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Les dessous de l'infox, la chronique

En Inde, les infox attisent les violences intercommunautaires

Audio 03:30
Le Premier ministre indien Narendra Modi remercie ses supporters lors d'un meeting à New Dehli, le 8 mai 2019.
Le Premier ministre indien Narendra Modi remercie ses supporters lors d'un meeting à New Dehli, le 8 mai 2019. REUTERS/Adnan Abidi

Depuis l’adoption mi-décembre d’une loi sur la citoyenneté, discriminant les musulmans, l'Inde est dans un état de tensions communautaires extrêmes. Dans ce contexte, les infox qui circulent sur les réseaux sociaux attisent la haine entre les communautés. Dernier exemple en date à Delhi, où des élections se tiendront le 8 février prochain.

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Quelque 14 millions d’électeurs indiens iront voter le 8 février pour élire leur parlement local à Delhi, territoire de la capitale. Cela ne représente que 2 % de l’électorat indien, mais c’est une échéance très surveillée, un scrutin-test pour le pays et la politique de Narendra Modi.

Delhi présente une configuration politique singulière : aux dernières échéances en 2015, les électeurs avaient accordé une très large majorité à un petit parti – très peu représenté à l’échelon national – l’AAP, Aam Aadmi Party, qui signifie en hindi « Parti de l’homme ordinaire ». Il avait obtenu 67 sièges contre 3 seulement pour le BJP, le parti au pouvoir de Narendra Modi. Les législatives de 2019 ayant ensuite donné une large victoire à Modi, la question est de savoir si l’Assemblée de Delhi continuera de lui résister ou non, et cela malgré la campagne orchestrée contre ce parti sur les réseaux sociaux.

Campagne de désinformation aux relents sectaires

L’infox – très vite devenue virale –, c’est la mise en circulation sur internet d’une fausse liste de candidats pour ce parti, quelques jours avant la publication de la liste officielle. Cette fausse liste présentait 21 noms de candidats musulmans sur un total de 27.

Le document non-authentique était relayé par des sites nationalistes hindous avec cette mise en garde aux électeurs de Delhi : « Méfiez-vous, dans pas longtemps Delhi ne sera plus qu’un autre Cachemire. » Et d’insinuer que le territoire de la capitale serait bientôt la proie des protestataires musulmans, comme l’ont été d’autres États indiens témoins des manifestations contre la nouvelle loi sur la citoyenneté.

Précisons que l’agenda de l'AAP, ce parti issu du mouvement anti-corruption de 2011, se situe aux antipodes du parti au pouvoir, s’érigeant en soutien des minorités religieuses, pour l’aide aux victimes de viols, pour la dépénalisation de l’homosexualité et autres sujets dérangeants aux yeux des nationalistes hindous les plus conservateurs.

L’inefficacité des pares-feux

Les journalistes d’India Today, membres du Réseau de fact checking international ont très vite rétabli la vérité, mais l’infox et les commentaires sectaires qui l’accompagnent ont pu se répandre très largement sur les réseaux. Cela montre bien que ce pays, dont un tiers des habitants est connecté, reste très vulnérable à la désinformation.

Au prétexte même d’endiguer les violences, les gouvernements des États indiens se sont donné les moyens de supprimer des comptes d’utilisateurs et de couper l’accès à internet, selon les circonstances. Mais dans le même temps, le parti au pouvoir s’enorgueillit d’avoir pu constituer des communautés WhatsApp de millions de sympathisants (3,2 millions rien que dans l’Uttar Pradesh, voisin de Delhi). En amont des dernières législatives, le ministre de l’Intérieur Amit Shah, président du BJP, constatait lui-même que ces groupes avaient le pouvoir de propager de façon virale n’importe quel message, vrai ou faux.

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