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Invité Afrique

«Il faut que notre conscience environnementale s'aiguise, c'est une histoire de survie»

Audio 05:07
Un homme marche devant des huttes de la région de Maradi, au Niger, le 29 juillet 2019.
Un homme marche devant des huttes de la région de Maradi, au Niger, le 29 juillet 2019. AFP/Luis Tato

L'agriculture africaine utilise de plus en plus de pesticides. C'est le constat que font plusieurs scientifiques africains dans une étude publiée par le réseau des Académies des Sciences Africaines. Armand Paraiso, entomologiste, spécialiste en protection des végétaux et professeur à l'université de Parakou répond aux questions d'Alexis Guilleux.

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Les experts s'inquiètent notamment de l'usage de néonécotinoïdes, des produits interdits en Europe, qui sont particulièrement nuisibles pour les abeilles et pour les nappes phréatiques. Avec une nouvelle menace, voir se déverser en Afrique des produits qui ne sont plus utilisés sur le Vieux continent.

RFI : Le rapport de l’académie des sciences africaines souligne qu’il y a de plus en plus de pesticides en Afrique, d’où vient cette évolution ?

Armand Paraïso : Ils en font de l’intensification abusive, de l’agriculture. Les gens veulent plus produire, croire que plus produire cela veut dire toujours utiliser plus d’insecticides alors qu’il y a ce qu’on appelle l’agriculture durable, qu’on peut faire sans l’abus d’insecticide.

Depuis quand on assiste à ce phénomène de pesticides de plus en plus nombreux ?

Depuis au moins une dizaine d’années. Surtout pour les pays qui font de la culture de coton et qui pensent qu’ils peuvent beaucoup exporter, avoir des devises. C’est pour gagner, pensent-ils, de la productivité, mais en fait quand on y regarde correctement il n’y a pas plus de productivité. Les terres sont de plus en plus importantes, mais la production n’est pas ce qu’elle doit être. Par exemple, je parle du Bénin. Il y a dix ans, les étendues des terres cultivées par le coton s’élevaient à 300 000 hectares. Aujourd’hui, c’est le double, mais la production au lieu d’augmenter à baisser.

►À écouter aussi : Chronique Agriculture et Pêche - La culture du coton et la dégradation des terres en Afrique de l'Ouest

Et dans ce rapport, vous mentionnez une crainte de voir des produits, qui étaient au départ utilisés en Europe, être utilisés en Afrique ?

Tout à fait. C’est le cas maintenant des néonicotinoïdes qui sont abondamment utilisés alors que ces mêmes néonicotinoïdes sont interdits en France. Ce pays se rend compte qu’il faut lutter contre cette perte de biodiversité. Nous, on est ici tranquillement à ne rien dire, on nous envoie le pesticide chimique qui ne s’utilise pas dans le pays qui vous les envoie. Vous finissez le produit, vous envoyez le coton. Ensuite dehors. Ça ne ressemble à rien. Ce n’est pas possible, ce n’est pas bon.

Quelles sont les cultures en Afrique qui utilisent le plus de pesticides ?

C’est le coton en première position. Le café, le cacao certainement bien après. Au Bénin, c’est le coton en première position. Il y a le maïs, le sorgho, le caféier, le palmier à huile, etc.

Est-ce qu’il y a des pays, au-delà des cultures, en Afrique qui sont particulièrement concernés par ces néonicotinoïdes, qu’ils utilisent plus que d’autres, et donc qui sont concernés par les risques ?

C’est le cas en Côte d’Ivoire et dans tous les pays producteurs de coton d’abord. Ils utilisent le même programme de protection, qui est un programme calendaire, qui ne se fait nulle part qu’en Afrique, sur le pays, comme tous les pays du Sahel. Et en dehors des pays du Sahel, il y a des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana, qui sont concernés aussi par cette utilisation de néonicotinoïdes.

Quels sont les dangers précisément de l’usage de ces néonicotinoïdes ?

L’abeille, par exemple, une fois qu’elle rentre dans ce champ traité, elle butine, et tout ça là contient des néonicotinoïdes. L’abeille rentre dans la ruche, partage avec celles qui sont à l’intérieur et qu’est-ce qui se passe ? Toutes meurent, parce qu’elles ont apporté du pollen, du nectar contaminé. Dans la mesure où on intervient maintenant avec des insecticides qui ne sont pas sélectifs, qui tuent tout, vous vous retrouvez sans rien. À telle enseigne que mieux vaut utiliser le système durable de culture que de se mettre à utiliser abondamment le pesticide chimique. Je ne dis pas qu’il ne faut pas cultiver le coton, on peut le cultiver, mais en réfléchissant parce que la nature nous a tout donné. Dans la nature, on peut tout trouver.

Comment concilie-t-on le double impératif écologique, d’agriculture durable, mais aussi celui de la sécurité alimentaire pour les habitants ? On sait qu’il y a plusieurs régions en Afrique où la population est en insécurité alimentaire.

Quand on est en sécurité alimentaire, on part tout de suite vers les produits chimiques. Quand on est en sécurité alimentaire, on pense plutôt à la façon dont on va faire pour produire durablement tout en ayant la sécurité alimentaire. On part pour une année ou deux années et après que vous avez des problèmes dans la production.

De nos jours, la science a de nombreuses solutions à offrir au développement et aux innovations agricoles. Il y a plusieurs alternatives que l’on peut utiliser dans le cadre de la lutte contre ces différents ravageurs qui s’utilisent déjà. Nous devons donc renforcer et mieux utiliser ce potentiel plutôt. Et les ressources scientifiques en Afrique, il suffira certainement de les coordonner et créer les synergies afin de pouvoir nous attaquer aux priorités qui sont les nôtres. Vous devez vous préoccuper des générations futures. Se préoccuper des générations futures veut dire que vous avez l’environnement dans lequel on vit, il faut d’une manière ou d’une autre que notre conscience environnementale s’aiguise pour que l’on puisse revenir à la réalité et utiliser les bonnes alternatives à la lutte chimique que l’on nous propose.

Les gens ne sont pas bêtes, ce n’est pas une histoire seulement d’intérêts économiques, c’est aussi une histoire de survie. Ce n’est pas quand le programme sera généralisé qu’on pensera à le résoudre, parce que cela est abondamment utilisé déjà. Et c’est utilisé sur plusieurs cultures : la culture ouvrière, la culture d’exportation, etc. Réfléchissons pour dire non aux pesticides qui ne sont pas bons à utiliser. Tout simplement.

► Pour lire le rapport (en anglais)

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