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Aujourd'hui l'économie, le portrait

Ren Zhenfei, le début d’un désamour pour le patron de Huawei?

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Huawei a étendu son empire à l'Afrique et à l'Europe. Il est représenté au salon électronique IFA à Berlin, en Allemagne, le 5 septembre 2019.
Huawei a étendu son empire à l'Afrique et à l'Europe. Il est représenté au salon électronique IFA à Berlin, en Allemagne, le 5 septembre 2019. REUTERS/Hannibal Hanschke

Dans notre série de fin d’année : le portrait de Ren Zhengfei, le très discret PDG de Huawei. Son groupe se retrouve au cœur de la guerre commerciale de la Chine avec les États-Unis. Paradoxalement, ce sont les Chinois eux-mêmes qui pourraient infliger un camouflet à leur emblème national.

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Qualifié avec son rival national ZTE de menace pour la sécurité américaine, Huawei a été banni des fonds fédéraux pour ses services et ses équipements. La commission fédérale des communications a interdit aux opérateurs télécoms américains de recourir à son fonds de service universel pour acheter des équipements aux deux entreprises chinoises. L'enjeu est de taille : banni de ce fonds, Huawei perd 8 milliards et demi de dollars d'aides. Le groupe a décidé de porter plainte.

Huawei sur la liste noire américaine

C'est la deuxième plainte portée par Huawei aux États-Unis. La précédente visait la loi de finances du ministère américain de la Défense, qui interdisait aux administrations d'acheter des équipements ou services fournis par le géant chinois. Le département du Commerce avait par ailleurs placé l’équipementier chinois et ses filiales sur une liste noire d'entreprises interdites de faire du commerce avec des sociétés américaines. Ren Zhengfei se tient à l’écart de cette bataille judiciaire, se contentant d’envoyer des communiqués officiels. Qui est donc ce patron très discret de Huawei ?

Les débuts

Fils d'instituteurs, le plus âgé d’une fratrie de huit enfants, Ren Zhengfei grandit dans un village de la province de Guizhou. Il a cinq ans quand naît la République populaire de Chine. Diplômé en génie civil, Ren Zhengfei participe à l'industrialisation du pays, s'enrôle dans l'armée et devient membre du Parti communiste. Aujourd'hui âgé de 75 ans, l'ancien colonel se souvient dans une interview donnée à la télévision taïwanaise, comment avec quelques milliers de yuans en poche, il a créé en 1987 Huawei : « Rien ne laissait penser que cette entreprise devienne ce qu'elle est aujourd'hui. J'étais militaire, et avec les réductions des effectifs dans l'armée, les militaires comme moi, on s'était retrouvé sur le marché du travail. Mais nous ne connaissions rien à l'économie de marché. Alors, on a débuté comme revendeurs de téléphones. Nous étions obligés de réduire nos marges pour gagner la confiance du marché. On l'a tellement bien fait que l'entreprise qui nous embauchait a fini par nous licencier. Alors, on s'est tourné vers la fabrication de matériel de télécommunication. »

C'est à Shenzen, l'une des six zones économiques spéciales établies par le gouvernement de l'époque pour relancer l'économie, que Ren Zhengfei fonde son entreprise. À l'époque, très peu de Chinois possèdent un téléphone. Une opportunité pour ce jeune entrepreneur qui travaille alors 16 heures par jour. Les salariés doivent suivre le rythme. Mais certains craquent. Contraint et forcé, Ren Zhengfei finit par se soumettre aux lois locales sur la santé et la sécurité au travail. Il met en place un plan d'actionnariat salarié. Trente ans plus tard, Huawei devient numéro deux mondial du marché des smartphones, après Samsung, et réalise 107 milliards de dollars de chiffre d'affaires par an.

Employeur froid et injuste

Mais ce symbole de réussite a été terni ces derniers temps. Huawei a poursuivi l'un de ses employés pour extorsion de fonds après l'avoir licencié à l'amiable avec des dédommagements. Résultat : l'employé a passé huit mois en prison avant que la justice lui donne raison. L’employé a pris soin d’enregistrer son entretien de licenciement. L'info a fuité sur les réseaux sociaux, aussitôt censurés par Pékin. Trop tard : Huawei est désormais qualifié d'employeur froid et injuste. Certains Chinois appellent à son boycott.

Le Chinois inquiète

À l’étranger, le passé militaire de Ren Zhengfei pose problème. Les Occidentaux soupçonnent l’ancien colonel d'entretenir des liens étroits avec l'armée et le gouvernement chinois. Huawei rejette ces accusations. « Il s’agit d’une guerre économico-politique », estime Thomas Husson, vice-président du cabinet d'études Forrester : « Les États-Unis font pression sur leurs alliés, notamment en Australie, en Angleterre, en Nouvelle-Zélande et dans les différents pays européens pour qu’ils ne travaillent pas non plus avec les équipementiers chinois et qu’ils favorisent davantage des solutions américaines. »

Après la conquête du marché national, Huawei a étendu son empire à l'Afrique et à l'Europe. Mais ses déboires avec la justice américaine ainsi que les voix critiques qui se lèvent parmi les internautes chinois pourraient lui coûter très cher. La fille du patriarche, Meng Wanzhou, la directrice financière du groupe, est menacée d'extradition vers les États-Unis pour fraude. Ce serait un coup dur pour Ren Zhengfei, qui voulait que Meng lui succède.

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