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Elections locales en Turquie: pourquoi Recep Tayyip Erdogan s’est autant investi

Audio 03:17
Les gens marchent le long du pont de Galata sous les bannières du président turc Tayyip Erdogan et du candidat du parti AKP à la mairie d'Istanbul, Binali Yildirim, lors des prochaines élections locales. Istanbul, en Turquie, le 25 mars 2019.
Les gens marchent le long du pont de Galata sous les bannières du président turc Tayyip Erdogan et du candidat du parti AKP à la mairie d'Istanbul, Binali Yildirim, lors des prochaines élections locales. Istanbul, en Turquie, le 25 mars 2019. REUTERS/Umit Bektas

Les Turcs se rendront aux urnes ce dimanche 31 mars pour des élections municipales. Il s’agit d’élire les maires et les conseillers des 81 villes et de quelque 1000 villages du pays. Le scrutin devrait être facile pour Recep Tayyip Erdogan puisque son parti contrôle l’ensemble des institutions politiques du pays. Malgré cela, on est un peu inquiets au palais présidentiel d’Ankara. 

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De notre correspondant à Istanbul,

On sent que le pouvoir est anxieux. Une raison, simple : l’économie ne va pas bien. Tous les indicateurs sont au rouge avec une inflation à 20% sur l’année, un taux de chômage record à plus de 13%, une monnaie qui s’est affaiblie. Cela se voit dans le portefeuille des Turcs, le coût de la vie a explosé, notamment pour les produits de base, les légumes, l’huile, la farine…

Tout ceci pesé, l’électorat pourrait bien envoyer un message au pouvoir par les urnes, même au sein d’une partie de l’électorat de l’AKP, le parti d’Erdogan. Le pouvoir l’a bien senti, il a multiplié les cadeaux à la veille des élections, comme l’ouverture de marchés subventionnés par les villes pour vendre des produits alimentaires à bas prix ; ou encore des annonces de gel ou de baisse de l’électricité, du gaz, de l’eau. Mais la crise frappe si durement les Turcs qu’on ne sait pas si ces cadeaux opportunistes vont suffire pour permettre aux candidats du pouvoir de conserver toutes les mairies des grandes villes du pays.

Des discours clivants

Pour éviter les revers, le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est personnellement énormément impliqué dans cette campagne qui ne concerne pourtant « que » des élections locales. En fait, il a mené une campagne présidentielle: il est sur la route depuis des semaines, multipliant les meetings, jusqu’à cinq par jour dans cinq villes différentes. Des meetings aux discours très polarisants, sur des questions de société par exemple, justement pour détourner l’attention de la situation économique. Il a accusé le principal parti d’opposition, le CHP, d’être lié au terrorisme ; il en a fait beaucoup aussi sur le massacre de la mosquée de Christchurch en Nouvelle-Zélande, en diffusant les images du carnage lors de ses meetings, en disant que c’était en fait une attaque contre les Turcs, contre lui-même ; à Istanbul, il a promis de refaire de la basilique de Sainte-Sophie une mosquée, une vieille promesse qui ressort souvent pour galvaniser l’électorat conservateur. Bref, l’homme d’Ankara a mené une campagne fidèle à ses habitudes, très populiste, très agressive, pour s’assurer l’électorat conservateur et nationaliste.

Les résultats sont donc difficiles à prévoir. Mais pourtant quelques hypothèses se dessinent. Istanbul, où l’ancien Premier ministre Binali Yildirim est candidat, devrait rester aux mains de l’AKP. En revanche, cela semble plus compliqué pour la capitale Ankara où l’opposition pourrait arracher la mairie. L’AKP pourrait également perdre Bursa et d’Antalya. Ce serait des défaites assez gênantes pour le pouvoir, d'autant que c’est la dernière élection prévue avant la prochaine élection présidentielle en 2023. Donc RTE voudrait sûrement ne pas avoir une victoire en demi-teinte pour terminer ce long cycle électoral qui avait commencé en 2014 et qui lui a permis d’avoir la main aujourd’hui sur l’ensemble du système politique.

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