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Revue de presse française

À la Une : un exécutif bien affaibli

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Jean-Paul Delevoye (d), lors de la remise du rapport de sa commission sur la réforme des retraites au Premier ministre français, Edouard Philippe à l'hôtel Matignon, à Paris, le 18 juillet 2019.
Jean-Paul Delevoye (d), lors de la remise du rapport de sa commission sur la réforme des retraites au Premier ministre français, Edouard Philippe à l'hôtel Matignon, à Paris, le 18 juillet 2019. Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

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Doublement affaibli même… Le gouvernement doit faire face à une grève massive ce mardi 17 décembre, contre la réforme des retraites et dans le même temps, il se voit privé de l’homme clé de sa réforme, à savoir Jean-Paul Delevoye, qui a démissionné hier, après les révélations successives sur ses « oublis » dans sa déclaration d’intérêt.

Libération ne mâche pas ses mots : « cette affaire jette une ombre sur le 'gouvernement des meilleurs' censé mettre en œuvre le savoir-faire réformateur des macroniens. Ainsi il n’y a pas eu, au sein de cet aréopage de têtes d’œuf, un seul responsable pour mettre en garde le haut-commissaire des risques qu’il prenait en continuant de se faire rémunérer alors qu’il devenait ministre. Il suffisait pourtant, s’exclame Libération, de relire la Constitution. Le doute, au demeurant, s’étend maintenant au projet lui-même, poursuit le journal. A chaque pas, on découvre un nouveau problème, un nouveau piège, une nouvelle chausse-trape. À chaque étape, il faut préciser, déminer, éclaircir, corriger, colmater. On comprend que beaucoup de salariés, n’ayant pas l’encyclopédique savoir de Jean-Paul Delevoye, expriment leur inquiétude dans la rue, comme ils le feront ce mardi. »

Et Libération de porter l’estocade : « les macronistes n’ont pas de mots assez durs pour les professionnels de la politique qui dominaient l’ancien monde. On voit ce qu’il advient depuis qu’on les a remplacés par des amateurs. »

« Que de temps perdu, soupire Paris-Normandie, alors qu’il y a pourtant urgence à sortir d’un conflit social dur et qui, à l’approche des fêtes de fin d’année, fait craindre une pagaille monstre. L’affaire en tout cas révèle une fois encore l’incapacité de nos dirigeants politiques à prendre une décision rapide qui éviterait l’enlisement et la cristallisation des grognes. (…) En tardant à trancher le cas Delevoye, pointe encore le quotidien normand, le gouvernement s’est donc affaibli face à un front syndical qui entend aujourd’hui faire la démonstration de sa solidité. »

« Qu’il s’en aille avec sa réforme ! »

« Voilà donc le gouvernement soulagé d’un poids, relèvent Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Mais aussi, du même coup, privé de l’un de ses principaux atouts. Car si l’ancien ministre de Jacques Chirac ne connaît pas bien la liste de ses mandats et le montant de ses revenus, il sait en revanche par cœur les codicilles de la réforme des retraites, maîtrise comme personne les subtilités syndicales et possède un don inné pour la négociation. Cette science-là va cruellement manquer alors que débute seulement le bras de fer. Alors que tout va se jouer. »

En effet, renchérit La Croix, « Le haut-commissaire aux retraites était bel et bien fautif. Il est normal qu’il en subisse des conséquences. (…) Mais, en même temps, pointe le quotidien catholique, « on est en droit de s’interroger sur la brutalité de la vie politique qui aboutit à discréditer un homme ayant accompli sa mission de préparation de la réforme des retraites dans un esprit de loyauté unanimement reconnu. On rappellera notamment qu’au mois de septembre, il avait eu le cran de se rendre à la Fête de L’Humanité pour un débat en public avec le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. En réalité, dans cette affaire, estimeLa Croix, ce ne sont pas les oublis de Jean-Paul Delevoye qui ont été le moteur des révélations de ces derniers jours ; c’est la volonté de porter un coup à la réforme des retraites. Ce que résume très bien la formule utilisée par Manon Aubry (de La France insoumise) : 'Qu’il s’en aille avec sa réforme'. »

Finalement, « tout le monde est perdant, déplore La Charente Libre. Même les opposants politiques drapés dans leurs traditionnels cris de victoire quand un adversaire se retire. C’est aussi le cas des retraites dont une bonne partie de l’avenir se joue ce mardi : dans un contexte très tendu, la perte inévitable d’un Delevoye réduit le périmètre d’un dialogue social déjà en ruines. Parce que les syndicats reconnaissaient en leur interlocuteur un 'homme de dialogue' (pour FO) et 'loyal' (pour la CFDT). Son successeur désigné dans l’urgence aura lui une feuille de route beaucoup plus verticale. »

La grève de ce mardi pèsera lourd dans la balance

Pour L’Humanité, il ne faut pas oublier l’essentiel… « L’architecte de la réforme des retraites n’est que le douzième d’une liste de ministres démissionnaires depuis l’élection présidentielle, dont une majorité pour des soupçons d’affaires d'argent. Mais sa chute ne signifie pas la disparition de son projet, de bien plus grande conséquence pour les salariés que ses rémunérations indues ou oubliées. (…) La journée d’action aujourd’hui pèsera lourd dans la balance, prévient L’Humanité, bien plus qu’une démission, pour que l’entêtement d’Emmanuel Macron à briser le droit aux retraites ne perturbe pas Noël. »

En effet, constate Le Figaro, « les syndicats seront dans la rue ce mardi pour faire plier l’exécutif. » Mais ce constat est le seul point d’accord avec L’Humanité… Et le quotidien de droite de hausser le ton : « en perdition depuis la crise des « gilets jaunes », la gauche et les syndicats voient dans la réforme des retraites une aubaine pour prendre leur revanche. Peu importe leurs divergences, ils rêvent d’en découdre avec Emmanuel Macron. Les prochaines manifestations permettront de mesurer leurs forces. Sans doute pourront-ils compter sur les habituels bataillons de la fonction publique. Mais peut-être pas sur l’autre France, celle du privé, qui subit la grève et qui s’est jusqu’ici montrée fort discrète dans les défilés. »

Alors, « le bras de fer se poursuit. (…) Demeure une réalité, constate L’Est Républicain. Il faudra à un moment ou à un autre passer par la case négociations. Le gouvernement joue l’attente et le ras-le-bol de l’opinion publique. Mais l’expérience l’a prouvé, une grève dans les transports peut durer. Jusqu’à quand ? (…) Les vacances de Toussaint avaient été gâchées par un mouvement surprise, celles de fin d’année pourraient subir le même sort. Une douloureuse manie. En cette période où brillent déjà les lumières de la fête, personne ne semble en effet disposé à faire de cadeaux. »

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