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Invité Afrique

Boko Haram, droits de l’homme, économie: Buhari s’exprime sur RFI

Audio 05:11
Le président nigérian, Muhammadu Buhari
Le président nigérian, Muhammadu Buhari F24/François PICARD

Le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, qui a été investi le 29 mai dernier, a été élu sur un élan d’espoir. Les Nigérians espèrent qu'il sera en mesure de résoudre plusieurs crises : économique, sociale, mais surtout sécuritaire. En visite officielle à Paris, le président nigérian a rencontré son homologue français pour faire le point sur la lutte contre l’organisation Etat islamique en Afrique de l’Ouest, ex Boko Haram. Il est l’invité de Bineta Diagne.

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RFI : Vous avez assuré en finir avec Boko Haram d’ici trois mois. Qu’est-ce qui vous rend si optimiste ?

Muhammadu Buhari : Je suis optimiste, parce que nous faisons confiance à nos forces armées. Principalement, grâce à nos dernières victoires sur le terrain, qui sont elles-mêmes le fruit d’une réorganisation interne que nous avons menée au sein de l’armée. Par ailleurs, nous avons notamment rééquipé nos troupes et nous les avons mieux formées. Nous avons enfin déplacé le centre de commandement des opérations d’Abuja, la capitale fédérale, à Maiduguri, ville située dans l’Etat de Borno et qui se trouve être sur la ligne de front de Boko Haram.

La force d’intervention conjointe multinationale a été lancée récemment avec le Tchad, le Niger, le Cameroun, le Bénin et le Nigeria. Que lui manque-t-il pour être pleinement opérationnel ?

Nous avons décidé de créer une force multinationale mixte, basée sur les Etats membres de la Commission du bassin du Lac Tchad, parce que c’est la seule manière d’encercler Boko Haram. A l’inverse, si chacun des pays, à savoir le Niger, le Tchad et le Cameroun, ne coopère pas pleinement, les sources d’approvisionnement en armes, en munitions, en carburant, et bref, tout élément susceptible de nous aider sur le terrain, tout cela pourrait tomber entre les mains de Boko Haram. Donc avec la force conjointe multinationale, ces éléments sont mieux contrôlés et utilisés à notre avantage pour mieux combattre Boko Haram. C’est une manœuvre stratégique et tactique pour vaincre ce groupe jihadiste.

La France vous soutient déjà en fournissant renseignements et formation. Qu’attendez-vous de plus de Paris ?

Ma visite a pour but d’expliquer de manière plus précise et plus approfondie au président français, les demandes que nous avons formulées lorsque je me suis rendu au G7 en juin. J’avais alors exprimé des besoins logistiques, d’équipement, de formation, et un point important, le renseignement, en particulier des informations par satellites. Choses qui nous manquent au Nigeria. Nous avons aussi demandé de l’aide concernant la réparation et la maintenance de nos appareils militaires aériens - notamment nos hélicoptères - parce qu’une partie du lac Tchad est difficile d’accès surtout en ce moment, pendant la saison des pluies. Il est très important que nous puissions disposer d’une couverture aérienne. Et c’est l’un des aspects sur lesquels j’ai insisté dans nos échanges concernant la lutte contre Boko Haram.

Un groupe indépendant discute avec certains membres de Boko Haram. Etes-vous prêt à négocier avec les jihadistes ?

Nous le ferons peut-être, s’il y a des indices, si nous sommes convaincus que ces gens sont crédibles et s’il est établi qu’il s’agit effectivement de membres actifs de ce groupe. Dans les stratégies élaborées par les terroristes, on peut imaginer qu’ils mettent en avant, subitement, des personnes qui n’ont pas forcément d’influence avec l’ensemble des membres de Boko Haram. Donc nous sommes très prudents. Je ne dis pas qu’on ne va pas discuter avec les leaders de Boko Haram, nous allons leur parler. Mais avant cela, nous devons être convaincus qu’il s’agit effectivement de leaders de Boko Haram.

A Kaduna, la semaine dernière, vous avez exprimé votre fermeté contre toute violation des droits humains commis par des forces armées. Dans le même temps, Amnesty International accuse des hauts gradés de l’armée de crimes de guerre et de torture dans le nord-est du pays. Quelles suites comptez-vous donner à ces allégations ?

Ces allégations font déjà l’objet d’enquêtes. Tant que ces organisations internationales de défense des droits de l’homme ne nous fournissent pas des preuves de ces faits et des précisions sur la période au cours de laquelle ces faits auraient été commis, cela reste des allégations. Je pense que ces faits ont été commis avant que mon équipe n’arrive au pouvoir. Dans tous les cas, si les forces armées sont accusées - qu’il s’agisse de la période du gouvernement précédent ou de mon gouvernement - nous avons le devoir d’expliquer à la communauté internationale la nature de ces abus qui auraient été commis et les mesures disciplinaires que nous devrions prendre à l’égard des militaires responsables de ces présumés crimes contre l’humanité.

Cela fait trois mois que vous dirigez le pays sans gouvernement. Comment faites-vous pour traiter des questions aussi complexes que le chômage, l’éducation ou encore la régulation du secteur pétrolier ?

La difficulté de mon gouvernement… Cela n’est pas possible de réaliser tout ce que nous espérons faire. Les attentes sont beaucoup trop importantes. Nous traversons des moments difficiles avec la chute des prix, notamment celle de la baisse du prix du baril de pétrole, mais aussi avec l’insécurité dans le golfe de Guinée. Or le système tel qu’il l’était auparavant, qui assurait une certaine continuité, est intact. Les technocrates, qui ont précédemment été ministres, qui ont géré les affaires gouvernementales pendant 20 à 30 ans, savent qu’ils vont conserver leurs postes. Et quel que soit le compte-rendu qu’ils voudront bien livrer à l’administration en place, ces personnes savent qu’on est obligé de les solliciter de nouveau.

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