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Chronique des médias

XDDL ou la logique du pyromane pompier

Audio 02:40
Des policiers à la recherche d'indices autour du cas Xavier Dupont de Ligonnès, le 29 avril 2011.
Des policiers à la recherche d'indices autour du cas Xavier Dupont de Ligonnès, le 29 avril 2011. REUTERS/Eric Gaillard

Retour sur le ratage médiatique autour de la pseudo-arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès. Une méprise qui pourrait s’expliquer par la volonté d’allumer un feu au plus vite, quitte à l’éteindre ensuite.

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La reprise par les médias d’une information erronée comme l’arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès a un précédent. En 2015, la pseudo-mort de Martin Bouygues, le propriétaire de TF1, a été reprise partout sur la foi d’une dépêche AFP. « Une information suivie d’un démenti, ça fait deux informations » disait Pierre Lazareff, le fondateur de France Soir. Le problème, c’est qu’à l’heure des réseaux sociaux, le média par lequel la fausse info est arrivée n’est pas celui par lequel arrive le démenti. Le lecteur ne le lui sait donc gré de corriger son erreur, ni même de s’excuser.

La question qui se pose est donc de savoir si la logique à l’œuvre n’est pas celle du pyromane pompier qui consiste à allumer un feu dans l’urgence, à observer son embrasement sur les réseaux sociaux et les chaînes d’info… avant d’éteindre le feu. Pourtant, une consultation citoyenne menée ce mois-ci pour La Croix par Make.org auprès de 104 000 Français a montré que ce qui était attendu en priorité de la part de médias, c’est « un traitement moins rapide et plus approfondi de l’information », avec « plus de pédagogie » et une lutte plus efficace contre les infox.

Seulement, les médias tirent-t-ils les leçons de leurs erreurs ? D’abord révélée dans Le Parisien, vérifiée cinq fois auprès de sources policières françaises, l’arrestation n’a pu être vite démentie car les médias se sont fiés aux mêmes sources, elles-mêmes abusées par des policiers écossais. Le procureur de Nantes, qui n’a jamais confirmé cette arrestation, a annoncé jeudi qu’il lançait une enquête pour violation du secret de l’instruction.

Proches de leurs sources policières, les médias ont ainsi sous-estimé l’absence de test ADN et sous valorisé le travail de leurs reporters qui laissait entendre que le retraité arrêté ne pouvait être l’homme recherché. Le syndicat national des journalistes rappelle que les questions portant sur l’éthique ou le traitement de l’information sont souvent « balayées d’un revers de main » dans les rédactions.

Le pyromane pompier ne peut donc que prospérer. Il fait de l’audience et du buzz à bon compte comme on a pu le voir cette semaine avec cet élu du Rassemblement national (RN) qui a accablé une femme en foulard accompagnant son fils au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Sa vidéo a été abondamment reprise, commentée, contestée pendant toute la semaine par les politiques et les médias alors même que cette femme était dans son droit. Eric Zemmour, arrivé lundi sur CNews, la chaîne du groupe Canal+, n’a pas été le dernier à souffler sur les braises pendant que Cyril Hanouna invitait sur la chaîne sœur C8 une femme voilée. Au bout du compte, la résurrection d’un débat vieux de trente ans et la stigmatisation des musulmans.

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