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Invité Afrique

Paul Bakwa Lufu: «La RDC n'avait pas de musée digne de ce nom»

Audio 05:00
Une des salles d'exposition du tout nouveau Musée national de la République démocratique du Congo à Kinshasa.
Une des salles d'exposition du tout nouveau Musée national de la République démocratique du Congo à Kinshasa. AFP/Samir Tounsi

C'est un nouveau haut lieu de la culture en République démocratique du Congo (RDC). Le Musée national de RDC a été inauguré le mois dernier à Kinshasa. Pas moins de 400 œuvres y sont exposées parmi les 12 000 fournies par l'Institut national des musées. Une manière de donner accès au patrimoine culturel de la RDC et de raconter l'histoire du pays, de l'époque précoloniale jusqu'à aujourd'hui. Paul Bakwa Lufu, professeur d'archéologie et directeur général de l'Institut national des musées nationaux du Congo, répond aux questions d'Alexis Guilleux.

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RFI : Quel est l’objectif de ce Musée national de République démocratique du Congo (RDC) ?

Paul Bakwa Lufu : L’objectif est la conservation pérenne du patrimoine culturel, dans les bonnes conditions de conservations. Comme vous le savez, la République démocratique du Congo n’avait pas un musée digne de ce nom et avec les normes internationales de conservation. C’est ainsi que la Corée du Sud a accepté de nous construire ce musée pour que nous puissions conserver convenablement le patrimoine national de notre pays. C’est un musée ethnographique, essentiellement, c’est-à-dire qu’on trouve des objets provenant de différentes communautés de la République démocratique du Congo, bien sûr, des œuvres d’art, mais qui au départ, étaient des objets destinés aux besoins de la vie quotidienne de la population. Il y a l'ancêtre hemba, il y a Ndop, représentant la statue du roi kouba. Ce sont pratiquement des objets qui peuvent être considérés comme la Joconde ici. Donc on raconte un peu, d’une façon schématique, on représente les objets qui montrent le cheminement de notre histoire.

C’est un musée national qui présente également les différents peuples de RDC. Est-ce qu’il n’y a pas un risque d’afficher une lecture tribale, ethnique, du pays ?

Non, il n’y a pas ce risque-là. Je crois que le musée au contraire est un lieu de rassemblement, c’est le lieu où tous nos ancêtres de différentes communautés, pour ne pas utiliser le concept que je considère comme colonial d’attribuer à des ethnies, donc il y a les objets qui représentent quelques communautés de notre pays, au total environ 67 communautés qui sont représentées sur plus de 500 que nous avons. Cela montre bien que la RDC est constituée de différentes communautés, et toutes ces communautés forment une certaine cohésion, une certaine unité, et toutes ces communautés sont représentées par le design qui se trouve dans le musée, sans indiquer réellement les endroits où elles sont situées dans le pays, nous trouvons la que c’est une présentation qui a un sens, qui montre bien que toutes ces communautés sont ensembles, sont unies, et qu’il n’y a pas de différences entre eux, ou de conflits.

Sur le sujet des restitutions des œuvres d’art, le président Félix Tshisekedi a souligné qu’il y avait d’autres urgences avant d’approfondir ce travail avec la Belgique. C’est un avis que vous partagez ?

Pour nous, la restitution, ce n’est pas un nouveau problème qui est posé pour la première fois, et la restitution ne suppose pas le démantèlement des musées occidentaux, la restitution doit être réfléchie d’une façon calme, sans pression, voir dans nos collections qu’est-ce qui manque, qu’est-ce que nous pouvons avoir. Nous devons être conscient qu’il y a des œuvres d’art qui ont été acquises d’une façon légale par les coloniaux ou les musées occidentaux, donc pour nous, comme le président l’a dit, il y a une priorité, le président et le pays a d’autres priorités, et nous savons que dans nos régions, dans nos villages il y a encore beaucoup d’œuvres d’art. Si nous avons des moyens, nous pouvons acquérir beaucoup d’œuvres d’art et nous pouvons compléter nos séries que nous avons ici.

Est-ce que les conditions de conservation actuelle en RDC sont suffisantes pour accueillir encore de nouvelles œuvres d’art ?

Ce n’est pas l’espace qui manque. On peut bien accueillir les œuvres d’art.

Ce musée est une vitrine. Dans un pays aussi vaste que la RDC, comment on donne accès à de telles œuvres pour la population qui est éloignée de la capitale Kinshasa ?

Oui, nous en sommes conscients, comparativement au pays comme le vôtre, la France par exemple, il y a au moins 4 000 musées, nous sommes conscients que nous sommes très loin de l’idéal de la conservation muséale, mais avec la création de ce nouveau musée, c’est une étape qui est franchie, c’est un pas dans la bonne direction et je crois qu’avec le temps, on va s’engager pour qu’on puisse construire des musées à travers le pays, pour qu’on puisse rapprocher le patrimoine avec la population, et le musée va inculquer l’esprit de conservation et je crois que nous en avons besoin et les autorités sont conscientes de cette nécessité.

RDC: le Musée national inauguré à Kinshasa

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