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Aujourd'hui l'économie

Les failles du Chili apparaissent au grand jour

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Le président chilien Sebastian Piñera (premier plan) a donné une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez (second plan) lors d'une visite à Madrid, le 9 octobre 2018.
Le président chilien Sebastian Piñera (premier plan) a donné une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez (second plan) lors d'une visite à Madrid, le 9 octobre 2018. REUTERS/Juan Medina

Au Chili, quatre jours après le déclenchement des manifestations violentes contre le gouvernement, alors que le couvre-feu est toujours en vigueur, l'heure est à la concertation. Le président Sebastian Piñera, après avoir maladroitement qualifié la situation de « guerre », en appelle aux forces politiques pour trouver des solutions aux problèmes des Chiliens.

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Des problèmes qui ressemblent à ceux de ses voisins du continent. Le Chili, pourtant, a toujours affiché sa réussite comme une des économies les plus développées d'Amérique latine.

Ces derniers jours, c'est comme si la vitrine triomphante affichée par le pays depuis 30 ans avait volé en éclats en même temps que celle des magasins de Santiago.

Le Chili, on l'a beaucoup dit, c'est une des économies les plus stables du continent latino-américain. Grâce à l'exportation du cuivre en particulier, sa croissance (3,5% cette année) a toujours affiché de bons taux.

Et ce, même quand les pays développés que le Chili côtoie au sein de l'OCDE [le pays y a adhéré en 2010] étaient secoués par la crise financière.

Ce sont les politiques néolibérales inspirées par un groupe d'économistes chiliens formés à l'Université de Chicago dans les années 1970, les « Chicago Boys », qui ont propulsé le pays à cette place.

Mais dans le même mouvement, ces politiques ont appliqué les recettes du néolibéralisme dans toute la sphère publique - éducation, santé, transports - sans en améliorer la qualité des services. Et c'est ce qui fait exploser la cocotte-minute aujourd'hui.

Est-ce pour cela que le métro de Santiago a été particulièrement visé ?

Des observateurs de la société chilienne y voient une bonne métaphore de ce qui ne fonctionne pas. C'est du prix du métro, qui devait être augmenté de 30 pesos, qu'est partie la révolte.

Le métro, dans une ville aussi congestionnée que Santiago, c'est le moyen de transport incontournable. C'est un objet de fierté pour les Chiliens, car son réseau est dense et moderne.

Mais il leur est aussi un rappel quotidien de la dégradation de leur qualité de vie. Toujours plus bondé, donc inconfortable, et en même toujours plus cher, plus inaccessible. Surtout relativement à leurs revenus. On estime qu'1/6e du revenu d'une famille moyenne est dédié aux transports.

C'est vrai que le Chili, il n'est pas inutile de le rappeler, c'est aussi l'un des pays les plus inégalitaires au monde.

Et même le pays le plus inégalitaire de l'OCDE, si on s'en réfère au fameux indice GINI. Même si les chiffres disent aussi que la pauvreté a reculé ces dernières années grâce à des efforts constants pour redistribuer la manne publique.

Un quart des Chiliens vit toujours sous le seuil de pauvreté, et 1% de la population possède un quart de la richesse nationale. Si les salaires ont augmenté, le fossé ne se comble pas assez vite.

Cette société à deux vitesses, elle est visible dans le métro, mais aussi dans l'accès à l'éducation.

Le système éducatif, qu'il soit public ou privé, répond aux règles du marché, de la rentabilité. C'est là aussi un héritage de l'ère Pinochet.

Pour les lycéens et étudiants qui sont descendus dans la rue ces derniers jours, mais aussi ces dernières années, la qualité de l'enseignement s'en est ressentie. Ceux qui ne peuvent débourser de fortes sommes pour étudier dans les meilleures conditions sont condamnés à aller dans des établissements bondés dépourvus de moyens.

La première réforme du secteur en 35 ans, lancée par le gouvernement précédent, celui de Michelle Bachelet, n'a pas tenu ses promesses de remettre à plat ce système inégalitaire.

C'est d'autant plus alarmant que ce système éducatif alimente la sous-qualification des jeunes sur le marché de l'emploi. De quoi redouter les conséquences pour le financement des retraites d'une population vieillissante. Et de quoi surtout renforcer chez ces jeunes le sentiment de vivre encore moins bien que leurs parents.

Le mouvement de protestation a aussi pointé le dysfonctionnement du système fiscal chilien.

Les experts le qualifient de « régressif, inefficace et injuste ». Outre que l'évasion fiscale reste un sport national au Chili, l’impôt pèse sur les plus pauvres davantage que sur les plus riches, en proportion de leurs revenus.

C'est un constat fait par la Banque mondiale. Là encore, une réforme menée par Michelle Bachelet a peu remis en question l'existant. Alors qu'une refonte aurait permis de financier celle du système éducatif.

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