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Chronique des matières premières

Le poulet européen fâche l'Afrique

Audio 01:52
Un marchand de volailles sur un marché de Ouagadougou.
Un marchand de volailles sur un marché de Ouagadougou. AFP/Sia Kambou

Une guerre du poulet va-t-elle s'engager entre l'Afrique et l'Union européenne ? En tous cas le torchon brûle entre les partenaires. Les producteurs africains accusent leurs homologues européens d'innonder le continent de cuisses de poulet à bas prix, au détriment des filières locales.

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Les agriculteurs européens doivent-ils apprendre à balayer devant leur porte ? On serait tenté de le croire. Car alors qu'ils dénoncent à cor et à cri les accords de libre-échange avec l'Amérique latine qui feraient peser le risque de voir l'Europe innondée par la viande argentine ou brésilienne, ces mêmes agriculteurs ne se privent pas d'écouler leurs poulets en Afrique subsaharienne, sans s'inquiéter le moins du monde des dégâts causés aux filières locales.

Depuis quelques années en effet, le poulet européen gambade allégrement dans les savanes africaines. En 2003, 27 % des exportations de volaille européenne volaient vers l'Afrique. Aujourd'hui, ce chiffre atteint près de 50 %. Et c'est en particulier la Pologne qui en tire les bénéfices. Car la filière volaille polonaise est devenue l'une des plus dynamiques d'Europe. C'est de surcroît une véritable machine à exporter. De 2010 à 2016, les exportations de poulet polonais vers l'Afrique ont été multipliées par quatre.

Ce dynamisme européen se double d'une redoutable capacité d'adaptation. Ainsi, lorsque l'Afrique du Sud décide fin 2016 d'interdire les importations de poulet, les exportateurs européens se ruent en quelques semaines sur de nouveaux marchés, Congo, Ghana, Gabon ou encore Liberia. Le poulet européen se vend bien parce qu'il est bon marché. Au Ghana, il est trois fois moins cher que le poulet local dans le commerce de détail. Mais du coup, le Ghana a perdu une partie de sa filière volaille et détruit de nombreux emplois.

La déferlante européenne risque d'être encore plus incontrôlable lorsque les APE, les Accords commerciaux Europe-Afrique qui vont succéder aux accords de Cotonou entreront en vigueur dans deux ans. C'est pourquoi certaines voix réclament une prise en compte des filières agricoles locales dans ces accords. Pour l'heure les producteurs européens font mine de ne pas voir ces contradictions. Ils vendent leur poulet et font la politique de l'autruche. 

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