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Invité Afrique

South African Airways: «Il y a trop de politique dans le management»

Audio 07:37
Le Malien Cheikh Tidiane Camara préside à Paris le cabinet de conseil Ectar.
Le Malien Cheikh Tidiane Camara préside à Paris le cabinet de conseil Ectar. ©ectar.aero

Le crash du Boeing d'Ethiopian Airlines, la quasi-faillite de South African Airways... 2019 est une mauvaise année pour le transport aérien en Afrique. Et ce n'est pas seulement à cause du constructeur Boeing. Le Malien Cheikh Tidiane Camara a été le directeur d'Air Afrique pour l'Europe. Aujourd'hui, il préside à Paris le cabinet de conseil Ectar. Il livre son analyse au micro de Christophe Boisbouvier.

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RFI : Le crash du Boeing d’Ethiopian Airlines, en mars dernier, l’état de banqueroute de South African Airways, aujourd’hui… Est-ce que l’on peut parler d’une année maudite pour le transport aérien en Afrique ?

Cheikh Tidiane Camara : Vous savez, des événements de la sorte il y en a eu pas mal. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est une année maudite. Disons que, oui, il y a eu quelques problèmes, en effet. Mais parallèlement, il y a d’autres bonnes nouvelles. Par exemple, Air Sénégal, qui s’équipe d’avions neufs, performants.

Air Sénégal qui vient d’acquérir un deuxième Airbus A330 ?

C’est bien cela, oui.

Pour concurrencer Air France sur les lignes Sénégal-Europe ?

Oui, entre autres. Mais le projet Air Sénégal fait partie du plan Sénégal émergent du président Macky Sall. Vous savez, aujourd’hui, dans pas mal de pays, la pertinence d’une compagnie aérienne ne se mesure plus comme ce fut le cas, à l’aune de la seule rentabilité de son exploitation. En fait, on tient aussi compte de son apport à un système plus global qui intègre d’autres aspects connexes, notamment la gestion aéroportuaire, l’assistance à l’escale, le tourisme, globalement le rayonnement du pays.

C’est-à-dire que le développement d’Air Sénégal coïncide avec l’ouverture d’un nouvel aéroport pour Dakar ?

Oui, l’aéroport Blaise Diagne, où les Sénégalais ambitionnent de faire une plateforme sous-régionale et la compagnie Air Sénégal rentre dans ce cadre-là de manière tout à fait idoine.

Et est-ce que cette concurrence entre Air Sénégal, Air France et d’autres compagnies peut faire baisser les prix ou pas ?

En général, la concurrence fait toujours baisser les prix. Donc effectivement, les passagers vers le Sénégal devraient en profiter.

Sept mois après le terrible crash d’un Boeing 737 MAX d’Ethiopian Airlines, l’ancien ingénieur en chef de la compagnie éthiopienne a porté plainte devant l’administration fédérale américaine, en dénonçant un certain nombre de manquements dans son ancienne compagnie. Il parle de « mécaniciens surmenés, d’employés sous-qualifiés et de pilotes épuisés ». Révélation d’Associated Press.

Oui, effectivement, j’ai lu cela dans la presse. Rappelez-vous, lors de notre dernier entretien, j’ai été d’ailleurs à cette occasion l’objet d’une volée de bois verts de certains de vos lecteurs sur Facebook, ne comprenant pas que je mette en doute, ou que je semble mettre en doute, la fiabilité d’Ethiopian Airlines. Ce que ne n’avais pas fait, d’ailleurs. À cette époque-là, je ne m’imaginais pas du tout qu’un ingénieur en chef allait porter des accusations aussi graves, et pour certaines très précises, concernant le respect des normes de sécurité de son ex-compagnie. La direction générale d’Ehtiopian Airlines a formellement, catégoriquement, démenti tout ceci, mais n’empêche que le doute à partir de là s’est instillé dans la tête de pas mal de professionnels.

Et cet ancien ingénieur en chef affirme même que la compagnie Ethiopian possède un centre de détention secret où elle interroge, intimide et maltraite les employés rebelles. Est-ce que c’est crédible ?

Je n’ai aucun élément pour apprécier la véracité ou non de cette affirmation. Mais sous d’autres aspects, il a porté des accusations graves, visiblement étayées par des courriers adressés à sa direction. Cela me semble des choses, quand même, sur lesquelles on peut s’interroger.

Est-ce qu’Ethiopian a grandi trop vite ?

Je ne sais pas si elle a grandi trop vite. À écouter l’ingénieur principal, oui. Mais il y a une chose qui est évidente, c’est que l’expansion, en dix ans, est extraordinaire. Que cela puisse poser quelques problèmes, c’est possible aussi.

Pour sa défense, la compagnie Ethiopian affirme que toutes les accusations sont fausses et qu’il s’agit des commentaires d’un ancien employé mécontent.

Oui, c’est vraisemblable. Mais ce qui m’a interpellé, et je ne suis pas seul à le penser, ce sont les accusations qui sont pour certaines très précises. Maintenant, la FAA, qui est une administration quand même très sérieuse, devrait, à mon avis, mener sa petite enquête et édifier l’opinion sur ce sujet-là.

La FAA c’est l’Administration fédérale américaine sur le transport aérien ?

Américaine, absolument.

Et qui a reçu la plainte de cet ancien ingénieur d’Ethiopian et qui est en train de l’instruire, c’est cela ?

Pour l’instant, je n’ai aucune information sur un avis quelconque émis par cette administration.

Pour éviter la faillite, South African Airways vient de recevoir 273 millions de dollars. Pourquoi cette compagnie aérienne, la deuxième du continent, est-elle au bord de la banqueroute ?

La South African, à mon avis, a de gros problèmes. Le premier étant l’immixtion du politique dans la gestion de cette compagnie, ce qui crée une instabilité chronique du top management. Je crois que les dix dernières années, il n’y a pas un seul directeur général qui ait passé plus de deux ans à la tête de cette compagnie. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que cette compagnie conduise une stratégie de développement à terme ? Ce n’est pas possible.

Vous parlez de l’immixtion du politique, l’ancienne PDG de la compagnie, Madame Dudu Myeni, qui était une proche de l’ancien président Zuma, est poursuivie en justice pour mauvaise gestion. Est-ce que South African Airways a pu servir de vache à lait à une époque ?

Personnellement, je n’ai pas d’éléments pour affirmer cela, mais c’est quelque chose qui a été dit et redit en Afrique du Sud. Il est évident que, dans l’opinion publique sud-africaine, la corruption est un des éléments qui expliquent la situation de la compagnie aérienne.

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