Accéder au contenu principal
Invité Afrique

Arrestations, torture, impunité: la ministre de la Justice du Burundi répond aux accusations

Audio 05:12
Au Burundi, à Bujumbura, la contestation d’abord pacifique a fini par devenir violente face à la répression et au durcissement du pouvoir.
Au Burundi, à Bujumbura, la contestation d’abord pacifique a fini par devenir violente face à la répression et au durcissement du pouvoir. REUTERS/Jean Pierre Harerimana

 Au Burundi, cela fait maintenant un an que le pays est plongé dans une violente crise politique née de la volonté du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat. La contestation d’abord pacifique a fini par devenir violente face à la répression et au durcissement du pouvoir. Une répression maintes fois dénoncée par les ONG internationales de défense des droits de l’homme telles que Human Rights Watch, Amnesty International mais aussi par les Nations unies. Outre les nombreuses vies humaines perdues au cours de cette année, les rapports font état d’arrestations arbitraires, de centaines de disparus mais aussi d’un usage massif de la torture dans les lieux de détention. Face à ces accusations, les autorités burundaises répondent qu’il s’agit de mensonges et de manipulations visant à déstabiliser le pays. Aimée-Laurentine Kanyana est la ministre burundaise de la Justice. Elle répond aux questions de Carol Valade.

Publicité

RFI : Un décret présidentiel qui a été promulgué fin 2015 annonçait libération de 2 000 détenus. Où en est-on ?

Aimée Laurentine Kanyana : Pour le moment, on est à 1 800 prisonniers déjà libérés.

Néanmoins, cette grâce ne concerne que des personnes déjà condamnées à des peines inférieures à cinq ans. Elle ne concerne donc pas les personnes interpellées lors des manifestations l’an dernier qui seraient, selon les ONG de défense des droits de l’homme, plusieurs centaines aujourd’hui à attendre leur jugement ?

Peut-être que parmi ceux-là, certains ont bénéficié de la mesure parce qu’il n’y a pas de discrimination. Ça dépend de l’infraction. D’après les rapports que nous avons, tous les dossiers en rapport avec le mouvement insurrectionnel sont traités avec sévérité. Je crois que 80 ou 90% des dossiers ont été clôturés.

Récemment dans un rapport, l’ONG Human Rights Watch accuse la justice burundaise de partialité, et surtout, de passer systématiquement sous silence les crimes commis par les forces de l’ordre. Que pensez-vous de ces accusations ?

Moi, je crois vraiment qu'il s'agit de rumeurs qui se racontent ici et là pour ternir l’image de la justice burundaise. Je sais que dans les prisons, on trouve des personnes en provenance de toutes les couches de la population. Il n’y a pas d’impunité. Je sais qu’il y a des membres des corps de défense et de sécurité qui ont été appréhendés pour avoir commis des crimes.

A ce sujet justement, il y a une plainte qui a été déposée auprès de la Cour pénale internationale contre le procureur général du Burundi pour entrave à la justice ?

[Concernant les] plaintes qui ont été déposées devant la Cour pénale internationale, on ne l’apprend que par le biais des médias. En tant que gouvernement du Burundi, on n’a pas encore eu un document officiel.

Les ONG de défense des droits de l’homme, qui ont visité les lieux de détention au Burundi, font état d’un usage massif de la torture. Est-ce que vous êtes au courant d’un tel problème ?

Il faut que nous puissions avoir des informations claires, des informations fiables, qui permettent de contrôler si c’est vraiment la réalité. Mais à ma connaissance, les prisons du Burundi sont parmi les prisons qui offrent les meilleures conditions aux prisonniers, en Afrique du moins.

Il n’y a pas que les ONG. La semaine dernière, l’ONU s’est dite très inquiète de ces cas de torture ?

Je crois que les Nations unies ne sont pas vraiment de mauvaise foi : on va leur donner des preuves sur la vraie situation qui prévaut dans nos prisons. Il n’y a pas de lieu inaccessible aux observateurs des droits de l’homme.

Aujourd’hui certains pensent que le Service national de renseignements a pris une importance trop grande au Burundi, qu’il est presque hors de contrôle. Qu’est-ce que vous leur répondez ?

Je crois que ce sont des mensonges parce que le Service national de renseignements est une police parmi tant d’autres. Et la police est toujours encadrée par le ministère public qui relève du ministère de la Justice.

Il y a un autre point qui inquiète les ONG, ce sont ces centaines et centaines de disparitions, notamment de personnalités politiques ou associatives. Que pensez-vous de ce phénomène ?

Etant donné que ceux qui avancent des chiffres de personnalités présumées disparues, ne peuvent pas vous dire, c’est madame X, c’est monsieur Y, ce sont des rumeurs. En tout cas en grande partie, on constate que ce sont des rumeurs. Je crois que parfois, des gens disent que quelqu’un a disparu alors qu’il a pris le chemin de la rébellion. L’ampleur du problème n’est pas celui qu’on raconte.

X ou Y : ces lettres, on pourrait les remplacer par des noms, comme par exemple Marie-Claudette Kwizera, la trésorière de la ligue Iteka, ou Hugo Haramategeko [président du parti Nouvelle alliance pour le développement du Burundi (Nadebu) ; Ndlr]. Sait-on où ils se trouvent aujourd’hui ?

Vous parlez de qui ?

Marie-Claudette Kwizera.

[D'accord]. Si on dit que Marie-Claudette est disparue (cela a été dit), au niveau du parquet, on a ouvert un dossier d’information pour savoir, pour continuer à chercher aussi. Donc, si ce n’est pas le gouvernement qui a fait disparaître Marie-Claudette, il ne peut pas savoir où elle est. Une enquête est en cours. Nous devons continuer à la chercher. Nous avons l'espoir qu’elle retourne dans sa famille.

C’est également le cas pour Hugo Haramategeko ?

[A son sujet] aussi, on a ouvert un dossier, comme celui de Marie-Claudette. On continue à chercher.

NewsletterAvec la Newsletter Quotidienne, retrouvez les infos à la une directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.