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Les dessous de l'infox, la chronique

Liban, la contestation et les rumeurs

Audio 03:23
La rue en ébullition à Beyrouth au Liban.
La rue en ébullition à Beyrouth au Liban. RFI/Muriel Maalouf

Au 37ième jour du mouvement, la contestation reste vive au Liban avec ses moments festifs et ses moments de tension. De nombreux rassemblements sont programmés à travers le pays ce 22 novembre 2019, date du 76ème anniversaire de l’Indépendance. Comme une ombre au tableau cependant, les rumeurs se multiplient sur les réseaux sociaux, des infox qui visent à mettre en cause l’authenticité du mouvement de colère.

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La rumeur qui circule le plus, c’est celle de l’ingérence étrangère, l’idée selon laquelle la crise actuelle, loin d’être spontanée, serait fomentée par les Etats-Unis et Israël, avec l’intervention de leurs services secrets, dans un but bien précis : empêcher le Liban d’extraire le pétrole des gisements découverts sous son sol en 2009.

Outre le fait que ce type de thèse ne s’embarrasse pas de preuves, ceux qui la propagent font abstraction de l’historique du mouvement. Pour le politologue Joseph Bahout, les ferments de la colère sont bien présents au Liban, et cela depuis un moment déjà.

« Le Liban est au bord de l’explosion depuis des années, au niveau économique et social. Le système politique est à bout de souffle. Il y a eu déjà des répétitions générales, des sortes de prolégomènes de tout cela il y a quelques années avec la crise des ordures, et aussi avec l’irruption de certaines forces alternatives lors des élections législatives ou municipales. Ce qui s’est passé depuis quelques semaines au Liban et qui au fond est en train d’embraser le pays, est quelque chose que n’importe qui voyait venir. La question de savoir qui organise, comment tout cela est structuré est certes très importante mais il y a des éléments de réponse qui ne sont pas forcément ceux qu’apportent les tenants de la théorie du complot. »

Des éléments de réponse que l’on trouvera du côté d’une société civile très vivace au Liban depuis de nombreuses années, affirme Joseph Bahout.

Ces rumeurs qui mettent en avant un agenda régional et international minimisent aussi le ras-le-bol des militants de partis politiques qui prennent désormais leurs distances vis-à-vis des états-majors politiques, accusés de corruption, de clientélisme et d’incompétence.

Le spectre de la guerre civile

A l’inverse, les responsables au pouvoir –qu’ils en soient convaincus ou que cela serve leurs intérêts- agitent le spectre de la guerre civile et du complot ourdi par des agents de l’étranger. Le terrain est propice, favorisé par la peur de l’inconnu. La crainte de voir l’équilibre confessionnel voler en éclat, est bien réelle, dans une partie de l’opinion qui a souffert des années de guerre civile et d’occupation étrangère.

Depuis les accords de Taëf en 1989, le pouvoir en place repose en effet sur une sorte de pacte tacite entre les diverses confessions, confiant la présidence du pays à un chrétien maronite, le gouvernement à un sunnite et la présidence de l’Assemblée à un chiite. Le dispositif qui visait, à l’origine, à mettre fin à la guerre civile et prévenir les conflits interconfessionnels, semble néanmoins devenu facteur de paralysie plus qu’autre chose.

Parmi les composantes de ce pouvoir, le Hezbollah apparait, à travers les discours de son leader Hassan Nasrallah et sa chaîne de télévision Al Mannar, comme le plus fervent promoteur de la thèse complotiste incriminant Israël et les Etats-Unis. Cela n’a rien d’étonnant compte tenu du fait qu’étant une émanation de l’Iran, ce parti se trouve lui-même dans le collimateur de Washington. Pour autant, limiter le mouvement de colère des Libanais à une manipulation de l’administration américaine et de son alliée israélienne ne tient pas la route selon Joseph Bahout.

« Bien sûr que le contexte politique, l’encerclement de l’Iran, les sanctions contre le Hezbollah etc, peuvent nourrir ce narratif. Mais ce narratif est complètement cassé par le slogan principal de la rue qui n’appelle pas à la chute du Hezbollah, mais à la chute de la classe politique toute entière, dont certaines de ses branches alliées avec le Hezbollah de façon pragmatique et parfois même de façon cynique sont contre le Hezbollah et pro-américaines. Donc le narratif est complètement vaseux lorsqu’il est confronté à ce fait là. »

De fait, le mouvement déclenché mi-octobre par l’annonce de la taxation de Whatsapp met aujourd’hui en avant des mots d’ordre bien plus ambitieux. Les gens réclament des dirigeants capables de sortir le pays de l’ornière économique. Les critères d’intégrité et de compétence passeraient désormais devant l’appartenance confessionnelle.

Entretien avec Joseph Bahout.

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