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Afrique économie

Zimbabwe: créer une monnaie n'est pas si simple

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Des partisans du mouvement d'opposition zimbabwéen MDC Alliance défilent dans les rues de la capitale Harare, le 29 novembre, pour protester contre la situation économique du pays et la gouvernance du président Emmerson Mnangagwa.
Des partisans du mouvement d'opposition zimbabwéen MDC Alliance défilent dans les rues de la capitale Harare, le 29 novembre, pour protester contre la situation économique du pays et la gouvernance du président Emmerson Mnangagwa. Jekesai NJIKIZANA / AFP

Dans un contexte social tendu, marqué par un doublement des prix de l'essence, le ministre zimbabwéen des Finances a annoncé samedi 12 janvier que le pays allait se doter d'une devise d'ici la fin de l'année, et réintroduire le dollar zimbabwéen, supprimé en 2009, à cause de l'hyperinflation. Sans monnaie officielle, mais avec un mixte de dollars américains et de bonds plus ou moins indexés sur un panier de monnaies, le pays peine à retrouver la stabilité. Reste que créer une monnaie n'est pas une chose facile lorsque l'économie est en ruine.

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Mort en 2009, le dollar zimbabwéen va-t-il renaître dix ans plus tard. C'est le souhait exprimé par le nouveau ministre des Finances, Mtuli Ncube, qui espère lancer une nouvelle monnaie d'ici douze mois. Car depuis dix ans, le pays vit l'enfer de la démonétisation. Devenue dépendante du dollar américain, ainsi que des monnaies régionales comme le rand sud-africain, l'économie est incapable de se redresser. Si relancer une monnaie est indispensable, ce n'est pas pourtant pas chose facile. Il faut réunir plusieurs conditions, selon l'économiste indépendant Vince Musewe.

« La première chose dont nous devons nous assurer, c'est d'avoir suffisamment de réserves de change pour pouvoir payer nos importations. Donc, il nous faut au moins six mois de réserves de change. La deuxième chose à faire, c'est de mettre en place un comité monétaire. Et ce comité monétaire doit veiller à ce que nous n'imprimons pas trop de monnaie, afin de ne pas alimenter l'inflation. Donc, il devra réguler l'offre monétaire en fonction des fondamentaux de notre économie. Et, troisièmement, nous devrons laisser le marché décider du taux de change de notre monnaie », précise Vince Musewe.

La nécessité d'une économie exportatrice pour le Zimbabwe

Pour générer des réserves de change, il faut une économie exportatrice. Or, au début des années 2000, les réformes du président Mugabe ont détruit la base économique du Zimbabwe. John Robertson, économiste et consultant, explique : « Notre problème, en tant que nation, c'est que nous avons détruit nos capacités à produire les marchandises qui devraient permettre de soutenir notre monnaie. Et c'est probablement le facteur qui sape le plus notre capacité à créer une devise qui serait prise au sérieux par nous même, et respectée par les marchés financiers. Si nous n'avons pas une balance commerciale positive, ainsi qu'une perspective satisfaisante pour nos réserves de change, et si nous essayons sans réunir ces conditions de recréer une devise nationale, cela pourrait échouer rapidement ».

Le pari risqué des autorités du Zimbabwe

Les autorités font donc un pari risqué, espérant qu'une monnaie même faible au début permettra de relancer l'économie. Encore faut-il que l'état respecte un tant soit peu les règles du marché, estime Vince Musewe.

« Notre Banque centrale, par exemple, est impliquée dans l'allocation de devises étrangères aux industries locales, ce n'est pas le travail d'une banque centrale ! C'est le marché qui doit jouer ce rôle d'allocation des ressources et non la banque centrale. Donc il nous faut une banque beaucoup plus indépendante qui se contente de surveiller l'offre monétaire et de répondre aux besoins de l'économie. Il faut de nouvelles règles de fonctionnement pour cette banque centrale », souligne-t-il.

La création d'une monnaie ne se décrète pas d'un simple trait de plume, elle obéit à des règles contraignantes. Au Zimbabwe, le chemin sera difficile, avertissent les autorités, mais c'est la seule voie possible vers la renaissance économique d'un pays qui fut autrefois la deuxième puissance d'Afrique australe.

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