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Revue de presse française

A la Une : comment faire face ?

Audio 06:19
AFP

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C’est la question centrale ce matin : comment faire face au terrorisme ? « Nous sommes en guerre », a répété Manuel Valls en réagissant aux attentats de Bruxelles.
« La guerre, mais sur quel front ? », s’interroge Libération. « Bien plus que la restriction des libertés publiques, répond le journal, c’est le travail patient des policiers, l’accroissement de leurs moyens, le démantèlement minutieux des filières, l’usage du renseignement humain et l’infiltration des réseaux, de loin les plus efficaces, qui peuvent juguler la menace. C’est d’ailleurs le renseignement humain qui a permis les arrestations les plus importantes de ces dernières semaines. Les déclarations martiales sont compréhensibles. Elles manifestent une détermination nécessaire. Mais elles risquent aussi d’égarer l’opinion. C’est en restant elles-mêmes - tout en renforçant sans hésitation les moyens d’enquête - que les démocraties peuvent gagner, contre l’islamisme, la bataille policière et le combat politique. »

« L’Europe peut-elle se défendre ? », s’interroge en écho Le Figaro.
« Tout porte à craindre, soupire le journal, que le 'millefeuille' de l’UE, appuyé sur vingt-huit capitales aux intérêts contradictoires, ne soit pas mieux armé que le royaume des Belges avec quatre gouvernements et, pour la seule capitale, six corps de police distincts. À l’échelle d’un continent sans frontières, toute faille d’un pays retentit sur tous les autres. L’Europe, déstabilisée par la crise migratoire après sept ans de marasme économique, n’a sûrement pas besoin de cela. Au bout du compte, c’est l’ambition même de soixante ans d’intégration qui se trouve menacée. »

Réarmement pénal

Alors, déjà, s’exclame Le Figaro, il faut un « réarmement pénal : personne ne souhaite, par exemple, voir un jour d’autres Salah Abdeslam retrouver leur entière liberté, une fois leur peine purgée. Alors qu’attend-on, s’interroge le journal, pour instaurer la perpétuité réelle contre les terroristes ? Dans l’état actuel de notre droit, la prison à vie ne s’applique qu’aux assassins de mineurs de moins de 15 ans et de dépositaires de l’autorité publique (gendarmes, policiers…). Son extension aux terroristes est, bien sûr, justifiée. 'Perpète' incompressible et sans aménagement de peine possible, même après trente ans de réclusion. Il faut en faire une règle intangible, martèleLe Figaro, contre tous les lâches qui veulent la mort de notre civilisation. »

« Contre le terrorisme, il faut passer des paroles aux actes », renchérit Le Parisien. « Est-elle gagnable, cette guerre ?, s’interroge le journal. On pourrait en douter, au vu des révélations inquiétantes de l’enquête belge. L’identité des kamikazes de l’aéroport et du métro bruxellois, d’abord : les frères Khalid et Ibrahim el-Bakraoui et Najim Laachraoui. Ce dernier est soupçonné d’être l’artificier des attentats du 13 novembre à Paris, tandis que les deux frères auraient aidé Salah Abdeslam dans sa cavale. Plus de quatre mois après les attentats dans la capitale française, on retrouve donc les mêmes hommes, la même équipe. Pendant tout ce temps, les terroristes ont non seulement réussi à échapper aux policiers mais ont pu en plus préparer leurs attentats, à 300 km de Paris, au cœur de l’Europe. Comment croire, alors, s’exclame Le Parisien, aux promesses et grands discours de l’après-13 novembre, proclamant que cette fois les choses allaient changer, que les polices et les services européens allaient coopérer, que l’angélisme ou les égoïsmes nationaux le céderaient à l’efficacité ? Le sempiternel débat sur le PNR (le fichier recensant les passagers aériens en Europe) montre que rien ou presque n’a vraiment changé. Que l’Europe n’a toujours pas tiré les leçons des attentats de masse. »

Des années !

En tout cas, soupire Le Monde, « nous ne pouvons pas ignorer que le terrorisme va durer. Ce n’est ni jouer les Cassandre ni les apprentis sorciers que de mettre en avant cette réalité : la bataille contre le djihadisme sera longue. Sur la scène européenne, (…) pas d’angélisme : la lutte passe par des moyens accrus pour les services de police et de renseignement. L’efficacité commanderait sans doute une coordination renforcée au niveau européen. Hélas, constate également le quotidien du soir, l’UE, déjà incapable de solidarité face au drame des réfugiés, est dans une phase régressive, ce qui la rend plus vulnérable encore. Mais le djihadisme européen, même s’il a des causes endogènes, se nourrit aussi du chaos moyen-oriental, relève encore Le Monde. L’extinction du terrorisme chez nous passe par le règlement des tragédies syrienne et irakienne. Là encore, il faut sans doute compter en années. Là encore, en dépit de la part de responsabilité qu’ont pu avoir les Occidentaux dans les drames en cours, l’Europe est absente. Elle n’existe pas en tant qu’acteur aux côtés des Etats-Unis et de la Russie, ou si peu. Elle a montré son inaptitude à la moindre vision stratégique, au Moyen-Orient et ailleurs. Cela ajoute à sa vulnérabilité. »

Garder l’envie de rêver le monde…

Dans l’immédiat, « comment réagir à une telle barbarie ? » : c’est la question que La Croix a posé à plusieurs personnalités belges.

Pour François Schuiten, auteur de bandes dessinées, « le monde est de plus en plus complexe et l’Europe n’est pas capable d’accompagner cette complexité. Manque une vision pour sortir d’un tel chaos. Penser que ce qui arrive en Syrie ne nous touchera pas est illusoire. J’ai toujours considéré que j’habitais à deux rues de la Syrie. Mais il faut éviter le repli, garder l’envie de rêver le monde. »

Pour l’écrivaine Collette Nys-Mazure, « notre premier réflexe doit être de creuser le sillon de la culture. Il faut continuer à nous rencontrer, à nous parler pour ne pas devenir des ennemis. La poésie face à ces drames ne doit pas être un refuge. Certainement pas ! Mais un ancrage. »

Autre personnalité belge, Gabriel Ringlet, universitaire et écrivain : « je suis convaincu, dit-il, que l’Union européenne n’a d’avenir que si elle place en priorité les dimensions culturelles et sociales. Le piège pour les Européens serait de tomber dans le tout-sécuritaire. »

Enfin, toujours cités par La Croix, ces propos du Belge Bernard Foccroulle, directeur du Festival d’Aix-en-Provence : « les politiques de sécurité devront impérativement être complétées d’un volet ambitieux sur le plan social, éducatif et culturel, affirme-t-il. Culture et éducation forment deux piliers d’un travail de reconstruction en profondeur : l’éducation parce qu’elle combat l’ignorance qui est le fondement de la barbarie, la culture parce qu’elle encourage l’ouverture à l’autre, la pratique artistique parce qu’elle accroît notre humanité. (…) Ce sera long, difficile, éprouvant, conclut Bernard Foccroulle. Mais nous n’avons pas le choix, à moins de tomber nous-mêmes dans la barbarie. »

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