Accéder au contenu principal
Aujourd'hui l'économie

Peut-on encore faire confiance aux économistes?

Audio 04:00
Alors qu'un crack boursier était pronostiqué par de nombreux analystes en cas de victoire de Donald Trump à la présidentielle, la bourse américiane baigne dans l'euphorie depuis son élection.
Alors qu'un crack boursier était pronostiqué par de nombreux analystes en cas de victoire de Donald Trump à la présidentielle, la bourse américiane baigne dans l'euphorie depuis son élection. REUTERS/Kevin Lamarque

Le nouvel an est le moment de faire un bilan pour prendre de bonnes résolutions. En économie, le bilan de la décennie qui vient de s’achever est assez inquiétant : les économistes se sont beaucoup trompés ! Comment expliquer leurs erreurs ?

Publicité

La bonne résolution pour tous ceux qui décryptent l'économie, c'est d'apporter une appréciation plus juste des évènements présents pour mieux prévoir l'avenir. Et puisqu'on change de décennie, commençons par reconnaitre les grosses bévues accumulées par les experts économiques au cours de ces dix dernières années, histoire d'éviter de les répéter. L'exemple le plus frappant : c'est l'annonce d'un crack boursier, doublé d'une récession en cas de victoire de Donald Trump à la présidence. Une annonce faite par une majorité d'analystes.

Or, depuis son élection la bourse américaine baigne dans l'euphorie et les États-Unis connaissent leur plus long cycle de croissance. Il y a aussi des phénomènes profonds que la plupart des économistes n'ont absolument pas vu venir au cours de ces dix dernières années. La concentration des Gafa par exemple : c'est aujourd'hui une préoccupation majeure en Europe comme aux États-Unis. Ou encore la montée des inégalités, qui a alimenté la contestation partout dans le monde en 2019.

Comment expliquer ces erreurs ?

Selon Thomas Philippon, un économiste français qui s'interroge sur cette cécité, ses collègues ont peut-être péché par omission. Le sujet Gafa est évité d'après lui parce qu'il est délicat de critiquer des entreprises qui incarnent l'avenir et qui par ailleurs distribuent de généreuses subventions pour la recherche. Pour les mêmes raisons sonnantes et trébuchantes, les banques et leurs pratiques déviantes ont été très peu étudiées avant 2008, et c'est comme cela que quasiment personne n'a vu venir la crise financière.

Les économistes ont par ailleurs du mal à comprendre le présent. Prenons le cas de l'expansion de l'économie américaine à la fois modérée et durable, c'est encore une énigme pour la science économique. La thèse de la stagnation séculaire l'explique par la combinaison de plusieurs facteurs : une démographie moins dynamique et des nouvelles technologies investissant fort peu leurs profits mirifiques ramolliraient la croissance. Sauf que d'autres variables mettent à mal cette thèse de la stagnation séculaire : le chômage historiquement bas, et la bourse en plein nirvana. Ces deux marqueurs de l'année 2019 sont deux signes de forte croissance et non de stagnation.

Si les économistes se trompent autant, peut-on encore se fier à leurs analyses ?

Le modèle libéral en usage depuis les années 70 pour expliquer l'économie est aujourd'hui à bout de souffle. Et à tort ou à raison beaucoup de citoyens ne voient plus dans les économistes qui continuent à l'utiliser que des subordonnés, des soutiens d'une classe politique qu'ils rejettent. Et pourtant, « on n'a jamais eu autant besoin des économistes » nous dit l'une d'entre elles, la Française Esther Duflo, fraichement récompensée par le prix Nobel pour ses travaux sur la pauvreté. Des économistes oui mais à condition, précise-t-elle, qu'ils prennent en considération ce qui compte pour les gens : c'est-à-dire pas forcément l'argent, l'alpha et l'oméga des théories néo-libérales, mais la dignité, le sens de la vie ou encore l'inclusion sociale.

Un autre récent prix Nobel, le Britannique Angus Deaton, célèbre pour ses recherches sur les inégalités, abonde : « Les philosophes n’ont jamais accepté que l’argent soit l’unique mesure du bien, et les économistes ont consacré trop peu de temps à les lire ou à les écouter » souligne-t-il dans un appel à renouer avec les objectifs de justice de l'économie politique.

Il y a donc aujourd'hui des économistes qui proposent une autre façon d'appréhender l'économie, et on les entend de mieux en mieux. Il y a urgence à les écouter, avant que d'autres promesses fallacieuses ne s'imposent, celles des populistes.

NewsletterAvec la Newsletter Quotidienne, retrouvez les infos à la une directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.