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Invité Afrique

Tunisie: pour Taïeb Baccouche, la victoire «découle du travail de terrain»

Audio 05:36
Taïeb Baccouche en 2011.
Taïeb Baccouche en 2011. AFP

Avec le directeur de campagne Mohsen Marzouk, c'est l'un des deux piliers du « pack » qui a donné la victoire à Beji Caïd Essebsi, le nouveau président de la Tunisie. Taïeb Baccouche, 70 ans, est le secrétaire général de Nida Tounes, le parti qui a tout gagné cette année. Son analyse de la victoire, les relations occultes entre Nida Tounes et les islamistes d'Ennahdha... En ligne de Tunis, l'ancien patron du syndicat UGTT répond avec franchise aux questions de Christophe Boisbouvier.

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RFI : Au premier tour, il n’y avait que six points d’écart entre monsieur Essebsi et monsieur Marzouki, au second tour l’écart s’est creusé avec plus de 10 points d’écart. Comment vous expliquez ça ?

Taïeb Baccouche : Je pense que monsieur Marzouki a fait le plein au premier tour, il a même gagné un peu en nombre de voix au second, mais il y a eu beaucoup plus de gain de voix pour monsieur Essebsi au second tour.

Entre les deux tours, les partis de gauche regroupés dans le Front populaire ont appelé à barrer la route à monsieur Moncef Marzouki, ça a pu jouer en votre faveur ?

Pas seulement, il y en a bien d’autres évidemment, il y a d’autres candidats, il y a eu du ralliement, il y a eu aussi un travail de terrain plus important au second tour.

On a souvent dit, et vous le premier, que Moncef Marzouki était le candidat des islamistes, comment expliquez-vous alors qu’il ait perdu du terrain entre les tours au profit de monsieur Essebsi ?

Il n’a pas perdu de voix, mais nous, nous avons gagné plus de voix par un travail de proximité, de porte-à-porte pour convaincre des gens, surtout, qui n’ont pas participé au premier tour, et donc qui ont décidé de voter au second tour voyant qu’il y a un danger.

Voulez-vous dire que les indécis se sont ralliés au candidat Essebsi sur un mot d’ordre, attention danger islamiste ?

C’est possible.

Le 14 août dernier, monsieur Essebsi a longuement rencontré le chef islamiste Rached Ghannouchi, beaucoup disent qu’il en est sorti un accord de cesser le feu entre les deux hommes ?

En tout cas, la majorité écrasante des électeurs d’Ennahda ont voté pour Marzouki.

Oui, mais sans que Rached Ghannouchi appelle explicitement à voter pour Marzouki ?

Bien entendu. Evidemment, certains observateurs parlent de publicité, d’autres parlent de base qui n’obéit pas, sur ce plan, à leur direction.

Est-ce qu’à l’issue de la rencontre de Paris, il a été convenu que monsieur Ghannouchi ne prendrait pas position ?

Je ne le pense pas. La décision a été prise, officiellement en tout cas, plus récemment que ça.

Est-ce que monsieur Essebsi et monsieur Ghannouchi se sont parlé depuis la victoire de monsieur Essebsi ?

Oui, ils se sont parlé.

Qui a appelé l’autre ?

Je pense que c’est monsieur Ghannouchi. Mais en tout cas, il y a une manchette aujourd’hui dans les quotidiens un appel au peuple tunisien à se rallier à monsieur Essebsi.

Donc on peut dire que le pacte de non-agression du mois d’août dernier se prolonge ?

Je crois.

Et pourtant dans le camp de Moncef Marzouki, il y a beaucoup de déçus qui disent que la victoire de monsieur Essebsi est un retour en arrière, comme si la révolution de janvier 2011 n’avait servi à rien ?

C’est fallacieux, très démagogique et cela n’a aucun rapport avec la réalité, on n’est plus dans un régime présidentialiste, on a une nouvelle Constitution, on a des partis d’opposition réels. Ennahda est le deuxième parti, donc si Ennahda décide d’être un parti d’opposition, il a même le tiers bloquant donc ça n’a rien à voir avec la situation antérieure.

Vous le dites, le président va devoir partager son pouvoir avec un Premier ministre et un gouvernement aux compétences étendues et le problème, c’est que votre parti Nidaa Tounes, est loin d’avoir la majorité à l’Assemblée nationale, avec qui allez-vous gouverner ?

Notre parti n’a pas la majorité absolue, mais il a une majorité relative. Il a maintenant plus de dix partis qui l’ont soutenu et certains sont assez bien représentés au Parlement. Donc on peut avoir la majorité absolue au Parlement, mais ce n’est pas une majorité très confortable.

Est-ce que l’on peut imaginer un gouvernement de coalition nationale y compris avec le parti Ennahda ?

Vous savez un gouvernement de coalition nationale est contraire à toutes les règles d’alternance. Une fois, en tant que gouvernement et une autre fois en tant qu’opposition, c’est comme ça que tous les partis apprennent le fonctionnement démocratique. Ennahda et la Troïka ont fait l’expérience du pouvoir pendant trois ans et ils ont lamentablement échoué, qu’ils fassent maintenant l’expérience de l’opposition et donc c’est un apprentissage de fonctionnement démocratique.

Est-ce que le prochain Premier ministre sera issu des rangs de Nidaa Tounes ?

C’est un sujet de discussion, actuellement, nous sommes en train d’étudier la question. Evidemment, parce que nous avons la présidence du Parlement, nous avons la présidence de la République, certains crient un peu à la suprématie d’un parti qui veut tout rafler. Alors qu’en fait, il ne s’agit pas de rafler, il s’agit d’une présidence à deux têtes, prévue par la Constitution et il est très important en tout cas que la présidence de la République, la présidence du Conseil fonctionne dans la complémentarité et dans l’harmonie. Donc là on est en train de réfléchir.

Est-ce que l’on peut imaginer un Premier ministre issu d’un parti allié à Nida Tounes ?

Dans le cas où il ne serait pas de notre parti, il serait plutôt sans parti.

Profil technocrate ?

Non pas un technocrate, mais un politique non politicien et, en même temps ayant une compétence nationale.

Beaucoup disent que la Tunisie est un modèle pour le monde arabe. Est-ce que ce n’est pas une responsabilité un peu lourde à porter quelquefois ?

Si, mais s’il faut la porter. Parce que si ça réussit en Tunisie, il y a des chances que ça réussisse ailleurs, mais si par malheur ça ne réussit pas en Tunisie, ça ne réussira nulle part.

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