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Aujourd'hui l'économie

Accord «historique» sino-américain: à qui perd gagne

Audio 03:31
Le président Donald Trump serre la main du vice-Premier ministre chinois Liu He lors de la cérémonie de signature de la « phase un » de l'accord commercial américano-chinois dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington. États-Unis, 15 janvier 2020.
Le président Donald Trump serre la main du vice-Premier ministre chinois Liu He lors de la cérémonie de signature de la « phase un » de l'accord commercial américano-chinois dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington. États-Unis, 15 janvier 2020. REUTERS / Kevin Lamarque

L’étape est qualifiée « d’historique » par la Maison Blanche. Après deux ans de guerre commerciale, les États-Unis et la Chine ont signé, ce mercredi 15 janvier, un accord préliminaire pour tenter de rééquilibrer les échanges entre les deux premières économies du monde. Décryptage de Stéphane Lagarde, correspondant de RFI à Pékin.

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Y-a-t-il un gagnant et un perdant dans cet accord ?

Si c’est le cas, les autorités chinoises n’en font pas état. Pourquoi ? Parce que si les Américains marquent des points, cela risque de contrarier l’opinion publique et au « pays de l’harmonie », on n’aime pas les vagues. Et si au contraire, la Chine s’en sort bien, le triomphalisme n’est pas le style de la maison. Il n’y a jamais de perdant et jamais de gagnant dans le discours de la diplomatie chinoise. Un accord avec la Chine, c’est forcément « gagnant-gagnant »

Le vice-Premier ministre chinois Liu He s’est pour l’instant contenté de saluer un accord qualifié d’« important ». Profil bas, à l’image de ce qu’on peut lire ce matin dans la presse officielle. Dans son éditorial, l’agence officielle Chine nouvelle (Xinhua) évoque « une approche plus raisonnable » entre les deux parties et salue « un bon début » pour régler un « différend à long terme, compliqué et ardu ». Les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine se trouvent maintenant à « un nouveau point de départ », se réjouit pour sa part Le Quotidien du peuple, la voix du Parti communiste chinois. Un petit pas pour la Chine, un « pas de géant » pour les Etats-Unis comme semble le croire le président américain : ce n’est pas tout à fait comme ça que l’on voit les choses à Pékin.

Que dit-on, en Chine, du contenu de cet accord ?

Les autorités chinoises en disent pour l’instant le moins possible. Une traduction en mandarin de l’accord est sortie près de 8h après la signature du texte, mais sans précisions.

Deux mots sont importants, côté chinois : « confiance » et « patience ». Selon les experts avec qui nous avons pu parler, le plus important pour Pékin était d’arrêter l’escalade. À Washington, les deux parties n’ont pas enterrées la hache de guerre. Il ne s’agit que d’un accord préliminaire, mais cette étape est importante « pour restaurer la confiance », selon les termes de Liu He.

La reprise du dialogue est donc une petite victoire pour Pékin. Les réunions biannuelles sur le commerce entre Américains et Chinois vont reprendre. Elles avaient été mises en place sous Barack Obama, et ont été abandonnées par Donald Trump au motif que ces pourparlers n’avaient pas permis d’obtenir les résultats souhaités. Autre victoire chinoise, l’abandon du qualificatif « currency manipulator nation ».

Et puis côté américain, on se félicite d’une relance des commandes chinoises. On n’a pas le détail, mais on parle de l’achat de produits manufacturés américains pour un montant d’environ 75 milliards de dollars, 50 milliards dans l’énergie, 40 milliards de produits agricoles, 35 milliards dans les services, etc. Et l’accord comprend également des clauses sur la protection des droits de propriétés ou le transfert de technologies. Cela a été imposé par les États-Unis.

Les négociations ne font-elles que commencer ?

Oui, alors que Donald Trump aimeraient passer « immédiatement » à la suite. Pékin a en fait le pied sur le frein. D’abord parce que les autorités chinoises se méfient des rodomontades du président américain. Elles savent qu’en pleine campagne électorale, Donald Trump peut remonter ses tarifs à tout moment. Mais également parce que la phase 2, à laquelle les médias chinois ne font pas allusion, ce sont les questions qui fâchent : les subventions aux entreprises, les questions réglementaires, la cybersécurité, la censure...

Concernant ces réformes structurelles demandées par la Maison Blanche, on n’y est pas du tout. Le modèle chinois, c’est le capitalisme d’État et la Chine ne veut pas en changer, elle ne veut en tout cas pas en changer à la vitesse où le souhaiteraient les États-Unis. L’agence Chine nouvelle affirmait cet été que le Parti communiste chinois allait renforcer sa présence dans les entreprises. L’État chinois continuera de soutenir les entreprises publiques. Un accord de phase 2 comme la venue de Xi Jinping restent donc très improbables pour le moment. En tout cas avant les élections américaines.

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