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La semaine de

Tournant délicat pour le Gabon

Audio 05:20
Jean-Baptiste Placca
Jean-Baptiste Placca RFI

Que pense donc le peuple gabonais de la redistribution en cours des pôles de pouvoir au sommet de l’État ? Plutôt que de revenir cette semaine sur l’invitation lancée par le président Macron à ses homologues africains du G5 Sahel, à un sommet de la clarification des relations avec la France, il y a urgence à se préoccuper de ce qui se passe au Gabon.

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Le jeu de pouvoir actuellement en cours au sommet de l’Etat à Libreville donne une impression d’ouverture de testament, où l’on se répartit les privilèges dans le cercle très fermé du noyau familial ; quelques amis recevant des bibelots, des dépendances... Et malheur aux vaincus ! Qu’ils soient fondés ou pas, les limogeages et arrestations ressemblent à ce qui se passe lorsqu’échoue une tentative de coup d’État de palais. On limoge et emprisonne pour que les perdants n’aillent pas étaler sur la place publique les maladies honteuses de la famille.

Tout cela semble faire peu de cas de l'opinion des Gabonais eux-mêmes. Et, comme chaque fois que l’on se comporte ainsi, il faut craindre un rejet massif et violent du peuple, au moment où l’on s’y attendra le moins. Hélas, qui dit violence au Gabon implique fatalement les étrangers, car ce pays demeure, sur le continent, un de ceux qui comptent le plus d’Africains d’autres nationalités au kilomètre carré, en comparaison avec sa population. A quel point faut-il être inconscient pour ne pas réaliser que si la situation se dégrade au Gabon, peu de pays du continent échapperont aux conséquences !

Dans le bal des limogeages, disgrâces et emprisonnements actuellement en cours, le plus attristant n’est donc pas tant l’humiliation infligée à des gens qui n’ont, eux-mêmes, jamais existé que par une certaine propension à écraser les autres pour s’élever dans le sable mouvant de la vie politique nationale. Les Africains ne peuvent rester indifférents à tout cela…

Qui peut intervenir aujourd’hui et pour dire quoi à qui ?

Là est tout le problème. Car il se trouve, hélas, que plus personne aujourd’hui ne semble avoir sur ce continent l’autorité nécessaire pour attirer l’attention des dirigeants – et de leur entourage – sur ce qui n’est pas juste, sur ce qui est inacceptable dans la façon dont ils gèrent leur pays. Tout le monde est roi chez lui. Et personne ne veut vexer son homologue par des observations sur les risques qu’il peut faire courir à son pays et à ses voisins. Mais, à force de se taire là où il aurait fallu parler, on entérine ce que les « afro-sarcastiques » considéraient naguère comme l’Afrique des roitelets. Chacun chez lui, tout petit dictateur peut, à l’intérieur de ses frontières, faire ce qu’il veut, soumettre son peuple, y compris par des méthodes totalement inacceptables. Soit-disant au nom de la souveraineté de chacun, l’on se tait, laissant couver les risques majeurs. Ainsi du génocide, il y a peu, au Rwanda.

Alors, vient le temps des larmes…

Oui, des larmes de crocodile. Et tout le monde se mêle de tout ; et l’on perd des années à tenter, en vain, de ramener la paix, là où l’on n’aurait pas dû l’avoir perdue. La Côte d’Ivoire, c’était hier. Mais qui s’en mêle aujourd’hui, alors que les sources d’inquiétude sont là, visibles à l’œil nu, pour les échéances futures ?

Autrefois, dans l’Afrique des dictateurs, au moins, il existait quelques pôles de médiations, des chefs d’État qui avaient suffisamment d’autorité pour raisonner certains de leurs pairs. Aujourd’hui, c’est comme si toutes ces boussoles avaient disparu.

Aux États-Unis d’Amérique, par exemple, il y a des lois fédérales, une Constitution, au-dessus des spécificités de chaque État pour, si nécessaire, rappeler à l’ordre un gouverneur tenté de violer les droits des populations de son État.

Qui donc, en Afrique, rappellera à l’ordre les dirigeants de tel pays d’Afrique de l’Ouest, pour leur dire qu’ils ne peuvent laisser leur armée tuer chaque semaine une demi-douzaine de leurs concitoyens, au nom d’une réforme constitutionnelle qui plane, telle une épée de Damoclès, sur la limitation qui interdit au chef de l’État de briguer un troisième mandat ?

Il est des moments où l’Afrique, publiquement ou dans la discrétion, doit parler pour prévenir le pire. Et le Gabon est, nous semble-t-il, à un de ces tournants. Ceux qui se taisent aujourd’hui sont par avance disqualifiés à prétendre jouer demain les conciliateurs.

Il n’empêche que le 5 décembre, Noureddin Bongo Valentin, le fils d’Ali Bongo, a été nommé Coordinateur des Affaires présidentielles.

C'est un poids d’une lourdeur indescriptible sur un jeune homme qui n’a même pas 30 ans. Il est à l’âge auquel la plupart des jeunes Gabonais diplômés sont encore au chômage. Ou cantonnés à de petits boulots. Les charges que lui confère son nouveau titre tendrait à en faire sinon un président bis, du moins un super Premier ministre. La lecture la plus simple que l’on peut faire de cette promotion fulgurante est que ceux qui disent le président irrémédiablement diminué n’ont peut-être pas tout à fait tort.

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