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Le monde en questions

Nouvelle escalade entre l’Iran et les États-Unis

Audio 02:57
Manifestation devant le bureau des Nations unies, à Téhéran le 3 janvier 2020, pour protester contre la mort du général Qassem Soleimani tué par des frappes aériennes sur Bagdad, en Irak.
Manifestation devant le bureau des Nations unies, à Téhéran le 3 janvier 2020, pour protester contre la mort du général Qassem Soleimani tué par des frappes aériennes sur Bagdad, en Irak. Nazanin Tabatabaee/WANA (West Asia News Agency) via REUTERS

Comme chaque vendredi, nous retrouvons la chronique de Bruno Daroux, Le Monde en Questions. Cette semaine sur l’opération américaine contre le chef des forces iraniennes Al Qods, le général Qassem Soleimani, tué par un drone américain près de l’aéroport de Bagdad. La question est la suivante : quelles peuvent être les conséquences de cette action américaine sur la région ?

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La première conséquence c’est évidemment une nouvelle escalade dans le bras de fer qui oppose les États-Unis et l’Iran depuis mai 2018, quand Donald Trump a décidé de retirer son pays de l’accord sur le nucléaire iranien.

Va-t-on vers un conflit ouvert entre les deux États ? Sans doute pas. Mais la situation est si inflammable que des actions comme celle de Donald Trump peuvent mettre vraiment le feu aux poudres. Beaucoup va dépendre aussi de la réaction de l’Iran, de sa riposte envers les États-Unis. Une riposte qui pourrait frapper les intérêts américains au Moyen-Orient.

La décision de Trump renforce aussi l’antagonisme entre les différents alliés des deux protagonistes – entre d’un côté Israël, le Qatar, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, derrière les États-Unis, et de l’autre l’Irak, la Syrie, le Liban, qui soutiennent l’Iran.

Autre conséquence de ce raid, une instabilité aggravée en Irak, un pays qui devient de plus en plus le champ de bataille par procuration de l’affrontement irano-américain.

Depuis l’intervention américaine en Irak en 2003, le pays est plongé dans une situation d’instabilité chronique. Paradoxalement, ce sont les Américains qui ont ramené les chiites, très majoritaires, au pouvoir en Irak, ce qui a servi les intérêts de l’Iran, qui a très vite déployé son emprise sur le voisin chiite – et cette politique était fortement incarnée par Qassem Soleimani, qui était d’ailleurs l’émissaire de la République islamique en Irak. Il agissait en coulisses sur la formation des gouvernements irakiens, et coordonnait les milices pro-iraniennes en Irak, notamment la milice Hachd al Chaabi. Le fait qu’il ait été abattu près de l’aéroport de Bagdad parle de lui-même.

Du coup le fragile équilibre de l’Irak, pris en étau entre l’influence américaine et iranienne, risque de voler en éclats. Tout va dépendre de la réaction des Irakiens, partagés entre anti-américanisme et comme on l’a vu ces dernières semaines, anti-iranisme aussi. Les leaders politiques et religieux, à l’exception notable de Moqtada Al Sadr, appellent plutôt à la retenue pour l’instant – ce qui veut dire donc que le danger d’un chaos généralisé n’est pas à écarter.

Alors évidemment une des questions qui se pose c’est de savoir pourquoi Donald Trump a agi de la sorte. Et bien, estimant que Soleimani s’en prenait gravement aux intérêts américains, il a décidé de frapper fort après les provocations des Iraniens ces derniers jours, notamment l’attaque contre l’ambassade américaine en Irak.

Une décision unilatérale, prise sans consulter le Congrès et encore moins le gouvernement irakien. Sa motivation est sans doute de montrer, en pleine campagne électorale, qu’il reste un président fort. Un jeu dangereux, qui permet aussi au régime iranien de tenter de ressouder son opinion publique derrière l’ennemi héréditaire. Et de tout faire pour compliquer voire empêcher la réélection de Donald Trump.

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