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Invité Afrique

Sylvain N’Guessan: «Le FPI pourrait jouer un rôle clé lors de la prochaine présidentielle»

Audio 08:30
Le palais présidentiel d'Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire.
Le palais présidentiel d'Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire. Présidence de la République de Côte d'Ivoire/Wikimedia/CC 4.0

En Côte d'Ivoire, l'opposition s'organise en vue de la présidentielle d'octobre 2020. Il y a dix jours, à Bruxelles, Laurent Gbagbo a accepté de rencontrer son frère ennemi Pascal Affi N'Guessan. Peut-on envisager une candidature Affi N'Guessan à la tête d'un Front populaire ivoirien (FPI) réconcilié ? Sylvain N'Guessan dirige l'Institut de stratégie d'Abidjan. En ligne de Côte d'Ivoire, l'analyste politique répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

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RFI : Pourquoi cette modification de la Constitution que vient d’annoncer le président Ouattara ?

Sylvain N'Guessan : Nous sommes à dix mois de la future élection. La presse fait écho de ce que cette modification pourrait concerner les conditions d’éligibilité, notamment les questions d’âge. Mais tout porte à croire que la modification  pourrait porter sur d’autres compartiments de la Constitution, notamment la structuration de l’armée, de l’administration publique, la promotion et la protection des droits de l’homme, les relations avec la sous-région, et donc les relations économiques internationales. Attendons peut-être de voir les points qui seront à l’ordre du jour avant de nous prononcer davantage.

Apparemment, il n’y aura pas de limite d’âge puisqu’Alassane Ouattara lui-même vient de déclarer : « Tout le monde pourra être candidat. Je ne compte exclure personne, y compris moi-même »…

Bien évidemment. À partir du moment où le président lui-même déclare effectivement qu’il ne « compte exclure personne », cela voudrait dire que la modification constitutionnelle pourrait porter sur d’autres articles de la Constitution.

Il y a un débat sur la question de savoir si Alassane Ouattara a le droit ou non de se présenter à un troisième mandat en octobre 2020. Est-ce que cette question pourrait être l’objet justement d’une modification à venir de la Constitution ?

C’est possible dans la mesure où le président de la République entretient le flou sur son éventuelle candidature depuis un certain temps. Il est fort possible que cette nouvelle modification porte sur éventuellement une nouvelle candidature de monsieur Alassane Ouattara.

L’opposition, et notamment Henri Konan Bédié, dénonce une Commission électorale indépendante (CEI) très « déséquilibrée ». Est-ce que la rencontre gouvernement-opposition de ce mois de janvier sur le code électoral pourrait faire bouger les choses ?

Il faudrait l’espérer dans la mesure où l’opposition en a fait vraiment une revendication. L’opposition ne cesse de clamer depuis la mise en place de cette commission électorale qu’elle est « déséquilibrée ». Elle serait à l’avantage du parti présidentiel, etc. Donc, si le président de la République peut essayer de réformer davantage, donc d’équilibrer davantage la composition de la CEI en vue d’apaiser le climat social, en vue de rassurer l’opposition, pour que nous ayons une élection qui ne soit pas contestée de part et d’autre. Si les hommes politiques s’entendent sur une CEI plus consensuelle, ce serait pour le bonheur du peuple ivoirien.

Le mois prochain, on devrait en savoir plus sur le sort judiciaire de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé devant la Cour pénale internationale. Si leur acquittement est confirmé, que va-t-il arriver ?

On imagine aisément que monsieur Laurent Gbagbo ne tardera pas à rentrer en Côte d’Ivoire, monsieur Blé Goudé également. Mais en leur absence, il y a eu les procès ici [à Abidjan], ils ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Est-ce que le président de la République va user du droit constitutionnel pour une amnistie de sorte qu’ils puissent avoir accès au jeu politique, ou est-ce qu’à leur arrivée, le pouvoir brandira la condamnation qu’ils ont eue ici et va les priver encore de leurs droits civils et politiques ? On espère que le président de la République va essayer de résoudre cette situation de manière pacifique, parce que, comme vous le savez, le climat social devient de plus en plus tendu. La rue pourrait reprendre du service pour l’élection à venir en octobre 2020.

Début novembre, la justice ivoirienne a condamné Laurent Gbagbo à 20 ans de prison par contumace. Et le 30 décembre, la même justice ivoirienne a condamné Charles Blé Goudé également à 20 ans de prison par contumace. Est-ce qu’il peut y avoir un lien entre ces deux décisions de justice ?

Quand on voit l’agenda, la période à laquelle ils ont été jugés, il faut dire que le pouvoir avait quand même tout le temps depuis avril 2011 jusqu’à 2018, avant leur acquittement donc en janvier 2019 par la CPI. Donc, ils avaient l’occasion de faire un procès, de leur faire connaitre leur sentence. À partir du moment où ce procès a lieu après leur acquittement par la CPI, au moment où il est de plus en plus question de leur retour en Côte d’Ivoire, et donc de leur participation au jeu électoral d’octobre 2020, on pourrait évidemment se poser des questions. Est-ce que ces procès ne sont pas en relation avec les dossiers de candidature en vue de la présidentielle d’octobre 2020 ? Ce sont des questions qu’on peut se poser légitimement.

Et quel pourrait être l’objectif du pouvoir dans ce sens ?

On imagine que, certainement, c’est une manière de se donner plus de chance en vue de la présidentielle de 2020. On sait que monsieur Laurent Gbagbo a gardé quand même une importante base électorale en Côte d’Ivoire malgré son absence du jeu politique. On sait que monsieur Blé Goudé a pu également enflammer les foules durant une dizaine d’années. Il y a plusieurs sections de son mouvement politique, qui existent encore, qui se reconnaissent en lui. Et à mon avis, les appels au boycott des élections de la part du FPI ont plus ou moins payé. C’est une manière sans doute de les écarter du jeu politique de 2020 en vue d’augmenter les chances du pouvoir pour remporter la présidentielle d’octobre 2020. Le RHDP [Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix] naturellement essaie de se donner des chances en vue de remporter l’élection présidentielle à venir pour préserver ses acquis.

