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Invité Afrique

Angola: «C'est un procès à sens unique» selon Sindika Dokolo

Audio 05:10
L'homme d'affaires et collectionneur d'art congolais Sindika Dokolo aux côtés de son épouse, Isabel dos Santos, fille du président angolais.
L'homme d'affaires et collectionneur d'art congolais Sindika Dokolo aux côtés de son épouse, Isabel dos Santos, fille du président angolais. AFP/Publico/Fernando Veludo

La justice angolaise a décidé de saisir les biens d'Isabel dos Santos et de son mari, Sindika Dokolo. La fille de l'ancien président et son conjoint sont accusés d'avoir causé des pertes de plus d'un milliard de dollars à l'État angolais. Pour répondre à ces accusations, Sindika Dokolo répond aux questions de Sonia Rolley.

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RFI : Comment réagissez-vous à cette demande de la justice angolaise de saisir vos biens, ainsi que ceux de votre femme ?

Sindika Dokolo : Avec consternation, parce que ce n’est pas possible en Angola. Mais le procès qui aboutit à cette décision s’est tenu dans le secret le plus total, c’est-à-dire que ni moi ni mon épouse ni nos avocats ni les mandataires qui représentent nos sociétés n’y ont été associés. Donc, c’est un procès complètement à sens unique. Je le dénonce. Ce n’est pas comme ça que fonctionne l’État de droit. Il faut qu’on puisse se défendre et mettre en cause les pièces et les accusations qui sont portées contre vous. C’est le minimum d’une justice crédible.

La justice angolaise le présente comme des mesures conservatoires en raison d’importants manques à gagner créés par des activités que vous avez menées conjointement avec des sociétés d’État, c’est-à-dire essayer d’éviter d’avoir plus de pertes…

S’il fallait prendre des mesures conservatoires contre tous les partenariats que l’État angolais a faits dans le secteur privé dans lequel il aurait perdu de l’argent, il n’y aurait plus beaucoup d’actifs libres en Angola. C’est une première chose. Puis deuxièmement, au niveau du timing et de la méthode, sachant qu’il y a réellement une espèce de vendetta, une ambiance politique qui est assez désastreuse en Angola à l’heure actuelle entre le nouveau président et l’ancien, je pense qu’effectivement, c’est très compliqué de considérer ou d’imaginer que ces mesures puissent être légitimes.

Parce que les sommes qui sont évoquées sont énormes. Vous êtes accusés par exemple à travers votre société Exem Energia BV de ne pas avoir remboursé par exemple 75 millions d’euros de parts dans la société Esperanza qui était une « joint-venture » avec la Sonangol…

Quand on fait des affaires à un certain niveau, ce n’est pas tant les montants qu’il faut mettre en cause que la légitimité des « process ». Ce paiement notamment, on est en train d’en discuter au tribunal arbitral en Hollande. Parce qu’en octobre 2017, le paiement était fait. En octobre 2017, la Sonangol était dans une situation presque de cessation de paiement. Donc, elle nous a demandé d’avancer les délais qui étaient normalement d’un an de plus. Donc, on a fait un paiement et on a négocié que ce paiement soit fait en kwanza. Quatre mois plus tard, en janvier, l’administration de la Sonangol extourne l’écriture, nous renvoie l’argent, sauf que les 70 millions en kwanza qui m’étaient envoyés ne valaient plus que 50 millions. Donc évidemment, nous avons refusé ce comportement unilatéral et donc, nous avons décidé de faire appel devant une juridiction indépendante étrangère. C’est complètement manipulateur de dire aujourd’hui qu’on doit cet argent. En plus, nous sommes partenaires dans un véhicule dans lequel nous avons des participations qui valent largement ce montant-là. Nous avons déjà proposé éventuellement de faire un paiement par cessions d’actions. Effectivement, si on avait eu l’opportunité de présenter notre version des faits, le résultat de ce procès aurait certainement été différent.

On vous reproche, par exemple, d’avoir obtenu des avantages, de vous être fait financer des opérations, d’avoir tenu des contrats sans appel d’offres…

Il y a plein de gens qui se sont fait financer des opérations, c’est légal. C’est ça qui me fait halluciner. C’est comme si vous me reprochiez d’être moche. Ok, suis moche, mais c’est illégal ? Non. Voilà. Les appels d’offres directs sont parfaitement légaux en Angola, de la même manière une entreprise publique qui finance une entreprise privée, ça n’est pas quelque chose d’illégal.

Mais ce n’est pas le seul dossier qui est évoqué. Il y a également le cas de De Grisogono. Là encore, vous êtes accusé en fait de mettre en difficulté la société d’État, la Sodiam, l'entreprise publique de commerce de diamant, qui se retrouverait quasiment en cessation de paiement à cause de cette situation…

C’est complètement faux. D’abord, il n’existe aucun contrat de prêt entre la Sodiam et moi. La Sodiam a investi 150 millions de dollars dedans, j’ai également investi 150 millions de dollars dans cette société. Nos comptes sont audités par PricewaterhouseCoopers. Donc une entité parfaitement crédible. En plus de cela, il faut bien noter que la dette qui a été contractée par Sodiam pour faire cet investissement a été faite en Kwanza. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, ce qu’elle doit à la banque en kwanza est l’équivalent de 20 millions de dollars. Donc, c’est une vision complètement manipulatrice et tronquée. C’est du populisme de dire que, du fait de cet investissement-là, la Sodiam se trouverait dans un état de pré faillite.

Ce dont vous accuse aussi la justice angolaise, c’est d’avoir bénéficié de diamants à des tarifs préférentiels…

C’est faux. Toutes les pierres qui ont fait l’objet de commercialisation, des pierres angolaises pour aller vers De Grisogono ont été payées plus cher que de que la Sodiam en aurait reçu si elle avait utilisé les canaux habituels de commercialisation.

Mais ce qui apparaît également dans cette décision de justice, c’est que finalement, vous et votre femme, vous aviez des parts dans la plupart des grandes sociétés angolaises. Comment expliquez-vous cette position dominante, on va dire, sur l’économie angolaise ?

Cela veut dire quand même qu’entre mon épouse et moi, nous employons directement environ 10 000 personnes. Nous sommes le premier contributeur fiscal du pays. Si effectivement, le problème de l’Angola se résumait à nous, je pense que l’Angola ne serait peut-être pas dans la situation économique dans laquelle elle est à l’heure actuelle. C’est un peu ce qu’on dénonce, c’est le double standard. On sait très bien qu’en Angola, il y a de vrais problèmes de corruption. On sait très bien que ça a à voir avec la Sonangol, avec le pétrole qui, pendant des années et des années quand le baril était à 100 dollars, il y a eu ce qu’on peut appeler un coulage qui était considérable et qui était à la base des problèmes que la Sonangol a eus à l’époque. Pour tous les gens qui portent une responsabilité là-dedans, évidemment on ne s’y intéresse pas. Donc, on ne s’intéresse pas aux mandataires publics, on s’intéresse uniquement au secteur privé. Et on s’intéresse à une famille. On voudrait réécrire l’histoire, trouver des responsables d’une situation économique difficile. Et cela me semble très manipulateur comme approche.

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