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Estonie / Cinéma

«60 Seconds of Solitude in Year Zero» enflamme Tallinn, capitale européenne de la culture 2011

Une vue générale de Tallinn, capitale européenne de la culture 2011.
Une vue générale de Tallinn, capitale européenne de la culture 2011. Kèoprasith Souvannavong / RFI

En Estonie, le programme de Tallinn capitale européenne de la culture 2011 s’est achevé avec la projection de 60 Seconds of Solitude in Year Zero. Une soixantaine de réalisateurs du monde entier ont contribué à cette œuvre mosaïque, dédiée à la liberté de pensée dans le cinéma. L’unique copie de ce film a été volontairement brûlée à l’issue d’une projection unique, elle aussi, ce jeudi 22 décembre.

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De notre envoyé spécial à Tallinn,

Face aux grosses productions et au règne de l’argent dans le 7e Art, une soixantaine de réalisateurs ont associé leur talent pour donner naissance à une œuvre bien singulière. Chacun d’eux a en effet tourné un court métrage d’une minute. Leurs créations ont été réunies sous un même titre : 60 Seconds of Solitude in Year Zero. Un travail collectif inspiré d’un manifeste éponyme, co-rédigé par l’acteur estonien Taavi Eelmaa, que l’on a pu voir dans The Temptation of St. Tony en 2009, et son compatriote Veiko Õunpuu, réalisateur de Autumn Ball en 2007.

Des grands noms du cinéma mais également des metteurs en scène moins connus ont participé à cette aventure humaine extraordinaire. On y retrouve notamment le Finlandais Aki Kaurismäki (Le Havre, 2011, L’Homme sans passé, 2002), l’Islandais Fridrik Thor Fridrikkson (Mamma Gógó, 2010, Movie Days, 1994), la Japonaise Naomi Kawase (La Forêt de Mogari, 2007, Moe No Suzaku, 1997), le Sud-Coréen Park Chan-wook (Thirst, ceci est mon sang, 2009, Old Boy, 2003), le Thaïlandais Pen-Ek Ratanaruang (La Nymphe, 2009, Last Life in the Universe, 2003) et, enfin, l’Américain Brian Yuzna (La Malédiction des profondeurs, 2005, The Dentist, 1997).

Liberté de pensée

Dédié à la liberté de pensée dans le cinéma, le film obéit à une démarche plutôt inhabituelle, voire dadaïste, puisque l’unique copie du patchwork a été livrée aux flammes en même temps que toute l’infrastructure ayant servi à sa projection nocturne en plein air, excepté l’écran de 20 mètres sur 12 conçu spécialement pour l’événement et qui n’a pas pris feu pour des raisons techniques. Un embrasement soutenu par une musique expérimentale composée par le jeune prodige estonien Ülo Krigul et interprétée en direct devant un public curieux, qui n’a pas hésité à braver le froid polaire et les flocons de neige pour venir assister à ce spectacle unique sur le port de Tallinn.

« La séance était fabuleuse et mémorable. Cela valait vraiment le déplacement, même si le froid empêchait parfois de se concentrer sur le film », confie Elen, une spectatrice ravie. « Heureusement que l’on nous a distribués des boissons chaudes ! », souffle son ami Marko.

Une entreprise éphémère

Réduit en cendres, le film ne fera donc l’objet d’aucune promotion commerciale et ne sera pas non plus distribué. Mais au fond, qu’est-ce qui a réellement pu motiver les artistes à participer à cette entreprise éphémère ? Et quels étaient les consignes et les thèmes qu'ils devaient aborder ?
 

Le metteur en scène américain Brian Yuzna, l'un des réalisateurs du film « 60 Seconds of Solitude in Year Zero ».
Le metteur en scène américain Brian Yuzna, l'un des réalisateurs du film « 60 Seconds of Solitude in Year Zero ». Kèoprasith Souvannavong / RFI

« Il n’y avait pas de véritable consigne, à part celle de tourner un film de 60 secondes sur un sujet que j’aime et qui doit être en relation avec le cinéma, explique Brian Yuzna. Autre indication qui m’avait été donnée : une bonne partie des films qui composeront le projet seront consacrés au feu, à l’eau, à la terre et à l’air. Au début, je projetais de me lancer dans une création expérimentale et abstraite. Puis je m’étais dit : mais si tout le monde faisait pareil, ce serait ennuyant. J’ai donc changé d’avis, et j’en ai tourné deux, qui ont finalement été retenus, raconte Brian Yuzna, plutôt habitué à réaliser des films d’horreur. Le premier retrace l’histoire d’un homme qui se transforme en loup, tourné sans effets spéciaux dans l’obscurité à San Francisco. Le deuxième dépeint un homme qui contrôle une sorte de femme robot grâce à une télécommande ».

« Ce qui compte, c’est l’acte créatif »

« Ce que j’aime dans ce projet collectif qui nous a été proposé, ajoute Brian Yuzna, c’est que ces films d'une minute partiront en flammes. Car lorsque l'on réalise un film, on pense en général à sa ‘ postérité ’. Or, ici ce n’est pas le cas puisque le film n’est pas un produit commercial. Il n’y aura pas de marketing autour, ni de DVD, ni de jury pour le juger. L’acte créatif m’intéressait avant tout. Les surréalistes disaient : ‘ Ce qui compte, c’est l’acte. L’oeuvre qui en résulte est corrompue à partir du moment où elle devient un objet ’. Et c’est pareil pour un film qui, souvent, repose sur une logique commerciale. Sortir de cette logique est un luxe ! »

« 60 Seconds of Solitude in Year Zero est un projet axé sur un effort commun visant à exprimer une émotion à un moment où le cinéma semble soumis aux règles du marché, commente le réalisateur iranien Rafi Pitts, qui a signé The Hunter en 2010 et It’s Winter en 2006. Ce projet ne relève d’aucune logique mercantile mais de la volonté des cinéastes de laisser l’Art exister ».

« Un film de 35 mm que l’on va détruire par le feu, quel bel hommage aux éléments ! J’aime le fait que ce projet n’ait aucune valeur marchande. Je trouve cela merveilleusement irrationnel », renchérit la Danoise Phie Ambo, réalisatrice de Mechanical Love en 2007 et Gambler en 2005.

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« Réjouissant »

Quant au Britannique Simon Rumley, auteur de Red White Blue en 2010 et The Living And The Dead en 2006, il affirme qu’« il y a quelque chose de très romantique et mélancolique dans ce concept, avec un côté anarchiste et réjouissant dans le même temps ».

Disparaître pour mieux renaître. Tel pourrait être le vrai sens de cet événement qui clôt le programme de Tallinn capitale européenne de la culture 2011. Un titre décerné depuis plus de vingt ans par la Commission européenne dans le but de contribuer au rapprochement des peuples. La métropole d’Estonie partage d’ailleurs ce titre avec la ville finlandaise de Turku. Toutes deux passeront le relais à Guimarães (Portugal) et Maribor (Slovénie) en 2012, une année qui marquera aussi le centenaire du cinéma estonien.

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- Le programme deTallinn capitale européenne de la culture 2011
- Le site officiel du film 60 Seconds of Solitude in Year Zero

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