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Chronique des médias

Le «show» Ghosn ou la victoire de la communication

Audio 02:40
Montage photo de Carlos Ghosn lors de sa conférence de presse au Syndicat de la presse libanaise à Beyrouth, le 8 janvier 2020.
Montage photo de Carlos Ghosn lors de sa conférence de presse au Syndicat de la presse libanaise à Beyrouth, le 8 janvier 2020. REUTERS/Mohamed Azakir

Retour sur la conférence de presse à Beyrouth de Carlos Ghosn, qui pose un certain nombre de questions au niveau du fonctionnement de certains médias.

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Dans une interview donnée à Léa Salamé et égrainée sur France Inter, l’ancien PDG de Renault s’est plaint des techniques de « propagande » de Nissan : une communication destinée à le salir, le recours à des agences de réputation pour faire de lui un « dictateur »… Mais ce que ne dit pas l’ancien patron de Renault-Nissan, c’est qu’il en a fait au moins autant. En ayant recours à l’agence Image 7 d’Anne Méaux pour organiser une conférence au Press club de Beyrouth, il a pu pendant plus de deux heures - non seulement livrer sa version des faits - mais aussi charger ses ennemis en donnant leurs noms, se livrer à un plaidoyer en forme de show digne d’un chef d’État et bien sûr communiquer sans rien laisser au hasard.

Depuis la nouvelle de son évasion qui fut annoncée en évitant soigneusement le mot « fuite » jusqu’au choix des médias, tout a été mis en place pour favoriser un storytelling superbement maîtrisé. Souvenez-vous, « je n’ai pas fui le Japon, je me suis libéré de l’injustice et de la persécution politique » : cette phrase a été abondamment reprise comme un bon élément de langage.

À écouter aussi : 9 janvier 2020 - Super Carlos

Pendant la conférence, Carlos Ghosn a ensuite parfaitement assumé qu’il n’y ait que deux journalistes japonais dans la salle. Les autres ? Ils n’ont tout simplement pas été accrédités. Motif, selon l’ex-patron fugitif, « ils répètent ce que Nissan et le procureur leur disent sans le moindre sens critique ». Pour la centaine de sélectionnés, il ne restait plus qu’à suivre le maestro virevoltant de langue en langue, de l’arabe à l’anglais en passant par le français et le brésilien. Quitte à poser, d’ailleurs, quelques problèmes de traduction aux chaînes d’infos.

Pourtant, cette couverture en mondovision pose problème. Non pas par l’intérêt qu’elle suscite – après tout, il est normal de s’intéresser à cette évasion hors du commun – mais par le cadre dans lequel elle s’inscrit. La conférence de presse en direct, les éléments de langage, tout cela en principe, c’est pour les grands politiques ou les immenses artistes, pas pour les fugitifs. Quoi qu’on pense de l’iniquité des procédures judiciaires au Japon, les médias d’information continue ont donc contribué à porter en majesté un patron voyou, ou présumé tel là-bas. « Rocambolesque évasion », « grande escapade » pour retrouver son épouse, selon Ghosn, ou voyage dans une malle qui ferait rêver les enfants, d’après Léa Salamé, ce que dit surtout cette fuite c’est à quel point nos médias sont perméables aux belles histoires et nos journalistes empathiques avec le sort des patrons. Pas étonnant que Netflix ait approché le fugitif pour en faire un récit.

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