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Invité Afrique

«Les jeunes préfèrent le regard critique au militantisme politique»

Audio 05:06
Nestor Zanté, sociologue burkinabè, sympathisant du Balai citoyen.
Nestor Zanté, sociologue burkinabè, sympathisant du Balai citoyen. Anthony Lattier/RFI

Au Burkina Faso, ils ont provoqué la chute du président et au Sénégal, ils ont empêché la révision de la Constitution en 2011. Les nouveaux mouvements citoyens formés par des jeunes sont des forces avec lesquelles il faut désormais compter dans certains pays africains. Sympathisant du Balai citoyen, le Burkinabé Nestor Zanté, sociologue, étudie le phénomène de l'intérieur. Il est l'invité matin de RFI Afrique.

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Nestor Zanté, comment les jeunes que vous rencontrez pour votre étude perçoivent-ils les partis politiques ? Sont-ils totalement discrédités à leurs yeux ou pas ?

Nestor Zanté : Oui, il y a des jeunes qui ont déjà des partis politiques, qui militent et qui en tout cas défendent les idéaux de certains partis politiques. Mais bon nombre de ceux que j’ai pu rencontrer [se tiennent en marge] de la politique. Ce sont des jeunes qui sont beaucoup plus dans la société civile, comme ceux du Balai citoyen [au Burkina Faso NDLR], qui ont un regard critique sur tout ce que le gouvernement pose comme action. Et ils sont prêts à dire : Oui, ici ça va. Non, ici ça ne va pas et il faut revoir.
Et c’est ce regard critique qui pour beaucoup de jeunes est plus important que d’être dans un parti politique. Parce que pour beaucoup de ceux que j’ai rencontrés, être dans un parti politique c’est négocier une place au soleil. Comme ils aiment le dire : c’est pour que demain, si ce même parti est hissé sur le devant la scène politique, on ne soit pas à l’ombre. On puisse aussi bénéficier des bienfaits du parti politique.

Qui sont les jeunes qui se mobilisent dans ces mouvements ? Est-ce que ce sont essentiellement des jeunes qui ont fait des études ou bien tout le monde se sent concerné ?

En fait c’était la particularité de ces mouvements : c’était beaucoup plus une multitude de jeunes d’horizons divers en fait. Il y avait tous les jeunes ; des étudiants, des chômeurs, des scolarisés, des non scolarisés, des commerçants… Toutes les composantes de la jeunesse étaient mobilisées en fait pour cette cause-là.

Ces mouvements de jeunes : de qui s’inspirent-ils ? Ont-ils des modèles ?

Oui. Pour moi, pour certains et même pour un grand nombre de jeunes que j’ai pu rencontrer, il y a une référence politique actuelle. Et essentiellement c’est Thomas Sankara. Beaucoup s’inspirent de Thomas Sankara pour aujourd’hui poser des actions – je ne dirais pas politiques – mais pour pouvoir arranger la chose publique. Et aujourd’hui les slogans à Ouagadougou c’est : « Plus rien ne sera comme avant ». Et je pense que leur inspiration beaucoup plus c’est Thomas Sankara. Et peut-être qu’ils ont d’autres idoles, des politiques hors du Burkina Faso comme Patrice Lumumba et Kwame Nkrumah et d’autres.

Donc là, plutôt des figures qui font référence aux mouvements panafricanistes ?

Oui. Très souvent ce sont ces figures-là qui sont le plus portées au-devant de la scène. Et c’est la référence pour beaucoup de jeunes. Ce sont ces derniers qui ont porté les germes de l’Afrique, pour dire : voici comment l’Afrique devrait se développer. Et actuellement c’est vraiment les références pour beaucoup de jeunes.

Le 15 mars dernier les autorités de la République démocratique du Congo ont interpelé plusieurs jeunes militants lors de la conférence de lancement du mouvement citoyen Filimbi. Parmi eux il y avait d’ailleurs des militants burkinabè et sénégalais. Cela a-t-il donné un coup d’arrêt au dialogue entre les mouvements de jeunes à travers le continent ?

Non. Je pense que ça a même donné un peu plus d’engouement ! Parce qu’une fois que tu veux poser des actes et qu’on te dit : non, non ! Il ne faut pas poser ces actes, tu comprends en fait qu’il y a des individus qui ne sont pas en train de défendre les intérêts d’un pays ou d’une Nation, mais qui veulent en tout cas défendre leurs propres intérêts.
Et peut-être c’est même mieux actuellement, parce que beaucoup de jeunes, ceux qui ne savaient pas, ceux qui ne voulaient même pas rentrer dans ces mouvements, tous ceux qui disaient : ces mouvements ont été manipulés de l’extérieur et tout et tout, finissent par comprendre qu’en fait que l’élan de cette révolution est interne… Maintenant beaucoup se disent : oui ça a marché c’est [donc] que ça va marcher aussi ailleurs. Et beaucoup vont même copier le modèle burkinabè de révolution, si je peux dire ainsi.

Nestor Zanté, la situation, on le voit bien, n’est pas identique dans chaque pays. C’était peut-être pêcher par naïveté que de croire qu’on pourrait comme ça, facilement exporter la révolution en RDC par exemple ?

Oui, pour moi c’est peut-être assez osé parce que les situations ne sont pas les mêmes, les contextes politiques non plus. Mais une chose est sûre, les mouvements des jeunes doivent commencer à prendre conscience que, de par leurs actions, ils pourraient quand même dessiner l’avenir politique de leur pays. En fait ils ne vont pas prendre une révolution du Burkina Faso ! Peut-être qu’ils vont adapter cette révolution. Peut-être qu’ils vont essayer de comprendre cette révolution et voir à leur niveau ce qui ne va pas ou ce qui va, pour pouvoir en tout cas essayer de faire quelque chose de semblable : je ne dis pas de chasser un président ! Non. Je dis simplement quelque chose de semblable.

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