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Revue de presse française

À la Une: le choc politique sur l’attentat contre la mosquée de Bayonne

Audio 06:04
Des policiers devant la mosquée de Bayonne ciblée par l'attaque, ce lundi 28 octobre 2019.
Des policiers devant la mosquée de Bayonne ciblée par l'attaque, ce lundi 28 octobre 2019. AFP/Gaizka Iroz

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L'auteur de l’attentat est en garde à vue. Une expertise psychiatrique a été ordonnée, mais « à ce stade », explique Libération, « le parquet national antiterroriste, qui étudie l’affaire de près, n’a pas été saisi ».

« Une décision pourtant très attendue par la communauté musulmane », explique Le Parisien, « désireuse d’un traitement judiciaire identique entre attentat islamiste et attentat d’ultradroite ». Mais, explique le journal, les enquêteurs doivent tout d’abord « déterminer si le discernement de l’auteur était aboli au moment de l’attaque ».

Une atttaque préméditée

Une attaque à la fois décousue et apparemment préparée de longue date, poursuit Le Parisien, puisque Claude Sinké – c’est son nom – a reconnu « avoir pris soin de repérer la mosquée à plusieurs reprises ». « Il voulait venger la destruction de la cathédrale de Notre-Dame », explique le procureur de Bayonne, « qu’il considère provoquée par des membres de la communauté musulmane ».

« Mais il ne voulait pas tuer de musulmans », aurait-il affirmé aux policiers, selon les informations du Parisien, ce qui ne l’a pas empêché de tirer sur deux septuagénaires et de les blesser gravement.

Libération est partie en reportage sur les traces de Claude Sinké, « un retraité qui n’inspirait que méfiance ou réticence polie », car « toujours prêt à entreprendre le premier qui passe sur ses thèses racistes », explique une de ses voisines. Un élu municipal raconte : « il était particulièrement vindicatif contre certaines communautés, il avait du mal à supporter qu’on puisse porter le voile par exemple ».

Dans Le Parisien, un autre voisin renchérit, « il tenait des propos odieux sur les étrangers. Dès que je le voyais sortir de chez lui, je rentrais chez moi ».

Le retraité, très actif également sur les réseaux sociaux, où entre les photos de ses sculptures en bois, « il ne cachait pas son admiration pour le polémiste d’extrême droite Éric Zemmour et sa haine des musulmans », explique Le Monde. Et sa « petite maison sans caractère », comme la décrit Libération, était tapissée de « posters de Marine Le Pen », précise une de ses voisines.

Le Rassemblement national est passé en mode communication de crise

Car Claude Sinké n’avait pas seulement des posters de Marine Le Pen, il avait été candidat du RN aux élections départementales en 2015. Le parti s’est donc « empressé de prendre ses distances avec le personnage » explique Le Monde. « Padamalgam, nouveau refrain du RN », titre donc Libération avec une certaine ironie, puisque ce terme a été largement utilisé par l’extrême droite ces dernières années « lorsque de tels actes sont attribués à des déséquilibrés qu’elle voudrait voir qualifiés d’islamistes ». Or, cingle le journal, le RN insiste depuis mardi sur « le caractère incohérent et proche de la folie de son ancien adhérent ».

« Le Rassemblement national tente de prendre ses distances mais l’avait investi en 2015 malgré ses propos haineux sur Facebook », rappelle Mediapart. Le site d’information revient en détail sur l’ambiguïté entretenue par le parti vis-à-vis des opinions extrémistes de ses partisans. Si un fichage des candidats potentiels existe depuis 2013 pour éviter de donner une mauvaise image, explique Mediapart, le RN « ne prend le plus souvent des sanctions que lorsque les propos sont rendus visibles par les médias ». D’ailleurs, explique le sociologue Sylvain Crépon dans l’article, « lors des formations du parti, on ne dit pas « non tu ne peux pas dire cela, c’est scandaleux » mais plutôt « tu ne peux pas le dire comme cela ». Mediapart s’alarme par ailleurs de la montée des discours ultraviolents dans la fachosphère sur internet. Les services de renseignement ont tiré la sonnette d’alarme dès 2016, explique le site d’information, face à la multiplication des appels à s’attaquer aux Français musulmans.

La multiplication d'un discours stigmatisant la communauté musulmane dans l’espace public

Avec cette illustration au Sénat mardi détaillée là aussi par Mediapart : une proposition de loi souhaitant interdire le port du voile aux mères d’élèves accompagnant les sorties scolaires été adoptée. Et le débat sur le texte a été l’occasion pour certains sénateurs de multiplier « les outrances » rapporte le site d’information, voire « les élucubrations surréalistes » et les discours péremptoires comme celui d’un sénateur Les Républicains dont je vous épargne le nom : « si pour une mère de famille montrer ses cheveux est insupportable, qu’elle reste chez elle », a-t-il déclaré.

Alors ce texte sera très probablement enterré par les députés, explique Mediapart, mais le débat fait un peu désordre dans le contexte de l’attentat de Bayonne : « du débat hystérisé sur le voile aux coups de fusils blessant deux fidèles d’une mosquée, il n’y a pour un esprit dérangé qu’un simple raccourci pour le crime », déplore La Charente Libre. « N'est-ce pas rajouter de l'huile sur un feu déjà bien nourri depuis quinze jours par tous ceux, pyromanes extrémistes ou communautaristes forcenés, qui y voient prospérer leurs sombres intérêts ? », rebondit La Montagne.

La revendication du militant d'extrême droite

« L’octogénaire qui a basculé dans le crime [...] fait le jeu des manipulateurs qui crient à l’islamophobie à la moindre occasion » estiment ainsi Les Dernières Nouvelles d’Alsace, « alors qu’ils n’ont qu’un but : importer au nord de la Méditerranée des coutumes archaïques. »

Pour Le Figaro, « on aurait tort de sous-estimer l’inquiétude que provoquent dans la population les manifestations de plus en plus visibles d’un islam identitaire dans l’espace public ».

La Charente Libre, qui rappelle que « les élucubrations de toutes sortes sur le net et les plateaux télés, les bouffées délirantes du FN auxquelles s’est exposé le tireur, l’intox militant sur une islamisation rampante suivent un objectif commun : ils détruisent sous nos yeux ce qui fait le ciment d’une société, l’acceptation de la différence dans le respect des lois qui nous sont communes ».

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