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Invité Afrique

Biens culturels: «La restitution assure la paix entre les peuples» (Unesco)

Audio 04:45
Une triade royale en ivoire du (Bénin, sud du Nigeria, XVIIIe siècle) présentée lors d'une exposition consacrée à l'art raffiné au Bénin, le 2 octobre 2007 au musée du Quai Branly à Paris.
Une triade royale en ivoire du (Bénin, sud du Nigeria, XVIIIe siècle) présentée lors d'une exposition consacrée à l'art raffiné au Bénin, le 2 octobre 2007 au musée du Quai Branly à Paris. OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP

De nombreux débats, ateliers, tables rondes, se tiennent depuis mardi 12 novembre, au Forum de Paris sur la paix, qui a débuté dans le nord de la capitale française (à la Grande Halle de La Villette). Lors de ce Forum, consacré à la défense du multilatéralisme et à la gouvernance mondiale, des thèmes comme l’éducation, la sécurité, la culture sont abordés. Hier, il y avait une conversation autour du processus de restitution des œuvres d’art africaines. Parmi les participants, Lazare Eloundou, directeur chargé de la culture et des urgences à L'Unesco (L'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture). Il est pour le retour des biens culturels dans les pays qui les ont créés.

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RFI : Lazare Eloundou, pourquoi parler d’un sujet comme celui-là dans un forum sur la paix ?

Lazare Eloundou : La culture est un facteur important qui contribue à la paix et la restitution des biens culturels est également importante, parce que c’est un pan de l’histoire des différentes nations. C’est la carte d’identité qui permet de comprendre la riche culture de ces pays, sans laquelle ils ne peuvent se construire pour l’avenir.

Il y a un an, un rapport était remis en France, qui allait dans le sens de la restitution. Qu’est-ce qui s’est passé depuis ?

Le rapport qui a été remis a été remis au gouvernement français, parce qu’il a été commandé par le gouvernement français. Je pense que les deux pays - la France et le Bénin -, travaillent ensemble à la mise en œuvre des recommandations. Il y a énormément d’enjeux dans la restitution, qui ne sont pas que des enjeux de retour des biens. Si un bien est retourné et qu’après il n’est pas conservé ni protégé, qu’il se retrouve volé, on devrait se poser cette question, avant que cela n’arrive. Il y a aussi la question de renforcer les capacités des pays qui demandent, aussi, le retour. Pas simplement à construire des musées, mais à avoir des professionnels formés sur ces questions, pour continuer à en assurer la conservation.

Comment faire alors, pour les accompagner ? Qu’est-ce qui manque, en fait ? Qu’est-ce qui bloque ? Parce qu’on n’a pas vu une restitution massive pour l’instant.

Je crois qu’il faudrait interroger les professionnels africains. Il faudrait interroger les pays pour savoir, peut-être, pourquoi on ne voit pas une demande massive de retour, de restitution de ces biens. Pour ce qui concerne l’Unesco, nous avons toujours très clairement dit que nous encourageons la négociation bilatérale entre les pays. Et c’est quand la négociation bilatérale a échoué, qu’en tant que troisième parti, nous pouvons offrir nos bons offices de médiation. Donc à partir de ce moment-là, le multilatéralisme peut prendre toute sa dimension et sa place pour aider à conclure ce type de négociation, qui parfois peut prendre des années et du temps à aboutir.

►À lire aussi : Quels actes concrets dans la restitution des œuvres d’art à l’Afrique ?

Pourquoi c’est si long ?

C’est long, parce que c’est une négociation. D’abord, certains de ces biens qui sont partis, sont inscrits, déjà, dans des inventaires et sont protégés par les lois nationales du pays où ils se trouvent. La plupart de ces biens sont dans des musées. Donc il y a des considérations importantes à prendre en compte pour que le retour de ces biens se passe dans des conditions tout à fait normales, acceptables et durables.

Est-ce que vous avez l’impression, ces dernières années, que des choses ont évolué dans les mentalités ? Je ne parle pas que de la France, mais peut-être d’autres pays européens.

Les choses ont beaucoup évolué. Nous sommes au Forum de Paris, aujourd’hui, et nous discutons de la restitution des biens culturels. Cela veut dire que c’est un aspect qui est important qui contribue à assurer la paix entre les peuples. Et donc on voit qu’il y a une prise de conscience, que c’est important. Et l’on voit aussi de plus en plus, qu’avec le temps les pays qui le demandent, considèrent que cela va contribuer à asseoir le développement durable dans le pays.

Quand on voit une position comme celle du Bénin, qui est une position de dire que l’objet ne va pas simplement rentrer, mais nous souhaitons aussi qu’il contribue à notre développement économique. On voit très bien que cette question a pris une autre dimension, aujourd’hui. On voit aussi qu’il existe de nombreux professionnels qui sont aujourd’hui formés en Afrique, qui comprennent et qui expliquent aussi à leurs gouvernants que c’est important de considérer la culture comme un facteur important de développement.

Est-ce que vous voyez des réticences encore chez certains pour ce sujet de la restitution des œuvres d’art ?

On constate quand même un positionnement assez favorable à la restitution. Ce qui peut aujourd’hui encore poser quelques soucis, ce sont les conditions qui vont permettre de faire aboutir ces restitutions. Parce que cela dépend des cadres législatifs qui protègent certains de ces biens culturels, dans les pays où ils se trouvent aujourd’hui et dans les musées où ils se trouvent.

Qu’est-ce que cela change dans les relations politiques entre deux pays, quand il y a eu accord pour une restitution d’œuvre d’art ?

Cela change beaucoup. Quand on écoute les autorités béninoises qui en font un aspect important de leur diplomatie internationale, on s’aperçoit que ce retour est une manière de montrer à la communauté internationale, aussi, que leur bien est important, qu’il parle un peu plus de leur histoire. Ils ont réussi à ramener ces biens culturels chez eux, donc il y a la fierté de montrer son patrimoine, de montrer sa culture. La richesse de son patrimoine culturel. Et comme disait Achille Mbembe, c’est aussi l’occasion, peut-être, pour certains de ces pays, d’achever la décolonisation.

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