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Le monde en questions

Pourquoi une telle indécision des Britanniques sur le Brexit?

Audio 03:07
Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est dit «confiant» vendredi dans le vote des députés.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est dit «confiant» vendredi dans le vote des députés. REUTERS/Francois Lenoir

Comme chaque vendredi, nous retrouvons la chronique de Bruno Daroux, Le Monde en Questions. Nous revenons cette semaine sur l’accord négocié entre le Premier ministre britannique Boris Johnson et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Un accord qui satisfait les 27, mais qui ne fait toujours pas l’unanimité au Royaume-Uni. Et la question est la suivante : pourquoi les Britanniques ont-ils autant de mal à se décider pour telle ou telle forme de Brexit ?

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Pour au moins deux raisons. La complexité entourant le statut de l’Irlande du Nord, et les divisions profondes au sein même des partis politiques au Parlement de Westminster.

Concernant l’Irlande du Nord, le projet d’accord entre Boris Johnson et les 27 membres de l’Union européenne est un compromis obtenu à la dernière minute – comme il est de coutume lors des crises européennes, au bout de la nuit, et à la technicité proportionnelle à la difficulté de la tâche : comment faire que l’Irlande du Nord reste partie intégrante du Royaume-Uni sans se détacher complètement du marché unique européen, tout en évitant le retour de la fameuse frontière physique entre la province britannique et la République d’Irlande, qui pourrait fragiliser les accords de paix de 1998 entre unionistes et nationalistes ?

En donnant de facto un statut spécial à l’Irlande du Nord pendant 4 ans à partir de la date du début effectif du Brexit, à l’issue de la période de transition – période qui s’achèvera fin 2020 ou peut-être même fin 2022. Au bout de ces quatre ans, c’est l’assemblée nord-irlandaise, le Parlement de Stormont, qui décidera si la province garde ce statut ou se rattache à 100% au Royaume-Uni. Le texte prévoit que l’Irlande du Nord restera dans le marché unique européen mais en même temps fera partie de l’union douanière du Royaume-Uni. En fait, la province britannique, qui est l’une des quatre « nations constitutives » du Royaume, avec l’Angleterre, l’Écosse et le Pays de Galles, aura un pied dedans - dans son pays, et un pied dehors - dans l’Union européenne.

Ce compromis, qui satisfait les Européens, et notamment les Irlandais, suscite encore beaucoup de mécontentement à Londres. Alors, pourquoi ? 

Et bien parce que les députés britanniques restent très divisés. Au sein même des deux grands partis – le Parti conservateur de Boris Johnson et le Parti travailliste de Jérémy Corbin, qui votera contre le texte du Premier ministre. Plus ceux qui sont radicalement opposés à l’accord – et d’abord  les Unionistes protestants, 10 députés incontournables pour faire adopter le texte pourtant. Ils sont contre parce qu’ils trouvent que leur province reste juridiquement dépendante de l’Union, et, pour eux, de la République d’Irlande. Ils craignent que, au bout de 4 ans, leurs ennemis nationalistes du Sinn Fein soient majoritaires – la démographie est de leur côté – et qu’ils votent pour une prolongation du statut spécial de l’Irlande du Nord – avant, peut-être,  de réclamer le rattachement de l’Irlande du Nord à la République d’Irlande. Le cauchemar pour ces partisans de l’Union Jack.

D’autres partis, comme les Libéraux-Démocrates et les nationalistes écossais, sont contre l’accord, parce qu’au fond ils sont contre le Brexit. Au final, entre ceux qui trouvent que l’accord est impraticable, et ceux qui trouvent qu’il est inacceptable, la tâche pour Boris Johnson s’annonce plus que difficile demain à Westminster.

Si le texte est rejeté à Westminster, Boris Johnson devra demander un nouveau délai à Bruxelles – qu’il n’est pas certain d’obtenir – ce qui l’arrange, pour éventuellement convoquer des élections anticipées. À ce stade, un vote positif paraît relever du tour de force. Mais, depuis trois ans, la saga du Brexit nous a appris que tout –ou presque -, était possible dans un Royaume plus désuni que jamais.

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