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Revue de presse française

À la Une: Charlie, 5 ans après

Audio 06:01
Charlie Hebdo
Charlie Hebdo John MACDOUGALL / AFP

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« 17 morts et le prélude d’une série d’attaques djihadistes sans précédent sur le sol français : cinq ans après, les attentats de janvier 2015 restent dans toutes les mémoires, constate Le Figaro. Le 7 janvier de cette année-là, à 11 heures du matin, les frères Kouachi pénètrent dans le siège de la rédaction de Charlie Hebdo et commettent un carnage dont la France ne s’est toujours pas remise : 12 morts. (…) 48 heures plus tard, le 9 janvier, c’est la prise d’otages dans le supermarché Hyper Cacher aux portes de Paris. Amedy Coulibaly cible la communauté juive et tue quatre personnes avant d’être abattu par les forces de l’ordre. La veille, il avait tué une policière municipale à Montrouge, Clarissa Jean-Philippe.

En France et dans le monde, l’émotion est immense, pointe Le Figaro. Au nom de la liberté d’expression, un cri de ralliement naît : 'Je suis Charlie'. Le 11 janvier, plusieurs millions de personnes descendent dans les rues pour le reprendre. À Paris, une marée humaine se rassemble au centre de la capitale. Le président François Hollande réunit 50 chefs d’État à Paris pour une marche historique. »

Doute, gêne et réprobation…

Alors aujourd’hui que reste-t-il de l’esprit Charlie ?

« Cinq ans plus tard, les images de cette mobilisation ont déjà terriblement vieilli, affirme l’historien du journalisme Alexis Lévrier dans Libération. L’unanimité des premiers temps a peu à peu laissé la place au doute, à la gêne et parfois à la réprobation devant les unes provocatrices de l’hebdomadaire. (…) Les appels à la censure se multiplient désormais sur les réseaux sociaux, poursuit-il, dès qu’une caricature est perçue comme choquante, au point que chaque dessin satirique semble porter en lui un parfum de soufre. Au nom du respect dû aux personnes ou aux communautés, toute critique des religions est ainsi devenue suspecte. Il faut rappeler pourtant, inlassablement, s’exclame Alexis Lévrier, que la grande loi sur la presse de 1881 protège les individus mais autorise les moqueries à l’égard des croyances, qu’elles soient politiques ou religieuses. Charlie Hebdo est de ce point de vue le dernier héritier d’une longue tradition française du dessin de presse anticlérical, et n’a fait qu’appliquer à l’islam une volonté de désacraliser le sacré qui s’est épanouie à la Belle Epoque. »

Les nouveaux censeurs

Dans son éditorial, Riss, le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo est sur la même ligne. « Hier, on disait merde à Dieu, à l’armée, à l’Église, à l’État. Aujourd’hui, il faut apprendre à dire merde aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs et bloggeuses qui nous tapent sur les doigts comme des petits maîtres d’école. (…) Aujourd’hui, le politiquement correct nous impose des orthographes genrées, nous déconseille d’employer des mots supposés dérangeants. » Et Riss de fustiger « les nouveaux censeurs qui se croient les rois du monde derrière le clavier de leur smartphone. Les flammes de l’enfer d’autrefois ont laissé la place aux tweets délateurs de maintenant. »

D’ailleurs, le dessin de Une du numéro spécial de Charlie Hebdo ce matin, signé Coco, montre un smartphone géant affichant les logos de grands réseaux sociaux, un smartphone qui écrase la langue et les bras d’un dessinateur, avec ce titre « Nouvelles censures… Nouvelles dictatures ».

Déranger, provoquer, incommoder, désacraliser, moquer, contredire !

Pour Libération, en effet, « ce qui vient contredire l’élan du 11 janvier 2015, la volonté de défendre les caricaturistes, c’est une évolution insidieuse, un grignotage subreptice de la liberté d’expression. Symbole désastreux, pointe le journal : le New York Times lui-même a proscrit dans ses colonnes les dessinateurs de presse, imité par nombre de journaux à travers le monde. (…) Or, s’exclame Libération, la liberté d’expression n’aurait pas de sens si elle ne servait qu’à protéger les discours consensuels, les filets d’eau tiède et les proclamations à l’eau de rose, ou à l’eau bénite. Elle autorise aussi, c’est sa raison d’être, les propos dérangeants, l’humour qui provoque, les dessins qui incommodent les uns mais font rire les autres. Chacun ou chacune, dans ses convictions, ses opinions, sa foi, peut être la cible des humoristes. C’est l’indispensable soupape de toute société pluraliste et ouverte, le sel du débat public, la vertu libératrice du rire. (…) Ainsi, estime encore Libération, la mission de Charlie doit à tout prix se poursuivre, qui consiste à désacraliser le sacré, piquer les certitudes, moquer les tabous, contredire les orthodoxies, ridiculiser les importants, les péremptoires, les solennels. Et, au bout du compte, pacifier la société par le rire. »

La Nouvelle République fait la synthèse : « cinq ans après cette tragédie que reste-t-il de cette ferveur née de l’effroi, soudant une nation entière et derrière elle une partie du monde ? Peu de choses en réalité, soupire le journal. Les intérêts catégoriels et individuels ont repris le pas. La société ne s’est pas ouverte et libérée mais au contraire crispée et cloisonnée. Les horizons se sont repliés à mesure que les espaces d’échanges prétendaient s’élargir et se multiplier. Une nouvelle charia est née prônant la pensée molle et formatée. Le Charlie d’aujourd’hui résiste dans son camp retranché, incarcéré dans ses souvenirs et les contraintes de sécurité. Mais il respire encore et il vit, lui. »

Retraites : une porte de sortie ?

Et puis à la Une également : le conflit des retraites…

« Un terrain d’entente peut-il être trouvé ? C’est tout l’enjeu des discussions entre l’exécutif et les partenaires sociaux, qui doivent reprendre, ce mardi, pointe Le Monde, après avoir été suspendues durant les congés de fin d’année. Les positions des protagonistes paraissent difficilement conciliables. L’intersyndicale emmenée par la CGT et FO exige toujours l’abandon de la réforme, ce que refuse le gouvernement. Dès lors, l’hypothèse d’un compromis ne peut être envisagée qu’avec les confédérations dites 'réformistes' (CFDT, CFTC, UNSA), qui réclament – ou regardent avec bienveillance – la construction d’un régime universel par points, mais dans une version différente de celle portée par Emmanuel Macron et le Premier ministre, Edouard Philippe. »

Alors, « vers une sortie de crise ? Pas encore, répond Le Parisien. Mais hier, le ton a changé ostensiblement. Preuve en est la proposition de Laurent Berger de la CFDT pour organiser une +conférence de financement+ du système de retraites, distincte du projet de loi en préparation, et que l’exécutif semble désormais prêt à étudier. L’objectif est clair : montrer qu’aux plus hauts étages du pouvoir on est attentif aux propositions mises sur la table, histoire d’avancer dans un climat plus apaisé. »

On en saura sans doute un peu plus ce soir, à l’issue de round de négociations…

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