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Invité Afrique

Lassana Bathily: «Quand tu es connu, il faut continuer à aider»

Audio 05:19
Héros de la prise d'otages de l'Hyper Cacher de Vincennes, vendredi 9 janvier 2015, Lassana Bathily a été naturalisé français après les événements.
Héros de la prise d'otages de l'Hyper Cacher de Vincennes, vendredi 9 janvier 2015, Lassana Bathily a été naturalisé français après les événements. AFP PHOTO / FRANCOIS GUILLOT

Il y a un an, Lassana Bathily, un jeune Malien qui travaillait à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes avait aidé des otages à se cacher puis, après s’être enfui par un monte-charge, avait donné de précieuses informations pour l’assaut des forces de l’ordre. Immédiatement célébré en héros, il a reçu hommages et décorations en France, au Mali, aux Etats-Unis et en Europe. Je ne suis pas un héros, clame-t-il pourtant... c’est le titre du livre qu’il vient de publier chez Flammarion. Désormais détenteur de la double nationalité franco-malienne, le jeune homme a confié à Laura Martel son souhait d’utiliser sa notoriété pour tendre la main à d’autres.

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RFI : Vous avez aidé à cacher des otages, avant de vous échapper, d’aider la police. Est-ce que c’est un choix conscient ou plutôt une réaction réflexe ?

Lassana Bathily : C’est une réaction réflexe et naturelle. J’ai écouté mon cœur. Ce jours d’attaques, j’ai pensé à mes parents. Moi je crois que c’est ces valeurs qui m’ont appris, c’est une grande solidarité dans le Soninké. Toute l’Afrique, on a une même culture. On a les mêmes formes de vivre ensemble. C’est ça qu'ils m’ont appris. Et quand je prends le monte-charge, je sais que ma vie est en danger. Je ne sais pas si je vais mourir ou pas, mais quand même j’ai pensé faire quelque chose avant de mourir. C’est ça qui m’a fait réagir. Mais quand même, Dieu m’a aidé, je suis sorti vivant.

Vous dites « Je ne suis pas un héros ». C’est le titre de votre ouvrage. Mais alors, pourquoi écrire ce livre ?

J’ai écrit ce livre pour que les gens puissent bien comprendre qui je suis d’abord, et pour bien comprendre ce qui s’est passé à l’Hyper Cacher, et ce que j’ai envie de faire.

Quel rapport vous entretenez avec cette journée du 7 janvier parce que ça a été forcément une épreuve terrible, mais elle a aussi apporté des changements positifs dans votre vie : un emploi, la nationalité française que vous cherchiez. Quel votre rapport à cette journée un peu paradoxale pour vous ?

Cette journée, c’est un peu dur, un peu triste parce que ça me fait rappeler ce qui s’est passé en janvier. On a des amis qui sont morts. J’ai pensé aux amis d’abord pour dire qu’on est de cœur avec eux. C’est vrai après le drame, il faut qu’on pense aussi vivre encore parce qu’on ne peut pas rester toujours dans la tristesse. Hier quand je suis parti au magasin, c’est ce que je disais à tout le monde que le drame, c’est vrai, on ne peut pas les oublier, mais il faut continuer à vivre, il faut qu’on passe à autre chose. C’est ça qui est le plus important.

Vous essayez de sortir les choses positives de ce drame ?

Oui, c’est ça. Après ça, je vois que c’est bon parce que j’ai été naturalisé. Avant ça, mes démarches étaient en cours depuis six mois. C’est vrai, c’était le problème qui a fait que ça s’est accéléré, ça a avancé. Le président de la République lui-même m’a confirmé qu’il allait s’occuper de ça. Il a pris une promesse et il l’a fait. Je suis content, je suis fier d’être Français.

Vous étiez à quelques mètres du Bataclan le 13 novembre. Vous étiez aussi à Bamako quand il y a eu l’attentat contre le bar La Terrasse le 6 mars 2015. Comment voyez-vous ces jeunes, qu’ils soient Français, Maliens ou autres, qui tuent soi-disant au nom de l’islam ?

