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Aujourd'hui l'économie, le portrait

John Elkann, le prince discret de la voiture italienne (décidé à régner en France)

Audio 04:08
John Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli, l'emblématique président de Fiat, et actuel président de FCA, pourrait devenir président du nouveau groupe en cas de mariage entre PSA Peugeot-Citroën et Fiat-Chrysler. John Elkann ici à Milan, le 27 mai 2019.
John Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli, l'emblématique président de Fiat, et actuel président de FCA, pourrait devenir président du nouveau groupe en cas de mariage entre PSA Peugeot-Citroën et Fiat-Chrysler. John Elkann ici à Milan, le 27 mai 2019. REUTERS/Alessandro Garofalo

Après l'échec du projet avec Renault au printemps dernier, Fiat Chrysler s'est rapproché de PSA Peugeot-Citroën. Les deux groupes automobiles se sont mis en route vers un projet de méga-fusion entre égaux. Si le projet se concrétise, Carlos Tavares, le patron du groupe français, endossera les habits de directeur général. John Elkann, le président de FCA, deviendrait lui président de la nouvelle entité. John Elkann qui a déjà de multiples casquettes. Portrait.

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À 43 ans, John Elkann est un cumulard : PDG d'Exor, la holding de la famille Agnelli (fondatrice de Fiat), président de Ferrari, président de Fiat Chrysler Automobile, vice-président du groupe qui édite les journaux La Stampa et La Repubblica et la liste ne s'arrête pas là.

En parallèle de ses études, selon Exor, il a multiplié les expériences sur des sites du groupe en Europe. Mais ce n'est pas ce qui l'a fait entrer au conseil d'administration de la Fiat à seulement 21 ans, ni monter sur le trône. Gigi Moncalvo, journaliste et auteur d'Agnelli segreti et de I lupi e gli Agnelli, raconte :

« John Elkann doit sa réussite d'un point de vue professionnel à une longue série de morts, parfois prématurées. Par exemple, celle de son cousin Giovani Alberto Agnelli, qui était considéré comme l'héritier de la couronne, victime d'un cancer foudroyant. Il y a eu la mort d'Eduardo Agnelli, le fils de "l'Avocat" [NDLR : le surnom de Gianni Agnelli], celle de Gianni Agnelli lui-même en 2003. Et celle du frère de ce dernier. »

Le trône sans le nom

Une destinée digne d'un vrai prince héritier, héritier de celle que l'on qualifie parfois de « famille royale » de l'Italie. Et comme un vrai prince héritier, il contracte un beau mariage. Il épouse Lavinia Borromeo, descendante de l'une des plus anciennes familles aristocratiques du pays.

Mais l'aîné de huit enfants ne perpétue pas le nom de la dynastie. Il porte celui de son père, Alain Elkann, journaliste-écrivain franco-italien et premier mari de la fille de Gianni Agnelli, figure emblématique de Fiat.

John Elkann n'a pas non plus grandi dans le fief Agnelli à Turin. Il n'y est même pas né. C'est peut-être ça aussi qui a mené « Jaki », comme on le surnomme, là où il est. « J'ai passé les 18 premières années de ma vie aux quatre coins du monde, explique l'intéressé lors d'une conférence en 2011. Je suis né aux États-Unis, puis je suis allé en Angleterre, au Brésil et j'ai fini l'école en France. »

« J'ai donc choisi, continue-t-il, de faire des études d'ingénieur à Turin pour mieux connaitre l'Italie. Je me suis alors retrouvé plus près de l'univers professionnel de mon grand-père et de la famille. Et j'ai appris petit à petit. Et je me suis retrouvé à être la personne la plus impliquée » à des moments très particuliers pour l'entreprise et la famille.

Une vision d'industrie ?

De cette enfance, il gardera une bonne maîtrise des langues étrangères (il en parle quatre). Il reste aussi un globe-trotter. Et lien de cause à effet ou pas, les activités économiques de la famille sont désormais moins centrées sur l'Italie. FCA est d'ailleurs une entreprise de droit néerlandais avec un siège à Londres. Exor a aussi diversifié ses secteurs d'activité, avec par exemple le rachat en 2016 de PartnerRe, un réassureur.

Gigi Moncalvo voit d'ailleurs en John Elkann plus un homme de finance qu'un industriel de l'automobile : « John Elkann a toujours cherché à faire de l'argent, c'est-à-dire vendre. La vente de l'équipementier Magneti e Marelli montre qu'il ne s'intéresse pas au monde de l'automobile parce qu'à un moment où l'on va vers les voitures hybrides ou électriques, si on se prive d'une figure de proue comme Magneti e Marelli, cela veut dire qu'on ne croit pas dans le futur de l'auto. »

Une analyse partiellement partagée par un syndicat, mais pas par tous

Mais John Elkann a beau être à la tête du clan Agnelli depuis une décennie environ, il est longtemps resté dans l'ombre de Sergio Marchionne, son mentor, mort l'an dernier. Marchionne, chef d'orchestre de la reprise de Chrysler et du redressement de Fiat.

Roberto Di Maulo, secrétaire général du syndicat Fismic-Confsal, devine une implication grandissante de « l'ingegniere » : « Il a pris de plus en plus de responsabilités, même en travaillant avec Sergio Marchionne. Aujourd'hui, il est clair qu'il prend de plus en plus les rênes du groupe FCA. Les choix stratégiques doivent passer par John Elkann. »

Voile, ski et football

C'est d'ailleurs lui qui était à la manœuvre dans le projet de fusion avec Renault au printemps dernier et a négocié dans la langue de Molière ; lui aussi qui a rompu les fiançailles. Lui encore qui, selon certaines sources, aurait été l'un des protagonistes des discussions avec PSA, alors que d'autres assurent que c'est son directeur général qui a eu les coudées franches.

Quoi qu'il en soit, le triple coup d'éclat a braqué les projecteurs sur le quadragénaire discret, loin de son flamboyant grand-père, Gianni Agnelli, et à l'opposé de son frère cadet, l'exubérant Lapo. Néanmoins, malgré sa sobriété apparente et son visage poupin, certains disent de lui qu'il a un caractère d'acier.

Un caractère forgé donc dans plusieurs pays pendant son enfance. Mais, John Elkann a beau être un homme du monde, il se sent « Français à Paris », mais avant tout Italien. C'est, raconte-t-il dans Paris-Match en 2012, avec la défaite de l'équipe de foot italienne pendant son enfance en France qu'il s'en est rendu compte. Amateur de voile et de ski, il est aussi évidemment supporter de la Juventus. Évidemment parce que le club de football turinois fait partie des joyaux de la couronne des Agnelli.

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