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Les dessous de l'infox, la chronique

La présence militaire française au Mali, sous le feu des critiques… et des infox

Audio 03:48
Un commando français de l'opération Barkhane sur la base de Gao, au Mali. (Image d'illustration)
Un commando français de l'opération Barkhane sur la base de Gao, au Mali. (Image d'illustration) © Alain JOCARD / AFP

Il y a sept ans, dans la nuit du 10 au 11 janvier, commençait l’intervention des forces spéciales françaises contre l’avancée des jihadistes dans la région de Mopti. C’est la date choisie aujourd’hui par certaines organisations pour appeler à la mobilisation contre la présence militaire française au Mali. L’incompréhension des populations face à la dégradation de la situation sécuritaire est parfois instrumentalisée. La circulation des infox sur les réseaux alimente le sentiment anti-français.

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Parmi les charges les plus virulentes sur les réseaux sociaux, le message posté sur la page facebook du Groupe des patriotes du Mali, qui appelle à manifester ce vendredi 10 janvier 2020, avec cette image éloquente : sous les poings levés aux couleurs du drapeau du Mali, vert-jaune-rouge, une tête de mort bleu-blanc-rouge marquée du slogan « Mort à la France ». D’autres sites relaient l’appel à la mobilisation, accusant la France de vouloir faire main basse sur les ressources du sous-sol malien, citant pêle-mêle, pétrole, gaz, uranium, et or. Pour le collectif Yerewolo, qui tente d’attiser le sentiment anti-français, derrière l’assistance militaire se cachent des intérêts géoéconomiques.

Pour faire le point sur les intérêts français au Mali, nous avons interrogé un expert de l’OCDE, Laurent Bossard, directeur du Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO/OCDE) : « Le Mali n’est pas un pays stratégique au plan mondial pour ses ressources minières, il faut accepter cela, dit l'expert. Il faut aussi accepter l’idée - sur cette histoire de l’or - qu’il n’y a pas de compagnie française aujourd’hui dans l’exploitation de l’or. Ce sont des Canadiens, des Australiens et des Britanniques, ce sont les faits.

Après, j’entends que l’Azawad est plein de pétrole, plein d’uranium etc. Tout cela relève du fantasme.

Le véritable enjeu sur une ressource minière au Mali se joue sur l’or, pour la partie de l’or qui n’est pas produite par les grandes compagnies canadiennes, anglaises ou australiennes, mais par les orpailleurs traditionnels, et qui fait l’objet d’une lutte intense entre groupes armés, qui veulent maîtriser cette production pour s’en servir notamment dans le cadre du commerce des armes ».

En dépit des ces données factuelles, la dégradation de la situation sécuritaire instille le doute et nourrit les fantasmes.

Aux yeux des gens qui ont accès à internet, où l’on voit l’afflux de matériels au Mali, les drones, les équipements militaires de Barkhane, entre autres, c’est l’incompréhension qui domine lorsque l’on apprend qu’une colonne de pick-up jihadistes a pu traverser une partie du territoire pour perpétrer un massacre. Résultat : une partie de l’opinion devient réceptive aux infox.

Dernier exemple en date, la livraison de 60 cyclomoteurs par la France à l’armée malienne. La photo de leur arrivée sur le tarmac de l’aéroport est détournée. Les deux roues sont présentés comme étant destinés aux jihadistes. Autre manipulation, la vidéo qui montrait une cargaison d’or soi-disant exportée par les militaires français depuis Kidal. La scène filmée se déroulait en fait au Ghana en présence d’opérateurs commerciaux italiens. Des images qui ont d’ailleurs été utilisées par le passé dans d’autres contextes qu’au Mali.

Malgré les démentis des plus hautes autorités, les infox, une fois lancées, continuent de circuler.

En arrière-plan de la guerre contre le terrorisme, la guerre d’influence

Ce que l’on observe, c’est que la thèse selon laquelle la France tenterait d’entretenir le chaos pour mettre la main sur les ressources du Mali est abondamment relayée par des médias comme RT, ex-Russia Today. Extrait de l’interview du politologue Thomas Guenolé sur RT-France :

« La présence militaire française au Mali, en aucun cas, ce n’est pour combattre le terrorisme et pour défendre la démocratie. Les motifs réels ne sont pas ce qu’on nous raconte. […] C’est simple, c’est pour protéger l’accès de certaines grandes firmes françaises aux ressources stratégiques du Sahel ».

Précisons que l’extrait résume une démonstration de douze minutes. L’objectif étant de prouver que si la France ne parvient pas à éradiquer le terrorisme au Sahel, c’est qu’elle n’est pas là pour ça. C’est le point de vue également défendu par le Groupe des patriotes du Mali. Le groupe s’affiche d’ailleurs aux côtés de l’ambassadeur de Russie pour demander le départ des Français. La page Facebook et ses 3 440 abonnés multiplie les messages favorables à la Russie.

Les détracteurs de Barkhane affirment par ailleurs que les accords militaires passés avec la France empêche le Mali de traiter avec d’autres pays et notamment la Russie, ce qui est faux, encore une fois. En témoigne la signature d’accords de coopération militaire lors du salon de l’armement à Moscou l’an passé et la fourniture d’hélicoptères au Mali par la Russie.

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