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Chronique des matières premières

France-Italie: des intérêts pétroliers divergents en Libye?

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Le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini lors d'une conférence de presse à Rome, le 17 janvier 2019.
Le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini lors d'une conférence de presse à Rome, le 17 janvier 2019. AFP/Alberto Pizzoli

Les nouvelles tensions verbales entre Rome et Paris, ce mardi, se sont focalisées sur la Libye. Le vice co-président du Conseil italien Matteo Salvini a accusé la France de « ne pas s'intéresser à la stabilisation de la Libye », parce qu'elle y aurait « des intérêts pétroliers contraires à ceux de l'Italie ». Ce n'est pas tout à fait l'avis des experts du pétrole, Claire Fages.

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« Polémique politique », « surenchère électoraliste ». C'est ainsi que les experts du pétrole interrogés qualifient les accusations de Matteo Salvini contre Paris au sujet de la Libye et de son pétrole. « On doit replacer ces propos avant tout dans le contexte italien, avec une surenchère entre les deux vice-co-présidents italiens, qui ne sont pas du même bord politique, dans la perspective des élections européennes », estime Philippe Sébille-Lopez, du cabinet Géopolia. « Le vrai contentieux entre la France et l'Italie est lié aux flux migratoires. Et il se prolonge au niveau de la crise libyenne parce que les Français et les Italiens n'ont pas tout à fait les mêmes positions sur l'avenir politique de ce géant du pétrole, les Italiens soutenant le gouvernement d'union nationale de Tripoli, alors que les Français désireraient associer aux discussions Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est libyen. »

Projet de fusion

« D'un point de vue strictement pétrolier, poursuit-il, les compagnies pétrolières italiennes Eni et françaises Total sont à la fois partenaires et concurrentes, comme toujours dans cette industrie. Elles avaient même il y a quelques années un projet de fusion qui faisait sens, estime cet expert, d'un point de vue économique. Mais Total estimait que la présence de l'Etat italien au capital d'Eni était un problème. »

Investir à long terme

« Sur le terrain libyen, rappelle Francis Perrin, directeur de recherche à l'IRIS, il n'y a pas d'intérêts de Total qui seraient opposés à ceux d'Eni. La situation actuelle, c'est une production limitée par telle ou telle milice, des problèmes sur un oléoduc, ou l'occupation d'un terminal par tel groupe armé. Les deux compagnies ont intérêt à ce que les principaux acteurs politiques libyens remettent un peu d'ordre et de sécurité dans le pays. » D'autant qu'elles ont investi dans les derniers mois en dépit de la situation politique interne. Eni a rejoint le consortium de BP sur trois blocs (deux à terre dans le bassin de Ghadames tout à l'ouest du pays et un bloc en mer au large de Syrte). Total a racheté les intérêts de l'Américain Marathon Oil dans le bassin de Syrte.

Eni de loin n°1 en Libye

Mais « Total n'est pas en mesure de mettre en danger la première place qu'Eni occupe et depuis longtemps en Libye », conclut le chercheur. Le groupe italien y produit neuf fois plus d'hydrocarbures que son concurrent français (près de 300 000 barils équivalent pétrole), dont du gaz, ce qui n'est pas le cas de Total.

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