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Invité Afrique

Yves Ayong: l’exécutif camerounais «peut faire mieux et doit mieux faire»

Audio 05:26
Yves Ayong.
Yves Ayong. RFI/Laurent Correau

L’Etat du Cameroun ne fait pas assez pour ses populations et doit être réformé. Pour une fois, le diagnostic ne vient pas d’un opposant mais d’un membre du système. Yves Ayong, un homme habituellement discret, réputé avoir l’oreille du président Biya, est sorti ces derniers jours du silence en publiant, sur son blog, une analyse critique du fonctionnement actuel du pouvoir camerounais. Que reproche-t-il à ce pouvoir ? Qui est responsable ? Yves Ayong est ce matin l’invité de Laurent Correau.

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RFI : Vous publiez sur votre blog un texte qui se veut un électrochoc après le drame, survenu le 12 mars, de Monique Koumate, 31 ans, et de ses bébés, qui avaient provoqué une large émotion au Cameroun, une femme morte en couches, une césarienne improvisée pour essayer de sauver ces bébés. Et vous écrivez donc que cette femme est « le miroir de l’état actuel de notre société ». Quel est justement l’état actuel de la société camerounaise ?

Yves Ayong : Vous savez, une femme qui meurt dans ces conditions révèle quand même une forme d’impuissance. Et la mort de cette jeune dame, tout le monde s’y est vu. Tout le monde a vu une tante, un oncle, mourir de cette façon. La société camerounaise est en attente : peur de l’avenir, peur du quotidien. Et cette affaire, c’est aussi les accidents de la route, c’est aussi le quotidien. Il est totalement impensable qu’un pays qui a les moyens – c’est un grand pays le Cameroun –, que la population erre à longueur de journée, une partie d’entre elle, mais c’est déjà trop, à la recherche de l’eau alors que l’on a le deuxième réseau hydraulique d’Afrique. Mais l’eau, c’est le développement. Il n’y a pas de développement, je dis il n’y a pas de développement durable, développement tout court, sans eau, sans énergie.

Qui est responsable de cette situation. Jusqu’à quel niveau hiérarchique, il faut situer les responsabilités ?

Je dirais que nous sommes tous responsables. Mais l’Exécutif peut faire mieux et doit mieux faire.

Et pourquoi il ne fait pas mieux cet Exécutif ?

Je pense qu’il y a beaucoup de volontarisme, ça on ne peut pas le nier, plusieurs ministres sont tout à fait volontaires et actifs. Mais il y a une sociologie de fond qui fait de la performance un objectif secondaire. Il y a tellement d’énergie dépensée à conquérir un poste que, quand on y arrive, pour beaucoup, ils sont déjà dans un état de fatigue. Après il faut pouvoir jouer les postures nécessaires, on est épuisés. Quand on en sort, c’est souvent pour consacrer le minimum d’énergie qui reste à essayer de revenir. Mais la cité, la population, la masse, la jeunesse, les objectifs fondamentaux de ce pays ne sont absolument pas dans cette démarche.

Est-ce que vous sentez également un comportement de prédation au sein de cet Exécutif camerounais ?

Il y a toujours une attitude qui laisse place à une certaine prédation. Mais aujourd’hui, il y a eu quand même un certain nombre de mesures pour lutter contre cet aspect. Donc on remarque une forme de recul, une forme de peur parce qu’il y a des mesures qui sont quand même très répressives.

Vous avez le sentiment qu’il y a moins de corruption à l’heure actuelle ?

J’ai le sentiment qu’il y a beaucoup d’efforts pour que cette corruption baisse, mais j’ai aussi le sentiment que c’est un combat très difficile.

Quelle est la part du président Paul Biya dans cette situation ?

Il est de bon aloi de mettre en responsabilité les personnes en première place dans ce pays. Mais je serais infiniment plus nuancé. Je pense que le cap déterminé par le président de la République à chaque fois était de mon point de vue - et c’est une approche personnelle-, le bon cap, c’est qu’il a toujours « bugger ». Et ce qui continue à « bugger », c’est la capacité pour l’Exécutif qu’il réunit à pouvoir porter ce besoin de construction de modernité. Quand vous rencontrez le président en privé, il voit très bien que le développement à sa base est plombé et que les besoins d’émergence en 2035 jamais. Dans ces conditions, il faut qu’on soit au travail et on ne sera pas à 4,5 de croissance, on sera à 10 points de croissance parce que notre pays est un pays qui est potentiellement. Il faut faire une croissance à 2 points avec une répartition intelligente en termes d’infrastructures, d’éducation, et devenir une référence dans cet espace.

Si c’est l’Exécutif qui est responsable, qu’est-ce qu’il faut faire pour sortir de l’impasse ?

Il faut, de mon point de vue, qu’on réforme quand même les institutions pour que la capacité à rendre des comptes, au sens le plus concret du terme, soit accentuée. La posture, c’est terminé. Il faut se mettre au travail. Il va falloir passer à une étape de mon point de vue sans doute un peu plus coercitive que le quotidien un peu passif et poussif qui habite beaucoup de nos administratifs.

Dans le texte que vous publiez sur votre blog, vous évoquez beaucoup de choses : une nouvelle vision de la décentralisation, la réforme de la fiscalité, le retour à la conscription militaire. Mais vous ne dites rien de la justice. Est-ce que ça veut dire que pour vous, tout va bien dans le système judiciaire camerounais ?

Non, absolument pas. Avec des moyens, avec une forme de démocratie interne entre l’Exécutif et le judiciaire, ce n’est pas le secteur sur lequel il sera le plus difficile de sur motiver pour aller vers une efficacité globale.

Alors il y a des problèmes lourds au sein de la justice camerounaise. RFI en est notamment victime avec le cas d’un de ses correspondants en langue haoussa au Cameroun, Ahmed Abba, qui est en détention depuis 9 mois, alors que son dossier est vide. Comment vous réagissez à cette détention ?

Notre justice, comme notre pays, n’a aucune raison de s’attarder sur le cas cette personne si, sur le fond, il n’a fait que son travail ou quelques confusions. Donc j’ai confiance en la justice et je ne peux souhaiter que la décision de la justice sur le fond permette à ce monsieur de continuer son travail qui a l’air d’être une passion.

Vous êtes un homme qui est réputé pour avoir l’oreille du président. Est-ce qu’avec ce blog, vous changez de statut ? Est-ce que vous passez du statut que certains décrivent comme conseiller au statut d’opposant ?

Je ne suis ni conseiller, ni opposant. Je suis Camerounais. J’ai par bonheur la capacité à pouvoir fédérer un certain nombre d’initiatives de pensées. Je vais passer au statut qui est celui qui m’est le plus cher : celui d’être une force de propositions.

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