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Aujourd'hui l'économie

Pourquoi la cotation de la Saudi Aramco est un vrai faux succès

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Le géant pétrolier saoudien Aramco prêt pour son entrée en bourse.
Le géant pétrolier saoudien Aramco prêt pour son entrée en bourse. REUTERS/Maxim Shemetov

Cette journée est historique pour l'Arabie Saoudite: la poule aux œufs d'or du royaume, la société pétrolière publique Saudi Aramco fait ses premiers pas à la bourse de Riyad. L'opération déjà présentée comme un succès financier va-t-elle réellement atteindre les objectifs affichés au départ ?

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L'Arabie se targue déjà de réaliser la plus grosse introduction en bourse de l'histoire, son montant dépassera les 25 milliards de dollars, quelques centaines de millions de plus que le score du Chinois Alibaba à la bourse de New York. Et dans la foulée l'américain Apple va perdre sa couronne de plus grande société au monde en termes de valorisation boursière, puisqu'Aramco pèsera 1 700 milliards de dollars. L'action est mise en vente au prix de 32 riyals, environ 8 dollars 50. Il lui faudrait gagner 18 % pour dépasser la barre des 2 000 milliards de dollars, l'objectif initial fixé par le prince héritier Mohammed Ben Salmane lorsqu'il a lancé cette introduction en bourse, il y a maintenant trois ans. Or sur la bourse de Riyad, la cotation est suspendue quand le titre gagne ou perd plus de 10 %. Ce chiffre euphorique ne sera donc pas atteint aujourd'hui. C'est une déception pour le royaume, et c'est précisément parce que les attentes étaient trop grandes que cette introduction pourrait à terme se transformer en flop économique.

Le ministre saoudien du Pétrole affirme pourtant que cette barre symbolique sera très vite franchie.

C'était il y a quelques jours à Vienne, lors de la réunion de l'OPEP, où le demi-frère du roi, son homme de confiance, a fait son métier de promoteur de la Saudi Aramco. La plupart des analystes occidentaux estiment d'ailleurs que cette barre peut être franchie, mais que ce sera sans doute un sommet passager, car l'entreprise, aussi belle soit-elle, en termes de bénéfices, les plus juteux au monde, de coût de production, les plus bas du secteur pétrolier, est néanmoins piégée par l'évolution du cours du baril et encore plus par sa nationalité. En tant que chef de file du cartel pétrolier, l'Arabie saoudite restreint à sa guise la production de l'OPEP pour faire remonter les prix, c'est ce qui vient de se décider à Vienne, or cette politique n'est pas vraiment dans l'intérêt d'une société cotée. Le moyen le plus direct pour faire grimper son action reste de produire davantage. Difficile d'attirer des actionnaires durables avec de telles contradictions à surmonter. Au moment où la consommation des hydrocarbures tend à baisser, aujourd'hui faute de demande, et demain sans doute aussi pour des raisons environnementales.

Cinq millions de Saoudiens ont souscrit à l'achat d'actions de la Saudi Aramco: cette introduction en bourse est au moins un succès national.

Un succès national c'est vrai, voire une fête patriotique, alors que cette opération a été imaginée au départ pour attirer les investisseurs étrangers. Un soutien recherché pour accompagner la sortie de la rente pétrolière. C'était l'objectif fixé en 2016. Quand Mohammed Ben Salmane pensait récolter 100 milliards de dollars qu'il voulait injecter dans sa Vision 2030, son plan pour diversifier l'économie avec le secteur privé. Mais faute d'engouement à l'international, l'opération est revue à la baisse, divisée par quatre, et elle se déroule finalement à domicile. Sa mission économique a échoué : elle s'est transformée en opération très politique totalement téléguidée par un prince héritier qui se rêve en réformateur. Les riches familles ont été fermement incitées à soutenir l'action. Là encore pas vraiment le bon signal envoyé aux entreprises pourtant indispensables pour sortir du tout pétrole.

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