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Chronique des médias

Pressions et répression en Bolivie

Audio 02:42
La police et l'armée bloquent une raffinerie à El Alto, le 19 novembre 2019.
La police et l'armée bloquent une raffinerie à El Alto, le 19 novembre 2019. REUTERS/David Mercado

La bataille de l’information en Bolivie où les journalistes et les médias sont au centre d’une lutte d’influence.

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Coup d’État ou pas coup d’État ? C’est sur ce clivage que les médias se départagent depuis que le président Evo Morales a renoncé à sa charge sous la pression de l’armée et de la police. Le quotidien argentin Pagina 12 constate que ce n’est pas qu’une « discussion sémantique » mais un « positionnement journalistique ». Si vous parlez de « crise institutionnelle » ou de « transition politique », alors c’est que vous laissez sa chance au gouvernement de fait qui s’est installé à La Paz sous la présidence autoproclamée de Jeanine Anez. Mais si vous préférez le terme de coup d’État, comme le Syndicat national des journalistes en France, alors vous êtes sur la même ligne que le président Morales, réfugié à Mexico. Les uns diront qu’il n’a pas respecté le résultat d’un référendum, en 2016, qui lui interdisait de se présenter pour un quatrième mandat, et que les élections d’octobre sont entachées d’irrégularités. Les autres répondront que tout a été fait pour obtenir ce départ, ce qui ressemble à un coup de force.

Le problème, c’est qu’au-delà des mots, il y a les faits. Et là, il faut être aveugle pour ne pas voir la répression le 15 novembre des manifestations indigènes à Cochabamba où 5 paysans ont été tués. Ou bien le 19 à Alto, près de La Paz, où plusieurs manifestants sont morts lors du déblocage d’une raffinerie. Il faut être aveugle aussi pour ne pas voir que s’opposent des nostalgiques de droite, Bible en main, comme le très médiatisé Luiz Fernando Camacho, surnommé le « Bolsonaro » bolivien, et des classes pauvres d’origine indienne plus proche de la Pachamama, la terre sacrée. Depuis 2006, ils savent ce qu’ils doivent à Evo Morales : une chute de 25% du taux de pauvreté et une croissance de 5% par an. On a pu parler de miracle bolivien !

Les faits sont souvent honnêtement relatés par les envoyés spéciaux mais corrigés par ce que Pagina 12 appelle « l’interprétation à distance » des présentateurs ou éditorialistes. En Bolivie, les journalistes sont aussi pris à parti voire agressés par les forces de l’ordre ou les manifestants. Des locaux sont saccagés et des émissions interrompues comme pour la chaîne Unitel, Bolivia TV ou la radio de Red Patria Nueva. Et selon Reporters sans frontières (RSF), des dizaines de quotidiens comme Los Tiempos ou Pagina 7 ont dû suspendre leur version imprimée pour des raisons de distribution. « La liberté de la presse est en grand danger en Bolivie » estime RSF. Le gouvernement de facto a déclaré qu’il agira selon la loi contre les journalistes qui soutiennent la sédition. Si ce n’est pas un coup d’État, ça y ressemble de plus en plus.

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