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Invité Afrique

Maroc: Khalil Mounji et la renaissance des musiques gnaoua

Audio 05:52
Affiche du 20è Festival Gnaoua à Essaouira au Maroc.
Affiche du 20è Festival Gnaoua à Essaouira au Maroc. festival-gnaoua.net

La ville d'Essaouira au Maroc a organisé début juillet la 20e édition de son festival consacré à la musique gnaoua, une musique ancestrale née chez les esclaves du Sahel et du Sahara et très répondue aujourd'hui au Maroc. Plusieurs associations s'activent dans ce pays pour préserver cette musique parfois mal perçue dans la société. Khalil Mounji, fondateur de l'association Gnaouaculture, est l'un de ces acteurs. Il est l'invité de RFI.

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RFI : Khalil Mounji, vous êtes à la tête d’une association au Maroc qui veut promouvoir la musique gnaoua. Comment comptez-vous faire ?

Khalil Mounji : Nous sommes un ensemble de jeunes déjà spécialisés dans les métiers de la communication et les nouvelles technologies. Donc nous essayons de déployer nos compétences pour les Gnaouas, pour la culture gnaoua. Pour la préserver et la promouvoir. Donc c’est surtout avec nos compétences professionnelles qui sont la communication et les métiers du digital.

Vous parlez d’une culture gnaoua. Qu’est-ce que ça veut dire, cette culture ?

C’est une culture qui nous est venue d’Afrique il y a longtemps – d’Afrique subsaharienne – qui a évolué un peu au Maroc. Mais avant le festival d’Essaouira il y a une vingtaine d’années, cette culture était en déclin. Elle était repoussée par les Marocains. Repoussée et ignorée. La société a longtemps repoussé cette musique.

Mais à partir du lancement du festival d’Essaouira cette culture est sortie des maisons. Maintenant ça se joue aussi dans des scènes, des festivals, des soirées de gala, des restaurants… Il y a vingt ans ça ne se jouait pas à l’extérieur d’une maison. Depuis le festival, c’est en même temps une épée à double tranchant. Ça a aidé cette culture à sortir, mais ça n’a pas fait sortir toute la culture. Ça n’a fait sortir que la musique.

Et quels sont les autres aspects de cette musique ?

C’est de la musicothérapie. C’est une musique qui soigne dans son usage dans le rituel : la lîla. Dans un festival ce n’est pas la même chose. Dans un festival c’est juste une musique de divertissement, de folklore pour que les Gnaouas dansent… Mais dans la lîla c’est des gens qui sont souffrants. Alors les gens qui viennent danser sont des initiés, des adeptes à cette culture.

Donc c’est un vrai usage. C’est un usage thérapeutique. Ceux qui jouent des instruments ne considèrent pas ça comme de la musique. Ils considèrent ça comme du travail. Quand un Ganoua dit qu’il va jouer dans une lîla il ne dit pas qu’il va jouer. Il dit qu’il va travailler. C’est comme de l’artisanat en fait. C’est pour ça d’ailleurs qu’on appelle le maître « maâlem ». C’est de l’artisanat.

Une des idées derrière la création de votre association était d’essayer de montrer cette diversité, cette richesse de la scène gnaouie au Maroc ?

L’idée qui était derrière la création de notre association Gnaoua Culture c’est de défendre cette idée qu’il y a des Gnaouas dans les milieux urbains qui sont plus connus et qui ont un style différent et développé des autres villes. Dans toutes les villes il y a des Gnaouas. Pas qu’à Essaouira et Marrakech. A Tanger il y a des Gnaouas, à Casablanca il y a des Gnaouas… Et qui ont développé leur propre style.

Parlez-nous de cette application que vous avez créée.

L’application qu’on a sortie qui s’appelle Play Guembri c’est un exemple pour nous de banalisation de cette culture, sa proximité avec les gens. On pense qu’avec l’application on a encore rapproché cette culture des gens.

Alors vous, votre rôle c’est de faire exister cette musique sur la toile encore plus ?

Oui, effectivement. C’est de la rapprocher des gens, même des plus jeunes parce que ça commence par les enfants.

Qui sont les personnes ciblées par cette application ?

La première cible c’était les Gnaouas. Chez les Gnaouas il y a beaucoup de jeunes musiciens aujourd’hui. L’application leur est venue en aide. Ils ont pu accorder leurs Guembris, pour découvrir les notes. Comme la culture gnaoua est une culture qui est orale – ça n’a pas été transcrit, ça n’a pas été écrit – on a essayé aussi d’écrire les notes parce que la majorité des Gnaouas qui jouent ne connaissent pas le système do-ré-mi-fa-sol-la-si-do. Ils ne jouent pas avec un système de musique. Ils connaissent les notes, mais ils ont des noms qui ont été donnés par les Gnaouas.

Donc avec l’application on a essayé aussi d’écrire ces notes-là. Aujourd’hui les Gnaouas quand ils ont besoin de faire une fusion avec d’autres musiciens, avec d’autres instruments comme la guitare ou le piano, ils sortent l’application Play Guembri. Ça leur a facilité la tâche.

La deuxième cible c’est les gens qui ne sont pas Gnaouas. C’est les gens qui ont toujours rêvé d’avoir un Guembri à la maison ou rêvé d’écouter le Guembri. C’est vrai que c’est difficile, ce n’est pas évident avec un téléphone de jouer un morceau gnaoua avec l’application, mais c’est destiné aux gens qui veulent juste découvrir les notes et entendre les sonorités du Guembri.

Votre association d'archiver la musique des Gnaouis qui n’a pas été vraiment enregistrée jusqu’à aujourd’hui. Elle appartient toujours au domaine de l’oral, cette musique.

En fait sur notre site on a relancé un web radio, mais qui a un sens, une cause derrière. C’est l’archive du patrimoine. C’est un web radio, en même temps qu’un patrimoine de cette culture. Comme c'est une tradition orale, il y a beaucoup de « maâlems » gnaouas qui disparaissent, qui meurent, qui n’ont pas laissé de trace, malheureusement. Ils n’ont pas eu les moyens d’enregistrer des CD, n’ont pas eu les moyens de faire la distribution. Donc sur le site on travaille aussi sur cette archive-là.

Cette année on essaie de travailler en collaboration avec le festival d’Essaouira qui nous ont aussi fourni les différents enregistrements qu’ils ont pu réaliser pendant ces années. C’est une sorte de promotion de cette culture, mais c’est une archive pour eux. C’est une documentation en fait, parce qu’il n’y a pas que la musique, le plus important c’est le classement qu’on veut faire. C’est un classement explicatif.

Chaque région a ses Gnaouas, son style de chant, son style de jeu de Guembri, son style de danse, qui est totalement différent de l’autre. Donc chaque Gnaoua a sa spécificité, son style. Ça aussi, on essaie à travers la web radio de l’expliquer aux gens.

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