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Revue de presse française

A la Une: attentats, Schengen sur la sellette

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AFP

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Si elle est un succès pour les forces de l’ordre françaises, la mort confirmée d’Abdelhamid Abaaoud, chef présumé des attentats il y a pile une semaine à Paris, sonne comme un échec pour les dispositifs sécuritaires de l’Europe.

Car la seule présence en France d’un des hommes les plus recherchés au monde dresse un constat « en forme de pied de nez, formule L’Est Républicain. En toute impunité, parfois avec leurs vrais passeports, les terroristes jouent donc à saute-frontières dans un espace Schengen ouvert à tout vent », s’étrangle ce quotidien de l’est de la France.

Encore plus proche de la frontière avec l’Allemagne, le quotidien L’Alsace accuse l’Europe de s’être rendue coupable de « non-assistance à la France en danger. […] Jadis, on disait que l’union fait la force. Aujourd’hui, elle se contente de faire une mauvaise farce ».

« Faut-il aller jusqu’à rétablir les frontières entre les pays membres, comme naguère ? », s’interroge de son côté Le Figaro. Pour ce journal, la question « mérite d’être posée ». Car « comment Abdelhamid Abaaoud a-t-il pu échapper à la vigilance des services européens, qui le croyaient encore ces derniers jours en Syrie ? », insiste le quotidien.

Alors, cette question du rétablissement des frontières, la poser, n’est-ce pas y répondre ? C’est en effet à se le demander, dans la mesure où l’éditorial « en Une » du Figaro claque ce matin comme un oukase : « oublier Schengen » !

De quoi inspirer au quotidien économique Les Echos une rafale de questions. « La mondialisation est-elle finie ? Ses adversaires sont-ils en train de l’emporter ? Est-elle allée “trop loin”, qu’elle doive aujourd’hui s’inverser et conduire et conduire à une relimitation des échanges d’hommes comme de marchandises ? Voire, bientôt de capitaux ? ». Autrement dit, y-a-t-il une « réelle poussée protectionniste ? », se demande Les Echos. Qui l’admet : le risque est « gros ».

Attention, prévient le quotidien économique français, avec de telles questions aujourd’hui posées comme jamais, le risque de « fermeture du monde » augmente. Bien peu mirobolante perspective pour Les Echos, qui le martèle : « non, le terrorisme n’est pas, au bout du bout, une conséquence du capitalisme mondialisé ». Et la fermeture des frontières et le protectionnisme « aggraveront le mal », maintient-il. Grave débat en perspective…

Attentats : la menace chimique

« Faut-il la prendre au sérieux », cette menace brandie par le Premier ministre Manuel Valls, se demande, « en Une » ce matin, le quotidien Le Parisien. Selon ce journal, à Paris, l’eau est désormais « sous très haute surveillance ». Le Parisien, en effet, explique que, depuis samedi dernier, soit au lendemain des attentats, la société publique Eau de Paris, qui coordonne pour la Ville de Paris la production, le stockage et la distribution d’eau potable, a « augmenté le niveau de protection en passant d’alerte attentat à état d’urgence ».

Quel crédit accorder à la menace chimique ? A Paris, elle est prise « au sérieux », prévient Le Parisien. L’arme chimique, une menace « à relativiser », modère en revanche La Croix. Et le quotidien catholique de se demander s’il était « très pertinent, dans un contexte déjà très anxiogène, de communiquer sur le sujet ».

Attentats : paroles d’écrivains

Dans un cahier intitulé « écrire sans trembler », le supplément « Livres » du journal Le Monde ouvre ses colonnes à vingt-huit auteurs du monde entier. De Christine Angot à Alice Zéniter, tous viennent y exprimer leurs convictions.

Ainsi, pour Laurent Mauvignier, les attentats habiteront inéluctablement ses futurs livres. « Voilà en quoi revient, pour moi, cette question d’écrire avec la mort, avec le réel, avec la violence qui nous entoure et nous concerne. On peut y répondre en écrivant des livres, certains le feront ; on peut aussi y répondre en refusant aux terroristes le pouvoir de coloniser notre esprit et notre travail », énonce l’auteur du roman Autour du monde (Editions de minuit).

Pour l’écrivain israélienne Zeruya Shalev, « aucun mot ne sauvera de la mort, ne soignera les blessures, n’évitera la catastrophe, ni même ne sera capable d’en décrire l’ampleur. […] Il faudrait sans doute se taire, rester figé dans un silence de deuil, et pourtant, le cœur veut consoler, la main tremble sur le clavier », atteste, dans Le Monde, l’auteur d’un livre intitulé Ce qui reste de nos vies (Gallimard). Mais de toutes ces paroles d’écrivains, c’est celle de Jérôme Ferrari qui interpelle.

Attentats : ni rire, ni pleurer, mais comprendre

Presque à contre-courant, l’auteur du Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud) s’insurge. « Il est nécessaire que l’émotion s’exprime, même maladroitement, mais on ne peut admettre qu’elle le fasse sous la forme coercitive d’une injonction. Car une telle injonction revient à condamner d’avance comme complice ou criminel tout effort d’exercice du jugement ».

Etant rappelé la célèbre maxime de Spinoza, qui prescrivait non pas de rire ou de pleurer mais de comprendre, Jérôme Ferrari déplore, que l’on assiste « comme c’était déjà le cas en janvier, au moment des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher à Paris, à un renversement aberrant de la maxime spinoziste : il nous serait permis de rire, déplorer et maudire mais en aucun cas de comprendre. Car “comprendre”, bien sûr, c’est “excuser”, soupire avec regret le prix Goncourt 2012. »

Justement. Dans son éditorial, le journal La Croix rappelle l’exhorte du pape Jean-Paul II durant le Jubilé de l’an 2000. Par un dimanche pluvieux, au pied du Colisée, à Rome, le 7 mai 2000, le Saint-Père avait prononcé ces mots « inouïs » directement à l’attention de Dieu : « Accueille aussi dans ton infini pardon miséricordieux tous les persécuteurs ».

Au-delà des polémiques sécuritaires, cet impératif de compréhension rappelé aujourd’hui par un grand écrivain français comme cette prière du pape il y a quinze ans, plaçant la compassion au dessus de tout, dénotent dans la presse, une semaine après les attentats…

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