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La semaine de

Pour en écrire une nouvelle, tourner la page

Audio 05:00
Laurence Ndong lors d'une conférence-débat intitulée « Multinationales & Démocratie Afrique »
Laurence Ndong lors d'une conférence-débat intitulée « Multinationales & Démocratie Afrique » Laurencendong.com

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Xavier Besson : « En Afrique comme ailleurs, il n’y a pas de démocratie sans alternance ». Tel est le titre du Rapport de la campagne « Tournons la page » sur l’alternance démocratique. Mais, davantage que du rapport lui-même, c’est du visage qui l’incarne, en ce mois de mai, que vous nous parlez aujourd’hui.


Tournons la page, certains auditeurs de RFI le savent, évolue comme une Association. Elle a vu le jour le 15 octobre 2014. Cette date, qui passerait comme une quelconque autre dans nombre d’oreilles, prend une toute autre signification pour ceux qui se remémorent que c’est le vingt-septième anniversaire, jour pour jour, de l’assassinat de Thomas Sankara. Les dizaines d’intellectuels, d’artistes et d’associations d’Afrique et d’Europe qui en ont eu l’initiative ne l’ont donc pas choisie par hasard. Et puisque le destin sert parfois royalement certaines causes, dans les deux semaines qui ont suivi la naissance de Tournons la page, le régime de Blaise Compaoré, tombeur de Sankara, est tombé à son tour. Comme pour véritablement tourner cette page-là, et en écrire une nouvelle, et elle est en cours, depuis, au pays des hommes intègres.

Ces derniers jours, Tournons la page a pris, sur les réseaux sociaux, le visage d’une jeune dame. Qui se présente comme originaire du Gabon, et avance à visage découvert. Elle se prénomme Laurence.

Elle a saisi l’occasion de la campagne présidentielle, en France, pour asséner quelques vérités, qui partent de son pays, pour englober le continent. Ce qui ne va pas sur le continent. Ce qui ne va pas dans les rapports qu’entretiennent certaines nations occidentales avec le continent…

Quel est, concrètement, son message ?


Pour commencer, et à ceux qui lui disent, à elle et à ses concitoyens, de rentrer chez eux, elle rétorque ceci : « Il y a toujours eu plus de Français au Gabon qu’il n’y a de Gabonais en France. Autrefois, lorsque les Gabonais venaient étudier en France, ils repartaient systématiquement chez eux, à la fin de leurs études. Aujourd’hui, ils ne retournent plus dans leur pays. Ils ne rentrent pas ! Et pourtant, poursuit-elle, chez nous, on a le soleil, on a les cocotiers. Le même soleil et les mêmes cocotiers pour lesquels la multitude, en France, débourse parfois des sommes exorbitantes, pour aller faire du tourisme et bronzer un peu. Mais nul n’émigre de gaité de cœur », dit-elle.
« Nous, dit-elle, on voudrait bien rester dans nos pays. Mais il faut vivre, et pour vivre, il faut que les pays se développent. Or, nous savons, tous, qu’il n’y a pas de développement sans démocratie ».

Et de dénoncer les oligarchies, qui pillent les pays africains. Elle revient, ici, à « son » Gabon : pays riche, avec seulement 1,5 million d’habitants, mais, dit-elle, avec 35 % de chômeurs.
C’est ici que Laurence nous ramène au mot d’ordre du rapport de la Campagne Tournons la page sur l’alternance démocratique : « Le temps est venu pour les peuples de prendre leur destin en main ». Et cela ne sera possible qu’en démantelant les pièges tendus par les intérêts familiaux et autres, pour prendre en otage les populations. Le drame des peuples, c’est lorsqu’une seule famille pille, depuis un demi-siècle, votre pays, dans des systèmes organisés autour de l’accaparement du pouvoir et des richesses, au profit des dirigeants et de leur clientèle, mais aussi au profit d’États et d’investisseurs étrangers.

Tournons la page sait agencer les formules pour frapper l’esprit, l’imagination. Saviez-vous, par exemple, que 88 % de Togolais ont vu le jour, alors que leur pays était tenu par les Gnassingbé ? Que 87 % de Gabonais sont nés sous les Bongos ? 78 % d’Angolais sous Dos Santos ? 76 % de Camerounais sous Biya ? Ou encore 69 % de Congolais de Brazzaville sous Sassou Nguesso ?

Les jeunes Africains n’ont même plus le droit de rêver, et certains, privés de toute perspective, se jettent dans le Sahara, dans la Méditerranée, ou dans les bras des recruteurs djihadistes.

Les pourcentages que vous venez de donner sont-ils bien la proportion de la population qui a vu le jour alors que ces dirigeants ou leurs ascendants étaient au pouvoir ?


C’est bien cela.

En fin de compte, que demande Laurence ? 


Elle ne demande rien. Mais elle promet le réveil des peuples. Et le modèle, c’est ce qu’ont réussi les mouvements citoyens au Sénégal et au Burkina.

 

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