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Invité Afrique

Côte d'Ivoire: «Je suis candidat avec ou sans le PDCI-RDR», réaffirme KKB

Audio 05:22
Bertin Konan Kouadio, membre du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), à Abidjan, en octobre 2013.
Bertin Konan Kouadio, membre du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), à Abidjan, en octobre 2013. AFP PHOTO / SIA KAMBOU

En Côte d’Ivoire, un an avant la présidentielle de novembre 2015, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), fondé par Félix Houphouët-Boigny, est en péril. Son président, Henri Konan Bédié, ne veut pas présenter de candidat pour l’an prochain et veut soutenir le chef de l’Etat sortant, Alassane Ouattara. Mais coup sur coup, trois figures du PDCI viennent d’annoncer leur candidature : Charles Konan Banny, Amara Essy et Kouadio Konan Bertin, dit KKB. Va-t-on vers l’explosion du PDCI et donc de l’alliance PDCI-RDR ? De passage à Paris, le député KKB répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

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Vous vous présentez contre l’avis de la direction de votre parti. Est-ce que ce n’est pas un peu casse-cou ?

Kouadio Konan Bertin : Je suis un militant discipliné. Le congrès a décidé que nous ayons un candidat, mieux un militant actif pour la présidentielle 2015. J’ai toujours pensé que l’élection présidentielle, c’est la mère de toutes les batailles en politique et c’est donc absurde qu’un parti comme le PDCI-RDA s’abstienne. Donc il faut respecter les résolutions du congrès. C’est ce que nous tentons de faire.

Oui, mais au congrès PDCI l’an dernier, Henri Konan Bédié a obtenu 94 % des voix, et vous seulement, 3 %. Est-ce que vous n’allez pas être lâché par la grande majorité de vos camarades de parti ?

Ces militants qui ont voté pour le président Bédié, je suppose, lui ont dit aussi clairement qu’ils voulaient un candidat. Donc ils se sentent aujourd’hui trahis par le président du parti. Ils sont d’ailleurs désemparés, déboussolés et je peux vous dire, qu’aucun militant n’adhère à cet appel de Daoukro qui veut qu’on n’ait pas de candidat.

L’appel de Daoukro, c’est l’appel par lequel Henri Konan Bédié appelle à voter Alassane Ouattara en 2015 ?

Tout à fait.

Vous demandez donc la réunion de cette convention du parti qui avait été programmée lors du congrès de l’an dernier. Si Henri Konan Bédié vous dit d’accord, est-ce que vous êtes prêt à retirer votre candidature ?

Ah non ! Comme il a dit, je veux avoir un militantisme irréprochable. La convention est faite pour désigner le candidat. Donc nous devons l’organiser et puis, si les militants désignent l'un d’entre nous, celui-là va porter les couleurs du parti. Mais au cas où Henri Konan Bédié réussit à faire en sorte qu’on n’ait pas de candidat, je l’ai dit aux Ivoiriens, je suis candidat avec ou sans le PDCI-RDR.

S’il n’y a pas de convention, vous êtes prêt à aller jusqu’au bout ?

Oui. Je suis candidat pour essentiellement deux raisons : sauver le PDCI-RDR parce que je ne veux pas voir mourir le parti de Félix Houphouët-Boigny ; je suis candidat aussi, non pas contre un individu, mais je suis candidat contre la division des Ivoiriens, contre le chômage massif des jeunes, contre la misère.

Autre candidat probable issu de la grande famille PDCI, Amara Essy, l’ancien ministre des Affaires étrangères, est très respecté en Côte d’Ivoire. Est-ce qu’il ne va pas vous prendre des voix ?

Mais c’est ça le jeu de la démocratie. Il faut l’accepter aussi.

Et l’ancien Premier ministre, Charles Konan Banny. Est-ce que vous vous rallierez à sa candidature ?

A non, je suis candidat. Je vous ai dit que j’irai jusqu’au bout. Je ne suis pas candidat pour me rallier à quelqu’un d’autre.

Henri Konan Bédié, Charles Konan Banny et Issy Amara, ce sont tous les trois des aînés. Et en Côte d’Ivoire, on respecte les aînés. Est-ce que votre candidature ne risque pas de choquer au quartier ou au village ?

Non. Vous savez que notre société aujourd’hui est majoritairement jeune. La moyenne d’âge, c’est 20 ans et demi. Il faut faire en sorte que les décideurs soient aussi le reflet de cette société-là. Monsieur Obama, que nous respectons chez nous, est devenu président à 47 ans. Et j’aurai 47 ans exactement en 2015.