Dans l’opposition, Henri Konan Bédié dénonce une justice « instrumentalisée ». Est-ce que la justice est indépendante en Côte d’Ivoire ou pas ?

Je ne pense pas que la justice soit indépendante. Quand on voit la crise postélectorale et ses conséquences, jusque-là il n’y a que des cadres et des militants, des sympathisants du  camp de monsieur Laurent Gbagbo qui ont été jugés. Dans le camp adverse, personne n’a encore été jugé.

Et quand Henri Konan Bédié était au pouvoir, est-ce que cette justice était indépendante ou pas ?

On se rappelle quand même que monsieur Henri Konan Bédié avait fait emprisonner toute la haute direction du RDR [Rassemblement des républicains d’Alassane Ouattara], qui était constamment en prison. Le FPI lui-même avait toutes les difficultés. La justice à mon avis, depuis 1990, depuis l’heure du multipartisme, a toujours été en faveur du régime présidentiel.

Autre opposant face à de graves ennuis judiciaires, l’ancien Premier ministre Guillaume Soro, contre qui un mandat d’arrêt international a été lancé. Est-ce qu’il a une chance de pouvoir revenir en Côte d’Ivoire cette année ?

Pour monsieur Guillaume Soro, je ne pense pas. Je pense que les jeux sont faits, parce que les premières décisions qui pourraient sortir de ce procès, ce n’est pas à l’avantage de Guillaume Soro. Et le temps qu’il fasse appel, qu’il y ait un autre procès, même s’il est blanchi, on aura déjà fini les élections d’octobre 2020. À moins que monsieur Alassane Ouattara prenne une décision politique, à mon avis, monsieur Guillaume Soro devra certainement attendre 2025. Pour 2020, je pense que c’est fini.

La rencontre des 3 et 4 janvier à Bruxelles entre Laurent Gbagbo et Pascal Affi N’Guessan [qui se disputent la direction du Front populaire ivoirien (FPI)], est-ce une réconciliation entre le fondateur du FPI et le dissident du FPI ?

À mon avis, oui. Monsieur Laurent Gbagbo et monsieur Affi N’Guessan ont dû comprendre que ce serait suicidaire pour le FPI d’aller à l’élection présidentielle de 2020 en rangs dispersés. Deux candidats au FPI, ce serait suicidaire. Donc, on imagine que la rencontre du week-end passé visait certainement à arrondir certains angles, à se réconcilier pour mettre fin à cette querelle. On imagine que c’est une manière pour monsieur Laurent Gbagbo et monsieur Affi N’Guessan de mettre de l’eau dans leur vin en vue certainement d’avoir un ticket commun pour la présidentielle de 2020. La composition du champ politique ivoirien depuis ce mois de décembre pourrait amener le FPI à jouer un rôle clé pour la présidentielle à venir. Pas forcément pour l’emporter, mais pour être un faiseur de rois. Donc, devenir assez fort dans le jeu politique à partir de 2021.

Voulez-vous dire que la rencontre Bédié-Gbagbo du mois de juillet 2019 à Bruxelles augure d’une alliance entre le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et le FPI face au RHDP d’Alassane Ouattara ?

Oui, on est habitué un peu à ce jeu depuis 1990, le fameux triangle : quand l’un accède au pouvoir, les deux autres s’allient. Mais ils n’iraient pas jusqu’à un ticket commun. Si éventuellement il y a un second tour, celui qui serait deuxième pourrait bénéficier des voix des autres candidats. Je ne n’imagine pas une candidature unique PDCI-FPI pour le moment. Je ne l’imagine pas.

Mais vous imaginez un accord de désistement entre les deux tours…

Entre les deux tours, effectivement.

Et Alassane Ouattara, sera-t-il candidat lui-même à votre avis ?

Je pense que oui, dans la mesure où la presse laisse entendre que les sondages qu’il aurait demandés ne donnent pas vainqueur le dauphin qu’il essaie de présenter, monsieur Amadou Gon Coulibaly.

Les sondages ne sont pas très favorables à l’éventuel candidat Amadou Gon Coulibaly, l’actuel Premier ministre ?

C’est ce qu’on a lu dans la presse en tout cas.

Et pourrait-on retrouver le trio de 2010 : messieurs Ouattara-Bédié-Gbagbo ?

Pour monsieur Ouattara et monsieur Bédié, je crois que ce serait possible. Monsieur Gbagbo, à partir du moment où il y a une lourde peine d’emprisonnement qui l’attend en Côte d’Ivoire, on se demande comment il pourrait desserrer l’étau autour de sa candidature. Est-ce que le président de la République va faire violence sur lui-même pour une amnistie totale en vue qu’il soit candidat ? On l’appréciera. Mais je ne pense pas.

Ce sera peut-être donc un autre candidat pour le FPI ?

Probablement.

Et pensez-vous à Simone Gbagbo ?

Bon. Les noms qui pourraient défendre effectivement le FPI dans un tel chemin, si la réconciliation est actée… il y a bien évidemment monsieur Affi N’Guessan lui-même et il y a madame Simone Gbagbo ; il y a des cadres comme monsieur Dacoury-Tabley, l’ancien gouverneur [de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO)], et monsieur Ahoua Don Mello. Ce sont des noms qui reviennent un peu plus pour le FPI en vue de la présidentielle de 2020.

À lire aussi : Côte d’Ivoire: les multiples inconnues du calendrier politique de 2020

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