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Revue de presse française

A la Une: Alep, agonie en direct

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AFP

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Saisissante, la première page de Libération ce matin. Une page blanche ; en haut, le logo du journal en noir et blanc ; et au milieu, ce titre, en forme d’épitaphe : « Ci-gît Alep ». En effet, précise Libération, « après un mois de bombardements incessants, la deuxième ville syrienne est en passe d’être reprise par l’armée d’el-Assad et ses alliés. Un plan d’évacuation des civils et rebelles devait débuter ce mercredi matin. »

Et Libération de dresser ce constat : « Les rebelles d’Alep ont perdu. Ils étaient, hier soir, acculés dans les ruines des quartiers est, retranchés dans un réduit de quelques kilomètres carrés. Les soldats du régime de Bachar el-Assad et leurs supplétifs libanais, irakiens, afghans et iraniens les encerclent et avancent. Leur victoire ne fait aucun doute. »

« Et il reste plusieurs dizaines de milliers de civils dans les quartiers d’Alep-Est, pointe Libération. Depuis lundi, ceux qui le peuvent postent des messages d’adieux sur les réseaux sociaux et les messageries. » Voici l’un de ces messages publiés par le journal : « Nous sommes encerclés de toutes parts, plus rien ne peut nous sauver. La mort tombe du ciel. Souvenez-vous qu’il existait une ville appelée Alep, et que le monde l’a effacée de la carte et de l’histoire. »

Dans son éditorial, Libération hausse le ton : « C’est une ignominie à laquelle on assiste en direct. Beaucoup d’images, prises à hauteur d’enfants. Ou de drone. Et retransmises en mondovision via les réseaux sociaux. Car le long calvaire des civils d’Alep, coincés entre les soldats d’el-Assad et ses alliés miliciens, déchiquetés par les bombes russes et syriennes d’une part, et ce qui reste des rebelles d’autre part, ne se vit pas à huis clos, loin de là. »

« Cela fait maintenant près de sept ans qu’Internet accompagne les révolutions, de l’Iran à l’Egypte, ajoute Libé. Depuis plusieurs mois, à Alep, le réseau accompagne la révolte syrienne vers son tombeau. Ces dernières nuits, de comptes Twitter en comptes Twitter, nous, spectateurs impuissants, cherchions à mesurer ce qui restait encore de la vie. A nous frayer un passage entre les morts, à ne pas tomber dans les nombreux pièges des rumeurs et des semblants de vérité, à écouter les cris les SOS qui se fracassent contre le silence du cadavre de la communauté internationale. »

Echiquier majeur

En effet, soupire également Le Figaro, « la chute d’Alep offre des images terribles de civils pris au piège d’une offensive d’une brutalité extrême. Et l’on redoute des représailles sanglantes dans le sillage de la conquête. Criminelles, elles ne feraient que creuser le fossé de sang qui divise le pays. »

Le Figaro qui pointe le fait que « la Syrie, encore plus que l’Irak, est la clé de ce qui va se passer dans la région et même au-delà. Parce qu’elle est un théâtre de compétition entre acteurs politiques locaux, entre minorités, entre puissances régionales, entre grands de ce monde, entre chiites et sunnites… Sur cet échiquier majeur, les Occidentaux ont de facto laissé la main aux Russes, constate encore Le Figaro. Ce sont eux qui détiennent les cartes des négociations politiques qui un jour reprendront. Ils auront leurs hommes, leurs exigences. Pour Poutine alors, une autre partie commencera. Avec dans l’équation une nouvelle inconnue, Donald Trump. »

Le précédent yougoslave

Le Monde, pour sa part, se souvient avec horreur ce qui s’est passé dans l’ex-Yougoslavie dans les années 1990 et fait le lien avec Alep. « La chute d’Alep, qui ne s’est accompagnée d’aucun plan de protection des civils, va être suivie d’une épuration politico-confessionnelle du type de celles observées dans les années 1990 en ex-Yougoslavie », écrit Le Monde.

« Déjà, s’alarme Le Monde, on parle de camps de regroupement pour les femmes et les enfants, et de disparitions en masse des hommes de moins de 40 ans. Terrible réminiscence. Mais alors que l’enjeu de sécurité - sans même parler de morale - est aussi grand qu’en ex-Yougoslavie pour les Occidentaux, ceux-ci sont restés, cette fois-ci, spectateurs effarés du drame. Alep aura été l’un des tombeaux du droit international, de l’ONU, du minimum de décence et d’humanité. »

Le Monde écrit encore : « Tout comme la chute de Srebrenica a été un tournant dans la guerre de Yougoslavie, la dernière ignominie qui a fini par réveiller la communauté internationale, celle d’Alep marquera un tournant aussi. Mais il n’y a rien de bon à en attendre, soupire encore le quotidien du soir. Et ceux qui jugent utile de s’en accommoder risquent de subir pendant longtemps les conséquences de l’ordre ignominieux qui vient de triompher à Alep. »

De nouveaux massacres ?

L’Est Républicain pointe la responsabilité écrasante de Bachar el-Assad : « Le président syrien a mis en couveuse les barbus de Daech tout en conviant les chiites iraniens et ses alliés russes à transformer son pays en champ de ruines. En la matière, les Russes excellent. Avec les Tchétchènes, ils ont rôdé leur théorie de la vitrification. En février dernier, Homs, troisième ville du pays, a déjà connu l’apocalypse. C’est donc au tour d’Alep de subir cette étrange politique de pacification par le néant. L’immoralité monstrueuse de ces bourreaux n’a d’égal que les cris d’orfraie des chancelleries occidentales. »

Pour L’Union, on n’est sans doute pas au bout de l’horreur. « Sauf à accepter de discuter avec Bachar, ce n’est pas fini, estime en effet le quotidien champenois. La trêve sera éphémère. Tant que les rebelles seront alimentés en armes et que les diplomates continueront à pondre des communiqués incantatoires, les massacres se poursuivront, et l’indignation aussi. »

Impuissance…

En effet, pour la chercheuse Manon-Nour Tannous, interrogée par Libération, la chute d’Alep est un tournant majeur pour l’opposition modérée mais est loin de signer la victoire du régime. « El-Assad ne reconquiert que des régions qui sont ensuite vidées de leur population, comme à Homs en 2014, constate Manon-Nour Tannous. La reconquête plus large ne pourra se faire qu’avec de nouveaux massacres. La réconciliation, comme la reconstruction, semblent bien hypothétiques. »

Enfin, à la question, quelles leçons pour l’après-Alep ? La chercheuse répond : « Le seuil de violence atteint, sans réelle réaction, influera sur les prochaines crises régionales. Ajoutons l’impuissance totale de l’ONU et du système post-1945 créé pour prévenir les guerres et maintenir la paix. La France milite, signe de son impuissance, pour que le droit de veto soit interdit en cas de crime de guerre ou contre l’humanité. Mais comment les déterminer ? Par quelles instances ? On se retrouve dans une faille béante de notre système mondial de régulation des conflits. »

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