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La semaine de

Le « petit effet Burkina »

Audio 05:08
Jean-Baptiste Placca.
Jean-Baptiste Placca. (Photo : Claudia Mimifir)

Encore deux petites semaines, et c’en sera fini de cette année 2014. L’enthousiasme débordant que semblent avoir déclenché au sein de nombreuses oppositions africaines les événements de la fin octobre, au Burkina Faso, est incontestablement l’un des premiers enseignements à tirer de cette année qui s’achève. Mais, dites-vous, attention aux désillusions ! Car il n’y a pas de recette burkinabè, il y a juste de la détermination et de l’organisation.

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Si elle devait décerner un prix, désigner l’homme de l’année 2014, l’Afrique, assurément, désignerait le peuple du Burkina Faso, tellement l’insurrection – la révolution – du 31 octobre au « pays des hommes intègres » semble avoir marqué le continent. Au point, d’ailleurs, que chaque pays, chaque peuple s’en inspire et croit son heure venue. Comprenez : l’heure de se débarrasser d’un dirigeant, d’un régime qu’il subit, depuis parfois plusieurs décennies, et même héréditairement, dans quelques cas.

Certes, les Burkinabè ont réussi la prouesse du siècle, en se débarrassant, à mains nues, d’un régime solidement ancré dans le paysage, d’un homme fort, selon le vocable consacré. Mais les Burkinabè ont eu recours, pour l’achever, à leurs recettes propres, à leur génie singulier. Ils ont usé de courage, consenti des sacrifices. Les manifestants, faut-il y revenir, n’avaient aucune garantie, quant à la passivité de l’armée. Et, de fait, certains soldats ont tiré sur eux. Les Burkinabè ont donc, par avance, accepté de braver la mort et en ont payé le prix.

Dans de nombreux pays où les opposants espèrent imiter les Burkinabè, les populations sont, hélas, gagnées par une lassitude telle qu’elles ne sont pas disposées à consentir de tels sacrifices, souvent parce qu’elles estiment avoir déjà donné !

Faut-il donc comprendre que ce n’est pas parce que des leaders de l’opposition politique l’ont décidé que les populations sortent massivement dans la rue ?

Il est évident que la société civile et la jeunesse mobilisent aujourd’hui davantage que les politiques. Pour mettre plus d’un million de Burkinabè dans la rue, il a fallu un peu plus que la seule classe politique. Par ailleurs, il est des Etats où il n’est tout simplement plus possible de mobiliser une telle proportion de la population pour des causes politiques. Dans bien des pays, les périodes où cela pouvait être possible sont déjà du passé : les « villes mortes », au Cameroun, les grandes marches hebdomadaires, dans tel ou tel pays d’Afrique de l’Ouest… Dans ces pays-là, il faudrait un miracle, aujourd’hui, pour que la population sorte massivement pour chasser les dirigeants, d’autant que depuis les précédentes mobilisations, bien des ténors de l’opposition ont rejoint le régime que tous combattaient naguère. D’où un certain désenchantement de la population, là où la répression n’a pas refroidi l’ardeur militante.

Dans le même temps, dans des cas comme celui du Gabon, on voit des ex-dignitaires du régime rejoindre l’opposition. Lorsque l’on entend Jean Ping, un diplomate au discours d’ordinaire si aseptisé, dire à deux reprises au président Ali Bongo Ondimba « d’aller se faire voir ailleurs », l’on se dit que quelque chose, décidément, a changé. Y a-t-il là, un effet Burkina ?

oui, ce n’est pas banal. Même si l’on entend aussi quelques-uns s’interroger sur ce courage tardif. On imagine que l’animosité qu’ils nourrissent à l’égard d’Ali Bongo Ondimba est celle qu’ils ont dû avoir contenue durant toutes ces années au cours desquelles ils étaient au service de son père. Mais Jean Ping aurait pu se distinguer dès 2009, lorsque le fils a succédé au père. Pourquoi lui a-t-il fallu attendre de perdre son poste de président de la Commission de l’Union africaine avant de se découvrir cette inimitié avec Ali ?

Mais puisque chaque semaine apporte sa défection, on peut penser que la crise de régime est profonde, en effet. La toute dernière est celle de l’ancien vice-président d’Omar Bongo Ondimba, le très discret Didjob Divungui, qui vient d’annoncer son ralliement à l’opposition. Une défection assortie d’un sévère réquisitoire sur la gestion du père, qui était, dit-il, « fondée sur la prédation, les brimades, la vexation, les intrigues et les frustrations ». Et celle du fils serait « basée sur l’arrogance, le mépris, le pillage des richesses publiques, et les effets d’annonce ». Voudrait-il dire au fils que sa famille a fait trop de mal au pays, et qu’il est temps qu’il dégage qu’il ne se serait pas exprimé autrement ? Tout cela est assez triste… Avec ou sans le petit effet Burkina.

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