Je crois que ces jeunes sont perdus. Ils ont nettoyé leur cerveau pour dire qu’ils luttent pour ça. On sait que ce n’est pas ça l’islam. L’islam nous a appris la valeur et le respect des autres. Ils sont là pour salir l’islam et pour nous séparer aussi dans les communautés. Et ces terroristes ne représentent pas l’islam. Ils représentent eux-mêmes. Ce n’est pas cela l’islam. Il y a beaucoup de jeunes qui font le jihad qui n’ont pas grandi avec la famille, ils ont grandi comme ça. S’il n'y a personne qui est à côté de lui pour sortir de ses difficultés, je crois que c’est ça va se passer : soit il va être braqueur ou il va être terroriste. Il faut que quelqu’un soit toujours à côté des enfants pour bien les protéger et pour bien apprendre les valeurs. C’est ça le plus important.

Vous avez donc désormais la double nationalité. Est-ce que vous vous sentez déjà autant Français que Malien ?

Je suis né Malien et j’ai grandi au Mali. J’ai obtenu la nationalité française il n’y a pas longtemps, mais quand même j’aime bien les deux pays et les deux cultures. Je suis content d’avoir la double nationalité. Je rêve de ça depuis mon enfance. Quand je vois mon père qui fait les allers-retours... J’ai dit, pourquoi pas un jour je vais à Paris. Quand je suis venu ici, j’ai été contraint de lutter. C’est vrai, je suis venu très jeune. Mais quand même je n’ai rien laissé. J’ai continué à aller à l’école, j’ai fait mes démarches, j’ai obtenu mon titre de séjour. Et maintenant je suis Français, je suis très content et je suis fier.

Dans votre livre, vous déconseillez aux jeunes Africains de tenter le voyage vers l’Europe. Pourquoi ?

C’est un peu compliqué parce que c’est vrai que les jeunes prennent des bateaux pour venir en Europe. Et aussi c’est un peu la faute à nous immigrants qui sommes en France parce que tu [re]pars en Afrique, tu as les bons bazins, tu mets les bons parfums et tu trompes les jeunes. Mais c’est ça qui donne le courage à d’autres jeunes africains qui disent il faut qu’on découvre la France. Mais moi, je crois que la France ce n’est pas l’époque de nos grands-parents. Maintenant la France, ça a changé. C’est très difficile, même si tu as les papiers, c’est dur. Il y en a qui ont des papiers et qui vivent très mal. Il faut qu’ils comprennent ça. S’il y a des possibilités de rester en Afrique, de travailler, c’est ça qui est meilleur pour eux aussi. Je ne suis pas contre qu’ils viennent en Europe, s’ils ont les moyens de venir... Mais quand même je leur conseille, n’importe quels jeunes qui sont arrivés en France actuellement, ils regrettent mais ils ne peuvent pas retourner. C’est malheureux quand même, c’est très compliqué.

Vous avez créé une association pour venir en aide à votre village. Quels sont vos projets ?

L’association, ça ne se passe pas que dans mon village, c’est partout. Mais quand même, le début de l’association est un peu compliqué. Il faut commencer petit à petit : l'eau, l’électricité, l’école, c’est ça qui est le plus important, la santé surtout. C’est pour ça qu’on est en train de lutter pour l’instant. On compte toujours améliorer et faire avancer nos villages et nos pays.

Vous concluez votre livre sur le rêve d’être un ambassadeur de la fraternité. Vous nous dites « Je ne suis pas un héros ». Mais quelque part, vous avez quand même envie de ce rôle d’exemple ?

Oui, mon rôle c’est symbolique. Dire « un héros », moi ça ne m’embête pas. Ce que je dis, c’est que moi, je ne me considère pas comme un héros. Dans mon cœur, j’ai fait un acte humain, un acte naturel. Continuer à aider tous les jeunes pour s’intégrer et sortir des difficultés. C’est ça qui est mon combat. Je veux continuer pour ça. Je suis quelqu’un de normal, mais quand même depuis l’attaque, je suis connu par rapport à l’attaque. Quand tu es connu, il faut faire quelque chose, il faut continuer à aider parce que ça, ça ne va pas continuer toute ma vie, comme une carrière de football : quand tu finis le football, les gens vont t’oublier. Je vais profiter de faire l’association, de faire des belles choses positives.

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