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Revue de presse Afrique

A la Une: le rapprochement spectaculaire entre l’Ethiopie et l’Erythrée

Audio 04:42
Le ministre des Affaires étrangères érythréen Osman Saleh (à droite) et Abiy Ahmed (à gauche) le 26 juin 2018 à Addis-Abeba.
Le ministre des Affaires étrangères érythréen Osman Saleh (à droite) et Abiy Ahmed (à gauche) le 26 juin 2018 à Addis-Abeba. AFP/Yonas Tadesse

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« A l’heure où l’Afrique fait parler d’elle pour ses conflits interminables, l’Éthiopie et l’Érythrée ont enterré la hache de guerre, ce dimanche 8 juillet », s’exclame Le Point Afrique. Avec cette « rencontre historique » à Asmara entre le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le président érythréen Isaias Afwerki. « Les plus hauts dirigeants des deux pays ne s’étaient pas retrouvés depuis près de vingt ans. […] “Nous nous sommes mis d’accord pour la reprise du trafic aérien et naval, pour la circulation des personnes entre nos deux pays et la réouverture des ambassades”, a déclaré le Premier ministre éthiopien. Le sommet de dimanche, rappelle Le Point Afrique, fait suite à l’annonce par Abiy Ahmed, le mois dernier, de la volonté de l’Éthiopie de céder à l’Érythrée un territoire frontalier disputé qu’elle occupe toujours malgré un jugement d’une commission indépendante internationale soutenue par l’ONU datant de 2002. Le refus de l’Éthiopie continuait de bloquer les relations bilatérales, bien que les deux frères ennemis aient mis fin aux hostilités après une guerre qui les a opposés entre 1998 et 2000 et fait quelque 80 000 morts. »

L’influence américaine

Aujourd’hui à Ouagadougou n’en revient pas : « qui aurait parié, il y a quelques semaines, à un dégel à vitesse grand V entre l’Ethiopie et l’Erythrée, aurait été pris au mieux pour un rêveur, au pire pour un fou. » Pourquoi ce revirement soudain ? Pour le quotidien ouagalais, Isaias Afwerki n’en pouvait plus de la chape de plomb onusienne et la visite à Asmara le 25 avril dernier d’un missi dominici de Donald Trump, Yukio Yamamoto, n’a pas été le fait du hasard : « “je t’aide à lever les sanctions onusiennes, tu te réconcilies avec l’Ethiopie, et j’ai les mains libres sur la mer rouge pour soutenir la famille Saoud contre le Yémen”, aurait pu avoir dit l’envoyé spécial américain. » En effet, poursuit Aujourd’hui, « les Américains et les Saoudiens, puissances tutélaires (avec la Chine) de la région auraient donc pesé lourd dans la balance pour ce rapprochement. Sans oublier, l’autre puissant voisin, l’Egypte, mécontent du barrage Renaissance éthiopien qui assèche le Nil et qui s’est pourtant rapproché d’Addis-Abeba. Autant dire qu’avec tous ces facteurs politiquement et économiquement contraignants, Isaias Afwerki a beau avoir la maladie de la complotite et penser que l’Erythrée peut se développer recroquevillée sur elle-même, autant se convaincre que la paranoïa a dû faire place à la réalité. La survie de son régime et du pays vaut bien une pacification de la ville frontalière de Badmé, l’ouverture d’ambassades, et celle du trafic aérien et naval. Et qui sait peut-être, conclut Aujourd’hui, que la courageuse attitude de la Corée du Nord pourrait avoir inspiré le cryptocommuniste, nimbé de mysticisme qu’est l’illustre et secret dirigeant érythréen. »

Ledjely, en Guinée, pointe également l’influence en coulisses des Etats-Unis : « conscient de la position stratégique qu’offre l’Erythrée, avec son ouverture sur la mer rouge, le pays de l’Oncle Sam pourrait en effet avoir subtilement suggéré au président érythréen de répondre favorablement à la main tendue du Premier ministre éthiopien, estime le site guinéen. Ce dégel pouvant ensuite légitimer sinon justifier que les Etats-Unis rétablissent les rapports avec Asmara. Parce que la présence de la base chinoise à Djibouti l’exige. »

Détente et développement ?

En tout cas, « indépendamment de ces enjeux géostratégiques qui intéressent davantage les grands de ce   monde, des rapports plus normalisés entre l’Ethiopie et l’Erythrée seraient sans conteste profitables en premier lieu aux deux pays, poursuit Ledjely. D’abord, pour ce qui est de l’Ethiopie, le front érythréen une fois calme, on retrouverait une certaine tranquillité pour se concentrer sur d’autres enjeux de développement du pays. Quant à l’Erythrée, la fin des tensions avec le voisin pourrait apporter une certaine détente intérieure. En effet, jusqu’ici, le président Afwerki avait instrumentalisé le conflit avec l’Ethiopie pour verrouiller l’espace politique et se livrer à une répression féroce contre ses opposants, souvent accusés de collaborer avec l’ennemi. Et dans le sillage de la santé économique qu’affiche l’Ethiopie, il n’est pas exclu que l’Erythrée, elle aussi, renoue avec l’embellie économique. D’autant que son isolement diplomatique pourrait être rompu dans la foulée. Sans oublier, conclut Ledjely, que cette réconciliation, improbable jusqu’à récemment, renverrait de l’Afrique une image qui tranche avec les clichés de l’autre Afrique embourbée dans ses divisions et incapable de transcender ses clivages. »

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