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Tchernobyl / Nucléaire

Les liquidateurs, ces héros oubliés de Tchernobyl

Les gens se sont rassemblés le 17 avril 2011 à Kiev pour protester contre la décision du gouvernement ukrainien de couper les aides sociales en faveur des liquidateurs
Les gens se sont rassemblés le 17 avril 2011 à Kiev pour protester contre la décision du gouvernement ukrainien de couper les aides sociales en faveur des liquidateurs REUTERS/Gleb Garanich

Le 26 avril 1986, le réacteur n°4 de Tchernobyl explose à la suite d'une série de défaillances techniques et humaines. Des centaines de milliers de personnes ont travaillé sur le site pour tenter d'endiguer la catastrophe. Des mineurs, des soldats du contingent, des techniciens, sont restés sur place, au péril de leur vie pour sauver celles des autres. Ils sont appelés les liquidateurs de Tchernobyl.

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Il y a 25 ans l’explosion d’un réacteur nucléaire en Union soviétique a créé la pire catastrophe de la terre. Le 26 avril 1986, le réacteur n°4 de Tchernobyl vole en éclat à la suite d'une série de défaillances techniques et humaines et contamine des régions d'Ukraine et de Biélorussie pour des dizaines d'années.

Rester et affronter la radioactivité pour sauver des vies, semble donc l’unique solution. La gestion chaotique de l'accident pendant plusieurs mois imposera l'exposition de centaines de milliers de personnes à des taux de radiation très élevés. Ceux qui ont travaillé pour contenir l'incendie et sécuriser le site sont massivement irradiés. Sur les centaines de milliers de personnes qui ont travaillé sans protection antiradiation, beaucoup sont morts dans les deux mois qui ont suivi, absorbant des doses mortelles de radioactivité. Certains ont raconté sentir les radiations pénétrer et brûler leurs corps.

Mais très vite, d'autres problèmes font surface. Il faut arrêter les fuites de fumée radioactive, pomper et consolider l'espace situé sous le réacteur pour éviter que celui-ci n'explose au contact de l'eau déversée par les pompiers. Il est urgent de déblayer des morceaux de graphite fortement contaminés et construire un sarcophage de béton pour entourer le réacteur endommagé et nettoyer une zone de 30 kilomètres autour de la centrale.

« Les radiations n’ont ni couleur, ni odeur »

Ces travaux sont effectués par des mineurs, des soldats du contingent, des techniciens, inconscients du danger, envoyés sans information sur les risques qu’ils encourent. Alors qu’ils ne peuvent pas travailler plus de 60 secondes à cause du danger, certains ont travaillé sous le réacteur 4, par une chaleur de plus de 50 degrés, avec pour seule protection des masques à poussière.

Dans le film La Bataille de Tchernobyl de Thomas Johnson, beaucoup de ceux qui ont travaillé sur le site confirment ne pas avoir été informés sur la nature du travail ou le danger qu'il représentait.

« Les radiations n’ont ni couleur, ni odeur, on ne les sent pas. On a mal aux yeux et un goût de métal, de plomb dans la bouche, alors seulement on sait qu’on a dépassé la dose et que c’est trop tard », explique German Biélov arrivé sur place quarte mois après l’explosion. Il est aujourd’hui atteint de cancer du sang.

En dépit de l’expérience de Tchernobyl, aujourd’hui au Japon ils seraient encore une cinquantaine de soldats, pompiers ou employés à être restés sur le site de la centrale de Fukushima. Exposés aux radiations, ces hommes tentent de limiter l’impact nucléaire de la catastrophe, et « c’est peut-être déjà trop tard pour eux », pensent les liquidateurs de Tchernobyl.

Des médailles pour les petits héros d’une grande catastrophe

En 1986, à Tchernobyl, Vladimir Konovalof était un officier de l’armée soviétique et l’un des premiers arrivés sur place après l’explosion.

Il est l’un de ces héros qu’on a oublié, les liquidateurs qui interviennent au péril de leur vie sur des centrales nucléaires en cas de fuite radioactive. Sur les 200 membres de son équipe, aujourd’hui seul 19 sont encore en vie. Ils se sont sacrifiés pour épargner des millions de vies. Il n’avait alors que 27 ans et n’avait aucune idée de ce qu’il devait affronter. Son comandant lui demande 81 de ses hommes pour les envoyer sur les réacteurs.

« Je mets mes soldats en rang et ma première pensée est : qui vais-je choisir ? Je leur ai dit : " camarades soldats nous avons une mission à remplir, je ne vais pas vous designer. Qui parmi vous est volontaire pour aller sur le réacteur ? " Et tous comme un seul homme ont fait un pas en avant ! Pas un seul n’a eu peur, pas un seul n’a été lâche ! », dit-il en montrant sa médaille de Tchernobyl. « C’est un souvenir pour toute la vie même si je ne sais pas combien de temps me reste-t-il à vivre ». Il a survécu à cinq cancers et lutte actuellement contre un sixième.

Un liquidateur invalide reçoit 6 000 roubles par mois (150 euros), une  somme qui ne suffit même pas pour acheter les médicaments. Il a fallu la catastrophe du Japon pour qu’on demande enfin aux liquidateurs de Tchernobyl de raconter leur histoire. Combien y a-t-il eu de victimes ? Difficile à dire car aux conséquences directes, s'ajoutent les dégradations de conditions de vie dues au démentellement de l'Union soviétique dès les années 90.

S'entraîner pour mieux affronter la catastrophe

En France aussi, il existe les centrales nucléaires et des hommes prêts à intervenir au péril de leur vie en cas d’accident. A la centrale de Saint-Laurent des Eaux, dans le département du Loir-et-Cher, ces hommes s’entraînent régulièrement pour intervenir en cas de catastrophe réelle.

Il y a eu 15 exercices grandeur nature l’année dernière. A l’écart des deux réacteurs, il existe également « la cellule de crise », un bâtiment ultra-sécurisé qui servirait de bunker. A l’intérieur, en plus des douches de décontamination, des bonbonnes d’air, des dosimètres pour mesurer le taux de radioactivité, il existe un système pour envoyer en moins de cinq minutes des messages d’alerte aux 1 900 foyers situés dans un rayon de deux kilomètres avec des écrans d’ordinateurs qui indiquent le taux de radioactivité dans l’atmosphère. En cas d’alerte, les agents d’astreinte sont prévenus par téléphone et par un dispositif de messagerie de poche. Ils disposent ensuite d’une heure maximum pour se présenter sur le site, à la cellule de crise.

Espérons que désormais ces hommes qui agissent pour sauver la vie des autres soient aptes à affronter des catastrophes sans risquer leur propre vie et qu'ils soient bien préparés face aux dangers.

Cimetière factice en hommage aux liquidateurs
AFP / ERIC CABANIS

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