En tant que membre du PDCI, vous êtes aussi membre du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le grand rassemblement houéphétiste PDCI-RDR. Est-ce que vous êtes toujours solidaire de l’action du président Ouattara ?

En ce moment précis, ce qui compte pour moi, c’est de rassembler au-delà des chapelles politiques. Il faut rassembler tous les Ivoiriens. Pour l’instant, nous ne sommes pas un peuple uni. Les Ivoiriens se regardent en chiens de faïence. Et ma priorité à moi, c’est la réconciliation. Ça ne se résume pas seulement comme militant du RHDP.

Est-ce que vous saluez les performances économiques du régime Ouattara ? Ou est-ce que pour vous, c’est insuffisant ?

Pour l’instant, ce que j’observe c’est que les Ivoiriens n’arrivent pas à se nourrir. Ils ne mangent pas trois repas par jour, c’est le plus important. Et les chiffres qu’on annonce ça et là n’ont aucun impact sur la vie des Ivoiriens.

Donc vous n’êtes pas solidaire de l’action du gouvernement ?

C’est clair que je ne suis pas solidaire de l’action du gouvernement. Le RHDP, ça l’a été pour 2010. C’est terminé. Il faut avancer.

Mais en disant cela, est-ce que vous n’êtes pas en train de dénoncer la ligne politique actuelle du PDCI et de vous exclure peut-être de vous-même de ce parti ?

Non, le PDCI demeure justement un parti autonome. Et je suis jaloux de l’autonomie de PDCI-RDR. Et moi je demande toujours l’application des règles qu’on se donne. Et la règle, c’est quoi ? Au premier tour des élections, les quatre membres qui composent l’alliance ont chacun son candidat. La règle n’a pas changé.

Il y a deux mois, vous êtes allé rendre visite à Laurent Gbagbo dans sa cellule de La Haye aux Pays-Bas. Pourquoi ce geste ?

En Côte d’Ivoire, nous avons une particularité. Quelque soit le degré d’animosité qui puisse régner entre deux Ivoiriens, dès qu’il y a un deuil qui frappe l’un d’eux, tout de suite on est solidaires. Monsieur Gbagbo qui était quand même l’ancien président de la Côte d’Ivoire a perdu sa maman. J’ai été donc à La Haye pour marquer ma compassion. Et comme on dit chez nous en Côte d’Ivoire, pour dire « Yako » [expression baoulé pour exprimer sa commisération avec autrui] à ce moment précis.

Est-ce le signe d’un rapprochement avec le FPI ?

Il ne faut pas y voir là un acte politicien. Non. Il faut le situer dans son contexte, tout simplement.

Oui, mais si demain le FPI ne présente pas de candidat à la présidentielle, est-ce que vous irez chercher les voix pro-Gbagbo ?

Est-ce qu’il se trouve un seul candidat qui dirait non, si demain des Ivoiriens venaient à dire qu’ils sont prêts à voter pour lui ? Non, je ne pense pas. Donc je suis candidat pour l’ensemble des Ivoiriens.

Donc c’est peut-être aussi un peu pour ça que vous êtes allé rendre visite au prisonnier Gbagbo ?

Non, pas du tout. D’ailleurs j’ai toujours pensé que pour la démocratie soit, il faut que nos partis soient forts. Je souhaite que FPI demeure une force.

Il y a dix ans en mars 2004, vous avez manifesté à Abidjan contre le régime de Laurent Gbagbo. La répression a été terrible : plus de cent morts, selon les Nations unies. Aujourd’hui en allant saluer Laurent Gbagbo, est-ce que vous ne risquez pas de trahir la mémoire de vos camarades PDCI-RDR qui sont tombés ce jour-là ?

Non, pas du tout. Je ne trahis pas de mémoires. C’est vrai, je reconnais qu’il y a eu des morts à cette époque et je m’incline respectueusement devant la mémoire de ces morts. En même temps, nous sommes devant le destin de la Côte d’Ivoire. Les morts sont morts. Que fait-on des vivants ? On ne peut construire l’avenir qu’en nous remettant ensemble. Pour se remettre ensemble, il faut qu’on se pardonne. Ce n’est pas trahir la mémoire, c’est chercher comment remettre les Ivoiriens ensemble. Nelson Mandela sort de prison, il tend la main aux Blancs à l’époque. A-t-il trahi ces milliers de Noirs qui ont subi l’apartheid ? Je ne crois pas et c’est un bel exemple à suivre.
 

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