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Chronique de Jean-Baptiste Placca

G5 Sahel, Barkhane: À Pau, l'heure de vérité

Audio 05:32
Jean-Baptiste Placca
Jean-Baptiste Placca RFI

C’est ce lundi 13 janvier, finalement, que le président Macron retrouve ses homologues du G5 Sahel, à Pau, dans le sud-ouest de la France. Trois jours avant ce sommet de la clarification souhaitée par rapport à la présence des troupes françaises dans le Sahel, les Maliens manifestaient encore dans les rues de Bamako, contre la présence militaire française. D’où vient une telle incompréhension ?À qui profiterait un désengagement pur et simple d'une France, excédée par les critiques contre sa présence militaire, des pays du G5 Sahel ? Le principal mérite du sommet de Pau sera de préciser à nouveau les enjeux et de s'assurer de la meilleure façon de ne pas se laisser distraire par des considérations secondaires.

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Peut-être nous faut-il définitivement intégrer le fait que les manifestations et les critiques font partie de la vie démocratique. Qu’elles visent les dirigeants en place ou certains aspects des relations entre ces nations indépendantes et l’ancienne puissance coloniale. Et plus aucun dirigeant, dans notre Afrique, ne peut empêcher ses concitoyens de critiquer et de les critiquer.

Cette histoire de manifestants hostiles à un ami qui vous veut du bien rappelle un événement dont certains se souviennent. Le président chinois Jiang Zemin, en visite en France, se fait chahuter au Trocadéro et regagne, furieux, son hôtel. Nous sommes en pleine cohabitation, et Lionel Jospin, Premier ministre de la France, va le calmer. Mais, dans une de ces spontanéités de franchise qui ont fini par le perdre, il explique au dirigeant chinois que les Français sont libres de manifester où ils veulent, contre qui il leur plaît, et que c’était cela la démocratie.

Et le président chinois, avec un aplomb que l’on comprend mieux aujourd’hui, rétorque alors à Jospin : « De toute façon, vous êtes une civilisation décadente ! »

Comme quoi, les Chinois, de très longue date, avaient prévu de s’emparer du gouvernail, pour imposer leur leadership à la planète.

Sur quoi donc devrait, dans ces conditions, porter le débat ?

Sur le poids de ces critiques. Mahamadou Issoufou, le chef de l’État nigérien, affirmait, le 19 décembre dernier, que ceux qui s’expriment sur les réseaux sociaux ou dans la rue ne constituent pas la base populaire. « Ils sont très, très minoritaires. Je ne vois pas de foules en train de contester les alliances que l’on veut mettre en place pour lutter contre la menace terroriste, qui est une menace planétaire », avait-il précisé.

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À Bamako, cette semaine, l’on a parlé de quelques centaines de personnes. Mais, à l’évidence, ces manifestants voulaient mettre dans l’embarras leurs dirigeants, en partance pour Pau. Si c’est un piège, n’est-il pas bien trop visible, pour attirer qui que ce soit ? Car, des critiques contre la France, il y en aura toujours. La véritable question est de savoir si les enjeux valent ou non que l’on souffre d’être un tant soit peu critiqué pour atteindre les objectifs.

Et d’ailleurs, il est aussi, dans le Sahel, des voix pour vouloir « plus de Barkhane », comme disait le président Issoufou. Comme celle de cette Malienne, originaire de Gao, que l’on a pu voir (et entendre) sur l’ORTM, la télévision nationale, déplorer que des personnes vivant dans la quiétude de Bamako puissent demander que Barkhane se retire, sans se préoccuper des conséquences d’un tel retrait pour les populations de Gao, dont elle est.

La clarification saura-t-elle aussi prendre en compte ces voix, peut-être peu audibles, mais qui ne comptent pas moins ?

Si la clarification est réellement un moment de sincérité et de vérité, alors, elle ne peut raisonnablement miser sur une forme ou une autre de musellement des voix critiques. Ce n’est, d’ailleurs, plus possible dans ces pays-là, et avec ces dirigeants-là. Qui, eux ne critiquent ni ne se plaignent de la présence militaire française. Qu’il y ait, y compris dans leurs formations politiques, telle ou telle personne qui pense différemment ne semble pas plus grave que des dissidences similaires aux États-Unis ou en France.

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Pour le reste, les malentendus entre la plupart des peuples africains et la France tiennent au fait que, depuis pratiquement toujours, ils ont rarement, sur certains sujets d’intérêt commun, la même compréhension des situations et des enjeux.

Les peuples africains ne comprennent, par exemple, pas que l’on s’emploie, à Paris, à toujours leur répéter, en tout, que l’on ne veut que les aider, sans jamais leur expliquer les motivations de tant de générosité.

Il est parfois plus simple d’expliquer aux peuples en quoi l’on a intérêt à les aider. La clarté de la clarification, à Pau, passera peut-être aussi par le fait de pouvoir dire ce dont la France, à plusieurs reprises, a déjà convenu : à savoir que c’est aussi l’intérêt de la France de vaincre les jihadistes dans le Sahel. Les Américains poussent cette logique encore plus loin, lorsqu’ils disent, tout simplement, que combattre la famine en Éthiopie est une préoccupation de sécurité nationale pour les États-Unis.

Jean-Michel Jacques, vice-président de la commission Défense à l’Assemblée nationale française, a anticipé, cette semaine sur RFI, en précisant qu’à Pau, l’on devrait clarifier les demandes de chacun ?

Tout à fait. Mais ses déclarations ont été reçues, dans une partie de l’opinion africaine, comme une nouvelle façon d’accabler les Africains, à qui l’on fait des cadeaux, et qui seraient incapables d’assumer leur part de l’effort, sans compter leurs insuffisances de gouvernance. Le député a un discours clair, lorsqu’il laisse entendre que cette guerre peut durer encore longtemps. Mais les raisons pour lesquelles elle risque de durer sont complexes et ne tiennent pas qu’aux insuffisances de gouvernance des Africains. Il ne dit rien du chaos libyen et du peu de visibilité qu’il offre.

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La clarté est d’autant plus indispensable que, lorsque Emmanuel Macron, ce 13 janvier 2020, s’enfermera avec cinq de leurs chefs d’État, les Africains se souviendront qu’il y a exactement 26 ans, le 13 janvier 1994, un ministre français de la Coopération, Michel Roussin, s’enfermait avec les présidents d’une quinzaine de leurs pays pour, au bout de la nuit, les contraindre à dévaluer le franc CFA.

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