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«Canal Istanbul», le projet fou d'Erdogan

Audio 03:20
Le «Canal Istanbul» creuserait un nouveau passage entre la mer Noire et la mer de Marmara et transformerait en île la rive européenne d’Istanbul.
Le «Canal Istanbul» creuserait un nouveau passage entre la mer Noire et la mer de Marmara et transformerait en île la rive européenne d’Istanbul. WikimediaCommons/RFI/CC BY-SA 4.0

En Turquie, parmi les projets titanesques sortis de l’imaginaire du président Erdogan, il en est un particulièrement démesuré : le « Canal Istanbul ». L’idée a déjà une dizaine d’années, mais le vrai débat ne commence que maintenant, le chef de l’État ayant annoncé le lancement prochain d’un appel d’offres. À quoi rêve donc le président turc avec ce « Canal Istanbul » ?

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de notre correspondante à Istanbul,

Il s’agit bien d’un rêve, « mon plus grand rêve » pour Istanbul, a dit un jour Recep Tayyip Erdogan, ce qui donne une idée de l’enjeu pour le chef de l’État. Et ce rêve est effectivement démesuré, puisqu’il s’agirait de creuserun nouveau passage entre la mer Noire et la mer de Marmara, les deux mers qui entourent Istanbul. Canal Istanbul serait en somme un nouveau Bosphore qui doublerait à l’ouest ce détroit symbole de la mégapole. Au passage, le projet transformerait en île la rive européenne d’Istanbul, où vivent près des deux tiers de ses 15 millions d’habitants.

L’ambition est de créer un canal d’environ 40 kilomètres de long, 150 mètres de large et 25 mètres de profondeur, pour un coût estimé à plus de 11 milliards d’euros. De part et d’autre de ce canal, le président turc imagine bâtir une « ville nouvelle ».

À lire aussi : Turquie: Istanbul, laboratoire de la politique de grands travaux d'Erdogan

Tayyip Erdogan avait lancé ce « projet fou » – ainsi qu’il l’a qualifié – en 2011, pendant une campagne électorale. Depuis l’idée flottait dans l’air, sans jamais se concrétiser, et le chef de l’État avait même semblé se raviser l’an dernier, en pleine récession économique. Il a finalement relancé le débat, il y a quelques semaines, et annoncé le lancement prochain d’un appel d’offres.

Comment le président justifie-t-il un tel projet ?

L’argument principal est que ce détroit artificiel allégerait le trafic sur le Bosphore, l’une des voies d’eau les plus fréquentées du monde, avec ses risques de collision et d’accident. Le pouvoir parle aussi de créer 10 000 emplois directs, de contribuer à la croissance de l’économie turque et de renforcer la place d’Istanbul parmi les centres mondiaux du commerce maritime. Canal Istanbul est présenté comme un projet de prestige, « l’un des plus grands projets du siècle, incomparable au canal de Panama ou au canal de Suez », a même lancé Tayyip Erdogan.

Mais le projet suscite une très vive opposition...

Pour ses détracteurs, il en va de la survie d’Istanbul. C’est d’ailleurs leur slogan : « Soit le canal, soit Istanbul ». Ils dénoncent les conséquences environnementales d’un tel projet, qui nuirait autant à la faune marine et aux oiseaux migrateurs, qu’aux terres agricoles et aux ressources en eau potable des Stambouliotes. Selon eux, le chantier risquerait même d’augmenter le risque sismique, de faire plonger l’économie turque, sans parler des complications diplomatiques qu’une telle voie commerciale pourrait engendrer – la circulation sur le Bosphore étant régi par un traité international.

Pourquoi Tayyip Erdogan relance-t-il ce débat maintenant ?

Beaucoup ici estiment que ce n’est pas un hasard. Après de lourds revers aux municipales de l’année dernière, le président assiste à l’érosion de sa base électorale et à une scission de son parti. Or Canal Istanbul divise la société, et le président turc est un adepte du principe « diviser pour mieux régner ». Canal Istanbul lui permet déjà d’accuser ses opposants d’être des ennemis de « l’intérêt national ».

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