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Invité Afrique

Côte d'Ivoire: «Gbagbo est la bouée de sauvetage de Bédié»

Audio 08:26
Photomontage représentant les deux anciens présidents ivoiriens Henri Konan Bedié (G) et Laurent Gbagbo (D).
Photomontage représentant les deux anciens présidents ivoiriens Henri Konan Bedié (G) et Laurent Gbagbo (D). REUTERS

En Côte d'Ivoire, les opposants Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié se rapprochent en vue de la présidentielle de 2020. Mais pour Adama Bictogo, directeur exécutif du parti au pouvoir RHDP, Laurent Gbagbo est la bouée de sauvetage de Henri Konan Bédié.

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RFI : Alassane Ouattara seul, face à une alliance Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, est-ce que votre camp ne se retrouve pas isolé ?

Adama Bictogo : Mais non. Vous savez, le RHDP est la première force politique. Au lendemain des élections locales de 2018, nous avons, en tant que RHDP, gagné ces élections à concurrence de 72%. Nous dirigeons aujourd’hui vingt-quatre sur trente et-une régions.

Vous vous êtes donc organisés, ces derniers mois, en prévision du grand rendez-vous de 2020. Mais en face, aussi, l’opposition s’organise. Les présidents Bédié et Gbagbo se sont rencontrés il y a un mois à Bruxelles, et selon Jeune Afrique, ils ont conclu un pacte secret : Bédié réhabilite Gbagbo et tous ses partisans, il favorise leur retour en Côte d’Ivoire, et en échange, Gbagbo soutient la candidature de Bédié en 2020. Si cela marche, est-ce que cette alliance n’est pas redoutable pour vous ?

Vous savez, une hirondelle ne fait pas le printemps. Ce sont des hommes du passé, qui, par leur gestion du passé, ont montré aussi leurs limites. Il ne faut pas que l’on pense que la conscience collective ivoirienne est amnésique. Elle a donc les moyens de comparer entre une gestion qui s’est faite en 1993 et 1999. Nous en savons l’échec…

Ça, c’est la présidence Bédié ?

Oui… Et une gestion de 2000 à 2010, où le désordre s’est installé en Côte d’Ivoire. Donc les Ivoiriens sont conscients. Cette alliance d’hommes est un cartel du non, c’est une rencontre d’hommes du passé, d’hommes dépassés. Mais ce que je voudrais dire, c’est ce manque de constance du président Bédié, en fonction de ses intérêts personnels… À la vérité, le président Gbagbo est perçu comme une bouée de sauvetage pour le président Bédié. Le PDCI étant désossé, il perçoit donc dans sa relation avec le président Gbagbo une bouée de sauvetage. Mais ce n’est pas une alliance objective.

Autre « bouée de sauvetage » possible pour Henri Konan Bédié, c’est Charles Blé Goudé, l’ancien chef des Jeunes Patriotes, qui vient d’être élu président de son parti Cojep et qui peut mobiliser la rue, aussi, en faveur de l’opposition…

Oui, mais en politique mobiliser et avoir des électeurs, ce sont deux choses.

Alassane Ouattara sera-t-il candidat à un troisième mandat l’an prochain ? Le 6 août, à la veille de la fête de l’indépendance, il a déclaré : « Je ferai savoir ma décision en 2020 ». C’est début 2020 ?

Il a dit : dans le premier trimestre de 2020. Mais ce qui importe pour lui, c’est l’appareil, c’est le RHDP. C’est que nous avancions en équipe. En tout état de cause, que ce soit le président Alassane Ouattara ou pas, quel que soit le candidat qui aura été désigné par la convention du RHDP…

Qui aura lieu quand ?

Six mois avant les élections.

Donc en avril, peut-être ?

Voilà. Avril, mai… Et, quel que soit le candidat, le RHDP se donnera les moyens de soutenir avec toute son énergie le candidat qui aura été désigné par la Convention pour gagner les élections en 2020.

Alassane Ouattara a précisé le 6 août : « Je prendrai ma décision sur la base de ce que mon parti me dira de faire ». Le directeur opérationnel du parti c’est vous ?

Oui.

Qu’est-ce que vous allez lui dire de faire ?

En tant que directeur exécutif, mon rôle c’est d’apprécier le contexte et de le transmettre au directoire, au Conseil politique. Il y a plusieurs options, plusieurs scénarios. Si le scénario, au regard du contexte et de l’enjeu, impose au parti que le président Alassane Ouattara soit notre candidat, le parti se prononcera. Si, de notre analyse, quelqu’un d’autre devra être candidat, le parti se prononcera. Donc, acceptez que nous revenions vers vous pour vous dire dans quelques mois qui est notre candidat. Mais en tout état de cause, pourquoi pouvons-nous accepter que le président Bédié ou le président Gbagbo fassent partie des options des autres partis, et que pour nous, Alassane Ouattara n’en fasse pas partie ? Il est donc une des options. Le président Alassane Ouattara fait partie, aussi, de nos options. Nous avons plusieurs options au sein du RHDP.

Et justement, vous parlez des présidents Bédié et Gbagbo, est-ce que, face à de tels poids lourds, il ne faut pas un poids lourd comme Alassane Ouattara ?

Il faut relativiser. Je considère qu’aujourd’hui le président Bédié dispose d’une cour royale et non d’un parti politique, donc pour moi il n’est pas un poids lourd. Et aujourd’hui, j’attends de voir d’abord dans quelle configuration le président Gbagbo va se retrouver dans six mois, avant de penser qu’il pourrait être candidat.

Vous pensez à son avenir judiciaire ?

Absolument. Mais en tout état de cause, il y a quelques années, l’équation personnelle jouait pour 70% à l’élection présidentielle et le parti jouait pour 30%. Aujourd’hui, dans le cas du RHDP, le parti va jouer pour 60 % et l’équation personnelle pour 40%.

Oui, mais la présidentielle, vous le savez bien, c’est la rencontre entre un pays et un homme. Quel est le bon profil pour un bon candidat RHDP ?

Le bon profil c’est un homme qui a une vision, qui puisse présenter un projet de société. Et nous n’avons pas qu’un seul homme. Nous avons cinq-six personnes capables, en dehors du président Alassane Ouattara. C’est vrai que nous avons la chance et la Côte d’Ivoire a la chance d’avoir le président Alassane Ouattara, qui a une équation personnelle, une aura, qui a une vision pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique.

Cinq-six personnes capables au sein du RHDP, dites-vous. Cela veut dire que le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly n’est pas le dauphin naturel d’Alassane Ouattara ?

Je dis que le président Amadou Gon gère bien la primature. Il a le potentiel. C’est un homme d’État qui a la maîtrise de ce dossier, qui a une vision. Il a les caractéristiques pour représenter le RHDP. Mais comme je le dis, le président a dit : « Il y en a plusieurs, il y a quatre-cinq… » Donc je ne suis pas pour ces principes de dauphin et d’héritier qui nous ramènent à la royauté. Non, nous sommes un parti moderne. Il faut que nous mettions en avant la compétence, l’enjeu, le contexte.

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