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La semaine de

Piéger le peuple… à n’en plus finir!

Audio 05:11
Jean Baptiste Placca.
Jean Baptiste Placca. RFI

Entre le terrorisme, l’insécurité, les rébellions, les modifications de Constitutions, on a, en 2014, abondamment parlé de politique et, finalement, peu d’économie, très peu de développement, donc. Privilégier la politique par rapport à l’économie n’est-ce pas là la principale erreur de la plupart des Etats africains, le frein à leur développement ?

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Il est évident que la plupart des crises que connaissent les Etats n’éclateraient même pas si les gouvernements se préoccupaient davantage de réel développement économique, y compris à la modeste échelle que leur permettent leurs richesses nationales, plutôt que d’un jeu politicien qui tend à marginaliser une partie de la population, et à capter le peu dont dispose le pays au profit d’une caste.

Bien sûr, la théorie selon laquelle il n’y a pas de développement économique sans sécurité nous est suffisamment assénée pour résonner, de gré ou de force, dans toutes les têtes. Mais nous savons aussi que dans les pays où l’économie et le développement sont réellement pris à cœur par les dirigeants politiques dans un souci de transparence et de justice social, on ne retrouve presque jamais le type de problèmes qui débouche, ailleurs, sur des conflits parfois longs et violents. Faut-il citer un exemple ? Prenons donc le Botswana, grand producteur mondial de diamant. Tous les étudiants y sont boursiers. De l’Etat. Les contrats avec les partenaires étrangers sont conçus pour être dans l’intérêt de la nation et non dans celui d’un clan au pouvoir, et cela s’est toujours fait dans une transparence qui a sans doute aussi aidé à consolider la démocratie dans le pays. Les présidents sont élus pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois. Depuis une quinzaine d’année, les chefs d’Etat se paient le luxe de partir au bout de neuf ans, pour offrir à leur vice-président la chance de terminer leur second mandat, ainsi que l’autorise la Constitution, et de se donner une chance comme candidat à la prochaine présidentielle. On ne brûle pas les véhicules et les magasins le jour de la proclamation des résultats, et dès le lendemain, la vie reprend. Et c’est en Afrique !

Y a-t-il un risque que ces déchaînements de violence que l’on observe ailleurs, désormais, n’attendent plus des décennies de pouvoir pour se déployer et tout dévaster ?

L’insolence de la richesse qui les nargue peut pousser les populations à la révolte à tout moment, surtout si rien n’est fait pour elle.

Peut-être entre-t-on dans une phase nouvelle, où les populations vont avoir de réelles exigences de résultats vis-à-vis de leurs dirigeants. Oui, elles peuvent chasser des dirigeants si rien n’est fait pour elles. Si, par exemple, leurs hôpitaux sont délabrés, tandis que ceux qui sont au pouvoir et leurs familles vont se soigner à prix d’or à l’étranger, aux frais de l’Etat… Ou si les écoles sont défaillantes, alors que ceux qui sont au pouvoir envoient leur progéniture étudier à l’étranger, au vu et au su de tous…

On ne peut tout de même pas dire que les gouvernements ne font aucun effort. Il existe même, aujourd’hui, dans la plupart des Etats du continent, un plan économique ambitieux, visant à atteindre le stade de pays émergent, à l’horizon 2025 ou 2035. N’est-ce pas du concret, cela ?

Ce sont de merveilleux slogans. Les économistes, les intellectuels, les journalistes de ces pays devraient se saisir de ces plans, pour les confronter à quelques réalités raisonnables. Ces projets ne relèvent, certes pas tous d’une imposture flagrante, et ils même partent peut-être d’une réelle volonté de bien faire. Mais, bon, gare aux miroirs aux alouettes, aux paradis imaginaires, aux rideaux de fumées dressés qui n’auraient d’autres fins que de ne pas proposer aux populations de réelles solutions à leurs problèmes immédiats.

On voudrait citer trois pays africains capables de devenir, à l’horizon 2035, des pays émergents, que l’on n’en trouverait pas. Et même deux, on y arriverait péniblement. Alors, face à la multitude annonçant à leurs peuples qu’ils seront un pays émergent au plus tard en l’an 2035, l’on est tenté de rétorquer : « Sauf votre respect, excellences, il y a une petite distorsion de la vérité ». Quant aux populations, elles finiront bien par comprendre, en 2036, que l’on s’est encore moqué d’elles. Comme se moquaient d’elles ceux qui, dans les années 1970 et 1980, leur promettaient la « santé pour tous en l’an 2000 ». Comme si le politique devait, en permanence manquer de sincérité vis-à-vis des populations. Comme si la raison d’être du dirigeant politique était de piéger le peuple, les électeurs. A n’en plus finir !

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