ne pouvaient pas y envoyer des troupes en tant que tel.

Est-ce que l’Afrique, la Force est-africaine et l’Afrique en général, pourrait participer à la sécurisation des mers dans l’océan Indien ?

Vaste programme… Là encore il fallait voir les moyens qu’il fallait déployer depuis Atlanta jusqu’à la coalition qui a été menée par les Etats-Unis, puis le Japon, puis la Chine. Elle peut y aller symboliquement, mais encore une fois se pose le vrai problème de la piraterie. On arrive maintenant d’une certaine manière à la stabiliser mais dès que cette coalition internationale part, le problème est qu’il n’est pas évident que la piraterie ne reprenne pas.

Général Salimou, une dernière question peut-être sur votre parcours personnel et votre avenir. Cette expérience que vous avez acquise dans les armées, dans les armées continentales, dans l’océan Indien, est-ce que vous comptez la remettre au service de votre pays un jour ou l’autre ?

Merci de résonner en terme d’expérience et d’acquis… J’ai l’habitude de faire le maximum partout où je me trouve. Maintenant, si d’autres possibilités s’offrent, pourquoi pas. Pour l’instant, je n’exclus rien, mais pour parler comme Jésus : « à chaque jour suffit sa peine », 2016 c’est un peu loin.

2016, élection présidentielle, vous envisageriez de vous présenter, c’est une question qui vous trotte dans la tête ?

Il ne faut rien n’exclure.

Vous n’y pensez pas en vous rasant, comme un président français en son temps ?

Pas seulement en me rasant, peut-être plusieurs fois.

Vous y pensez donc ?

Tout à fait.

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