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Invité Afrique

Conflit en Libye: Ghassan Salamé souligne le fossé entre les propos et les faits

Audio 03:32
L’envoyé spécial de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, le 18 avril 2019.
L’envoyé spécial de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, le 18 avril 2019. Mahmud TURKIA / AFP

Ghassan Salamé est le chef de la médiation des Nations unies en Libye depuis 2017. C'est lui qui était à l'initiative de la Conférence nationale qui devait déboucher sur une pacification du pays. Mais l'offensive de Khalifa Haftar sur Tripoli le 4 avril 2019 a ruiné son projet. Aujourd'hui, le diplomate doit avant tout composer avec les ingérences étrangères et les initiatives diplomatiques parallèles. Ghassan Salamé est notre invité, interrogé par Mathieu Galtier.

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RFI : Le départ de Khalifa Haftar, mardi soir, de la réunion à Moscou, marque-t-il la fin de l’espoir d’un cessez-le-feu, selon vous ?

Ghassan Salamé : Il y a d’un côté l’appel au cessez-le-feu lancé par les deux présidents turc et russe, il y a une semaine, et il y a la réunion de Moscou, hier. Ce sont deux choses assez distinctes. Je note, avec beaucoup de satisfaction que l’appel au cessez-le-feu de la semaine dernière a été entendu par les parties, et que le cessez-le-feu, en dépit des violations inévitables ici et là, a tenu. Et il a tenu, aussi, après la réunion de Moscou, hier.

Donc pour vous, la conférence de Berlin est toujours d’actualité. Quel est son objectif ?

J’espère qu’en ce début d’année 2020 on est entré dans une nouvelle logique, où la conférence de Berlin devrait pouvoir assurer le minimum de consensus international sur la voie à suivre. Et à l’intérieur, que le projet qu’on a mis en place, et dont on a commencé l’exécution depuis le 6 janvier, aboutisse cette fois-ci avec un encouragement plus ou moins sincère, mais un encouragement quand même, des puissances extérieures impliquées en Libye.

Est-ce à dire que les acteurs internationaux sont davantage responsables de la situation libyenne que les acteurs libyens eux-mêmes ?

Ce n’est pas dans mon caractère de distribuer les blâmes à droite et à gauche. Est-ce que les États impliqués en Libye font dans la duplicité ? Absolument. C’est certain. Mais qui est dupe de cela ? Je dois vous avouer une chose. Je me suis occupé d’autres conflits dans ma vie et je n’ai jamais vu un fossé aussi grand entre ce que l’on dit et ce que l’on fait, comme je le vois en Libye. Si je vous disais, par exemple, que le Conseil de sécurité a adopté un embargo sur les armes vers la Libye et qu’il y a plus d’une douzaine d’États qui ont violé cet embargo, au moins pour l’année 2019, vous comprendrez ce que je dis par « duplicité ».

Justement, avez-vous des preuves de l’envoi en Libye de combattants par la Turquie ?

Nous n’avons aucun indice du déploiement de troupes régulières turques, mais il se peut qu’il y ait des experts militaires turcs et il y a certainement des membres de l’opposition syrienne qui ont été envoyés en Libye. Donc effectivement, il y a beaucoup de nationalités représentées dans les deux camps. Cela dit, il faut faire une distinction. Il y a des experts officiels représentants des gouvernements. Il y a des troupes prêtées par tel ou tel État. Il y a des firmes militaires privées. Il y a des gens qui sont là pour des raisons idéologiques, en groupe. On ne peut pas tout mettre sous le titre de mercenaire. Il y a des mercenaires. Il y a des gens qui viennent ici uniquement pour le fric. Ça, c’est sûr. Ils combattent pour le fric. Il n’y a pas que cela. La Libye, et surtout depuis le déclenchement des hostilités sur Tripoli, le 4 avril dernier, a attiré et attire encore aujourd’hui même, toutes sortes de gens qui portent les armes et qui viennent combattre, mais dont les motivations et le statut légal sont très différents.

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